Le « CHEMIN DE CROIX » du Vendredi Saint 2010 :

station-12.jpg

INTRODUCTION de Son Éminence le Cardinal Camillo Ruini, Vicaire général émérite de Sa Sainteté pour le diocèse de Rome

Chant :
R. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi, quia per Crucem tuam redemisti mundum.
1. Per lignum servi facti sumus, et per sanctam Crucem liberati sumus. R.
2. Fructus arboris seduxit nos, Filius Dei redemit nos. R.

Méditation du Cardinal Camillo Ruini :
Quand l’apôtre Philippe Lui demande : « Seigneur, montre-nous le Père », Jésus répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas… ? Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 8-9). Ce soir, alors que, dans notre cœur, nous accompagnons Jésus qui chemine sous le joug de la Croix, nous n’oublions pas ces Paroles. Quand Il porte la Croix, quand Il meurt sur la Croix, Jésus encore ne fait qu’un avec le Père. Regardant son Visage défiguré par les coups, par la fatigue, par la souffrance intérieure, nous voyons le Visage du Père. En cet instant même, la Gloire de Dieu, sa Lumière trop forte pour l’œil humain, se rend davantage visible sur le Visage de Jésus. Là, à travers l’être misérable que Pilate a exhibé devant les juifs, avec l’espérance de les apitoyer, par les mots « Voici l’homme » ! (Jn 19, 5), la vraie Grandeur de Dieu se dévoile, cette mystérieuse Grandeur qu’aucun homme ne pouvait imaginer.
Mais en Jésus crucifié, se révèle aussi une autre grandeur, notre grandeur, la grandeur qui appartient à tout homme par le fait même d’avoir un visage et un cœur humains. Saint Antoine de Padoue écrit : « Le Christ, qui est ta vie, est suspendu devant toi, pour que tu regardes vers la Croix comme en un miroir… Si tu Le regardes, tu pourras te rendre compte combien sont grandes ta dignité… et ta valeur… En aucun autre lieu, l’homme ne peut mieux se rendre compte de ce qu’il vaut, qu’en se regardant dans le miroir de la Croix » (Sermons des dimanches et fêtes, III, p.213-214). Oui, Jésus, le Fils de Dieu, est mort pour toi, pour moi, pour chacun de nous et ainsi Il nous a donné la preuve concrète que nous sommes grands et précieux aux Yeux de Dieu, les seuls Yeux qui dépassent toutes les apparences et voient jusqu’au fond la réalité des choses.
En participant au Chemin de Croix, nous demandons à Dieu de nous donner à nous aussi ce regard de vérité et d’amour, pour devenir, unis à Lui, libres et bons.

Le Saint-Père :
Signe-de-Croix Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.


station-01.jpg

PREMIÈRE STATION : « Jésus est condamné à mort »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon saint Jean 19, 6-7. 12. 16 : « Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation ». Ils lui répondirent : « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu » ; Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur » ; Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus.

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Pourquoi Jésus fut-il condamné à mort, lui qui « là où il passait, faisait le bien » (Ac 10, 38) ? Cette question nous accompagnera au long de ce Chemin de Croix comme elle nous accompagne tout au long de la vie.
Dans les Évangiles, nous trouvons une réponse authentique : les chefs des Juifs ont voulu sa mort parce qu’ils ont compris que Jésus se considérait comme le Fils de Dieu. Et nous trouvons aussi une réponse dont les juifs ont usé comme d’un prétexte, pour obtenir de Pilate sa condamnation : Jésus aurait prétendu être un roi de ce monde, le roi des juifs.
Mais au-delà de cette réponse, s’ouvre un abîme sur lequel les Évangiles mêmes et toute l’Écriture Sainte nous font ouvrir les yeux : Jésus est mort pour nos péchés. Et plus profondément encore, il est mort pour nous, il est mort parce que Dieu nous aime et nous aime au point de donner son Fils unique, afin que nous ayons par lui la vie (cf. Jn 3, 16-17).
C’est donc vers nous qu’il faut regarder : vers le mal et le péché qui habitent en nous et que trop souvent nous feignons d’ignorer. Mais plus encore, nous devons tourner le regard vers Dieu riche en miséricorde qui nous a appelés ses amis (cf. Jn 15, 15). Ainsi, le Chemin de Croix et tout le chemin de la vie devient un itinéraire de pénitence, de douleur et de conversion, mais aussi de gratitude, de foi et de joie.

Pater noster + Stabat mater dolorosa iuxta crucem lacrimosa, dum pendebat Filius (Debout, la Mère douloureuse près de la Croix était en larmes devant son Fils suspendu).


station-02.jpg

DEUXIÈME STATION : « Jésus est chargé de la Croix »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon saint Matthieu 27, 27-31 : « Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

De l'Evangile selon saint Jean 19, 17 : « Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Après la condamnation, vient l’humiliation. Ce que les soldats font à Jésus nous semble inhumain. De fait, c’est sans aucun doute inhumain : ce sont des actes de dérision et de mépris à travers lesquels s’exprime une obscure férocité, indifférente à la souffrance, y compris physique, qui est infligée sans motif à une personne déjà condamnée au supplice effrayant de la Croix. Cependant, ce comportement des soldats est également, malheureusement, très humain. Mille pages de l’histoire de l’humanité et de la chronique quotidienne confirment que des actions de ce genre ne sont vraiment pas étrangères à l’homme. L’Apôtre Paul a bien mis en lumière ce paradoxe : « Je sais… qu’en moi, … dans l’être de chair que je suis, n’habite pas le bien : … je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7, 18-19).
Il en est véritablement ainsi : dans notre conscience, la lumière du bien est allumée, une lumière qui, dans bien des cas, devient évidente et par laquelle, heureusement, nous nous laissons guider dans nos choix. Mais il arrive souvent le contraire : cette lumière est obscurcie par les ressentiments, par les désirs inavoués, par la perversion du cœur. Et alors, nous devenons cruels, capables des choses les pires, y compris de choses inimaginables.
Seigneur Jésus, moi aussi, je suis au nombre de ceux qui se sont moqués de Toi et qui T’ont frappé. Tu l’as dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Seigneur Jésus, pardonne-moi.

Pater noster + Cuius animam gementem, contristatam et dolentem pertransivit gladius (Dans son âme qui gémissait, toute brisée, endolorie, le glaive était enfoncé).


station-03.jpg

TROISIÈME STATION : « Jésus tombe pour la première fois »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon le Prophète Isaïe 53, 4-6 : « En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Les Évangiles ne nous parlent pas des chutes de Jésus sous le poids de la Croix, mais cette antique tradition est infiniment vraisemblable. Rappelons seulement que, avant d’être chargé de la croix, Jésus avait été fait flageller par Pilate. Après tout ce qu’il avait subi depuis la nuit passée dans le jardin des oliviers, ses forces devaient être pratiquement épuisées.
Avant de nous arrêter sur les aspects les plus profonds et les plus spirituels de la Passion de Jésus, prenons simplement acte de la douleur physique qu’il a dû endurer. Une douleur immense et effrayante, et cela jusqu’à son dernier souffle sur la Croix, une douleur qui ne peut pas ne pas faire peur.
La souffrance physique est la plus facile à surmonter, ou tout au moins à atténuer, avec les techniques et les méthodes dont nous disposons aujourd’hui, avec les anesthésiants et autres prises en charge de la douleur. Et ceci, même si pour de multiples causes, naturelles ou liées aux comportements humains, un poids immense de souffrances physiques demeure présent dans le monde.
En tous les cas, Jésus n’a pas refusé la douleur physique et il s’est ainsi rendu solidaire de toute la famille humaine, particulièrement de ceux qui, en son sein, sont encore aujourd’hui marqués par ce type de souffrance. Alors que nous le voyons tomber sous la croix, nous lui demandons humblement le courage d’élargir les espaces trop étroits de notre cœur par une solidarité qui ne soit pas faite que de paroles.

Pater noster + O quam tristis et afflicta fuit illa benedicta Mater Unigeniti ! (Qu'elle était triste et affligée, la Mère entre toutes bénie, la Mère du Fils unique !)


station-04.jpg

QUATRIÈME STATION : « Jésus rencontre sa Mère »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon saint Jean 19, 25-27 : « Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Dans les Évangiles, on ne parle pas directement d’une rencontre de Jésus avec sa Mère sur le Chemin de la Croix, mais de la présence de Marie au pied de la Croix. Là, Jésus s’adresse à Elle et au disciple bien-aimé, l’évangéliste Jean. Ses paroles ont un sens immédiat : confier Marie à Jean, afin qu’il prenne soin d’elle. Et en un sens beaucoup plus profond et plus large : au pied de la Croix, Marie est appelée à dire un second « oui », après le « oui » de l’Annonciation, par lequel elle est devenue la Mère de Jésus, ouvrant ainsi la porte à notre salut.
Par ce second « oui », Marie devient la mère de nous tous, de chaque homme et de chaque femme pour lesquels Jésus a versé son Sang. Une maternité qui est le signe vivant de l’amour et de la miséricorde de Dieu pour nous. C’est pourquoi, les liens d’affection et de confiance qui unissent le peuple de Dieu à Marie sont si profonds et si solides ; c’est pourquoi nous recourrons spontanément à elle, surtout dans les circonstances les plus difficiles de la vie.
Marie, néanmoins, a payé cher cette maternité universelle. Comme Syméon l’avait prophétisé à son propos : « Toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée » (Lc 2, 35).
Marie, Mère de Jésus et notre mère, aide-nous à faire l’expérience en nos cœurs, ce soir et toujours, de cette souffrance pleine d’amour qui t’a unie à la Croix de ton Fils.

Pater noster + Quæ mærebat et dolebat, pia mater, cum videbat Nati pœnas incliti (Qu'elle avait mal, qu'elle souffrait La tendre Mère, en contemplant son divin Fils tourmenté !)


station-05.jpg

CINQUIÈME STATION : « Jésus est aidé par le Cyrénéen à porter la Croix »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon saint Luc 23, 26 : « Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la Croix pour qu’il la porte derrière Jésus ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Jésus devait être vraiment épuisé et les soldats y remédient en saisissant le premier malheureux qu’ils rencontrent et en le chargeant de la Croix. Dans la vie de chaque jour aussi, la Croix, sous une multiplicité de formes – depuis une maladie ou un grave accident jusqu’à la perte d’une personne chère ou d’un travail –, s’abat souvent à l’improviste sur nous. Et nous ne voyons en cela qu’une malchance, ou pire encore, un malheur.
Mais Jésus a dit à Ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). Ce ne sont pas des Paroles faciles ; plus encore, ce sont les Paroles les plus difficiles de l’Évangile. Tout notre être, tout ce qui est nous, se cabre devant de telles Paroles.
Toutefois, Jésus poursuit en disant : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera » (Mt 16, 25). Arrêtons-nous sur cet « à cause de moi » : là se trouve toute la prétention de Jésus, la conscience qu’il avait de Lui-même et la requête qu’il nous adresse. Il est au centre de tout, Il est le Fils de Dieu qui ne fait qu’un avec le Père (cf. Jn 10, 30), Il est notre unique Sauveur (cf. Ac 4, 12).
Effectivement, ce qui semblait au début n’être qu’une malchance ou un malheur se révèle ensuite, fréquemment, être une porte qui s’est ouverte dans notre vie et qui nous a procuré un plus grand bien. Mais il n’en est pas toujours ainsi : tant de fois, en ce monde, les malheurs demeurent des pertes douloureuses. Ici, une nouvelle fois, Jésus a quelque chose à nous dire. Mieux, il lui est arrivé quelque chose : après la Croix, Il est ressuscité des morts, et Il est ressuscité comme premier-né d’une multitude de frères (cf. Rm 8, 29 ; 1 Co 15, 20). Oui, sa Croix ne peut être séparée de sa Résurrection. C’est seulement en croyant à la Résurrection que nous pouvons parcourir de façon sensée le Chemin de la Croix.

Pater noster + Quis est homo qui non fleret, matrem Christi si videret in tanto supplicio ? (Quel est celui qui sans pleurer pourrait voir la Mère du Christ dans un supplice pareil ?)


station-06.jpg

SIXIÈME STATION : « Véronique essuie le visage de Jésus »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon le Prophète Isaïe 53, 2-3 : « Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Quand Véronique a essuyé le Visage de Jésus avec un linge, ce Visage ne devait certes pas être attirant : c’était un Visage défiguré. Mais ce Visage ne pouvait laisser indifférent ; ce Visage troublait. Il pouvait susciter dérision et mépris, mais aussi compassion et même amour, volonté de venir en aide. Véronique symbolise ces sentiments.
Même s’il est défiguré, le Visage de Jésus demeure cependant toujours le Visage du Fils de Dieu. C’est un Visage défiguré par nous, par l’accumulation énorme de la méchanceté humaine. Mais il est aussi un Visage défiguré pour nous, qui exprime l’amour et le don que Jésus fait de Lui-même, et qui est un reflet de la Miséricorde infinie du Père.
Dans le Visage souffrant de Jésus, nous voyons, en outre, une autre accumulation gigantesque, celle des souffrances humaines. C’est ainsi que le geste de pitié de Véronique devient pour nous une provocation, une sollicitation pressante : il devient l’appel, doux mais impérieux, à ne pas nous détourner, à regarder nous aussi ceux qui souffrent, proches et lointains. Et non seulement regarder, mais venir en aide. Le Chemin de Croix de ce soir n’aura pas été parcouru en vain s’il nous porte à des gestes concrets d’amour et de solidarité effective.

Pater noster + Quis non posset contristari, piam matrem contemplari dolentem cum Filio ? (Qui pourrait sans souffrir comme elle, contempler la Mère du Christ douloureuse avec son Fils ?)


station-07.jpg

SEPTIÈME STATION : « Jésus tombe pour la deuxième fois »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

Du livre des Psaumes 41, 6-10 : « Parlant de moi, mes ennemis me malmènent « Quand va-t-il mourir et son nom périr ? » Vient-on me voir, on dit des paroles en l'air, le cœur plein de malice, on déblatère au-dehors. Tous à l'envi, mes haïsseurs chuchotent contre moi, ils supputent contre moi le malheur qui est sur moi « C'est une plaie d'enfer qui gagne en lui, maintenant qu'il s'est couché, il n'aura plus de lever ». Même le confident sur qui je faisais fond et qui mangeait mon pain, se hausse à mes dépens.

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Jésus tombe de nouveau sous la Croix. Bien sûr, Il était épuisé physiquement, mais son Cœur était aussi blessé à mort. Pesait sur Lui, le refus de ceux qui, depuis le début, s’étaient opposés ostensiblement à Sa mission. Pesait sur Lui le refus que le peuple qui semblait plein d’admiration et d’enthousiasme en Sa faveur Lui avait, finalement, opposé. C’est pourquoi, contemplant la cité sainte qu’il aimait tant, Jésus s’était exclamé : « Jérusalem, Jérusalem, …, combien de fois j’ai voulu rassembler Tes enfants comme la poule rassemble ses poussins, et vous n’avez pas voulu » (Mt 23, 37). Pesaient terriblement sur Lui la trahison de Judas, l’abandon des disciples au moment de l’épreuve suprême ; pesait sur Lui d’une façon particulière le triple reniement de Pierre.
Nous savons bien que pesait sur Lui la masse innombrable de nos péchés, des fautes qui, à travers les millénaires, jalonnent l’histoire humaine.
Nous demandons donc à Dieu, avec humilité mais aussi avec confiance : Père riche en Miséricorde, aide-nous à ne pas rendre encore plus pesante la Croix de Jésus. En effet, comme l’a écrit Jean-Paul II dont nous célébrons ce soir le cinquième anniversaire de la mort : « La limite imposée au mal, dont l’homme est le fauteur et la victime, c’est en définitive la divine Miséricorde » (Mémoire et Identité, p.70).

Pater noster + Pro peccatis suae gentis vidit Iesum in tormentis et flagellis subditum (Pour les péchés de tout son peuple, elle le vit dans les tourments, subissant les coups de fouet.)


station-08.jpg

HUITIÈME STATION : « Jésus rencontre les femmes de Jérusalem qui pleurent sur Lui »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon saint Luc 23, 27–29. 31 : « Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : « Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité ! » ; « Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : C’est donc Jésus qui a compassion des femmes de Jérusalem et de nous tous. Alors même qu’il porte la Croix, Jésus demeure l’homme qui a compassion des foules (cf. Mc 8, 2), qui fond en larmes devant la tombe de Lazare (cf. Jn 11, 35), qui proclame bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés (cf. Mt 5, 4).
C’est ainsi que Jésus se révèle être le Seul à connaître vraiment le Cœur du Père et à pouvoir nous Le faire connaître : « Personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler » (Mt 11, 27).
Depuis les temps les plus anciens, l’humanité s’est interrogée, souvent avec angoisse, pour savoir quelle est véritablement l’attitude de Dieu à notre égard : une attitude de sollicitude providentielle ou au contraire de souveraine indifférence, ou bien encore de dédain et de mépris ? À une question de ce genre, nous ne pouvons pas donner une réponse certaine avec les seules ressources de notre intelligence, de notre expérience et encore moins de notre cœur.
C’est pourquoi Jésus – sa Vie et sa Parole, sa Croix et sa Résurrection – est la réalité de loin la plus importante de toute l’aventure humaine, la Lumière qui éclaire notre destin.

Pater noster + Eia mater, fons amoris, me sentire vim doloris fac, ut tecum lugeam (Daigne, ô Mère, source d'amour, me faire éprouver tes souffrances pour que je pleure avec toi).


station-09.jpg

NEUVIÈME STATION : « Jésus tombe pour la troisième fois »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De la deuxième lecture de saint Paul apôtre aux Corinthiens 5, 19-21 : « Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Voici le motif le plus profond des chutes répétées de Jésus : non seulement les souffrances physiques, non seulement les trahisons humaines, mais la Volonté du Père. Cette Volonté mystérieuse et humainement incompréhensible, mais infiniment bonne et généreuse, par laquelle Jésus s’est fait « péché pour nous », par laquelle retombent sur Lui toutes les fautes de l’humanité et s’accomplit ce mystérieux échange qui nous rend, à nous pécheurs, la « Justice de Dieu ».
Tandis que nous cherchons à nous identifier à Jésus qui chemine et tombe sous le poids de la Croix, il est bien juste que nous éprouvions en nous des sentiments de repentir et de douleur. Mais la gratitude qui envahit notre âme doit être encore plus forte.
Oui, Seigneur, Tu nous as rachetés, Tu nous as libérés, par ta Croix Tu nous as rendus justes devant Dieu. Mieux encore, Tu nous as unis intimement à Toi au point de faire aussi de nous en Toi, les enfants de Dieu, ses familiers et ses amis. Merci, Seigneur, fais que la gratitude envers Toi soit la note dominante de notre existence.

Pater noster + Fac ut ardeat cor meum in amando Christum Deum, ut sibi complaceam (Fais qu'en mon cœur brûle un grand feu pour mieux aimer le Christ mon Dieu et que je puisse Lui plaire).


station-10.jpg

DIXIÈME STATION : « Jésus est dépouillé de Ses vêtements »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon saint Jean 19, 23-24 : « Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent Ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » Ainsi s’accomplissait la Parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Jésus est dépouillé de Ses vêtements : nous arrivons au dernier acte de ce drame, qui a débuté avec l’arrestation au jardin des oliviers, où Jésus est dépouillé de Sa dignité d’homme, avant même de l’être de celle de Fils de Dieu.
Ainsi donc, Jésus est présenté nu au regard des gens de Jérusalem et au regard de l’humanité entière. Plus profondément, il est juste qu’il en soit ainsi : Il s’est en effet complètement dépouillé de Lui-même, afin de se sacrifier pour nous. C’est pourquoi le geste de le dépouiller de Ses vêtements est également l’accomplissement d’une Parole de la Sainte Écriture.
En regardant Jésus nu sur la Croix, nous percevons en nous-mêmes un appel pressant : regarder franchement en nous-mêmes ; nous mettre à nu spirituellement à nos propres yeux, mais avant tout devant Dieu, et également devant nos frères en humanité. Nous dépouiller de la prétention d’apparaître meilleurs que ce que nous sommes, pour chercher au contraire à être sincères et transparents.
Le comportement qui, peut-être plus qu’aucun autre, provoquait l’indignation de Jésus était l’hypocrisie. Combien de fois a-t-Il dit à Ses disciples : ne faites pas « comme ceux qui se donnent en spectacle » (Mt 6, 2.5.16), ou à ceux qui contestaient Ses bonnes actions : « Malheureux êtes-vous, hypocrites » (Mt 23, 13.15.23.25.27.29).
Seigneur Jésus, Toi qui es nu sur la Croix, aide-moi à être nu moi aussi devant Toi.

Pater noster + Sancta mater, istud agas, Crucifixi fige plagas cordi meo valide (Ô sainte Mère, daigne donc graver les plaies du Crucifié profondément dans mon cœur).


station-11.jpg

ONZIÈME STATION : « Jésus est cloué sur la Croix »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'Evangile selon saint Marc 15, 25-27 : « C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Jésus est cloué sur la Croix. Une torture effroyable. Et tandis qu’il est suspendu à la Croix, nombreux sont ceux qui se moquent de Lui et aussi qui Le provoquent : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! … Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant s’il l’aime ! Car Il a dit : « Je suis le Fils de Dieu ! » (Mt 27, 42-43). Ainsi est tournée en dérision non seulement Sa personne, mais aussi Sa mission de salut, cette Mission que Jésus précisément sur la Croix était en train de porter à Son accomplissement.
Mais, en son Cœur, Jésus connaît une souffrance incomparablement plus grande, qui Lui fait pousser un cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? » (Mc 15, 34). Il s’agit certes des premières Paroles d’un Psaume, qui se conclut par la réaffirmation de la pleine confiance en Dieu. Toutefois, ce sont des mots à prendre totalement au sérieux, qui expriment l’épreuve la plus grande à laquelle Jésus ait été soumis.
Combien de fois, face à une épreuve, nous pensons être oubliés ou abandonnés de Dieu. Et même, nous sommes tentés d’en conclure que Dieu n’existe pas.
Le Fils de Dieu, qui a bu jusqu’à la lie son Calice amer et qui est ensuite ressuscité des morts, nous dit au contraire, par toute Sa personne, par Sa vie et Sa mort, que nous devons faire confiance à Dieu. En Lui, nous pouvons croire.

Pater noster + Tui Nati vulnerati, tam dignati pro me pati poenas mecum divide (Ton enfant n'était que blessures, lui qui daigna souffrir pour moi ; donne-moi part à ses peines).


station-12.jpg

DOUZIÈME STATION : « Jésus meurt sur la Croix »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’Évangile selon saint Jean 19, 28-30 : « Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Quand la mort survient après une maladie douloureuse, on dit souvent avec soulagement : « Il a fini de souffrir ». En un certain sens, ces paroles valent aussi pour Jésus. Mais ce sont des paroles trop courtes et superficielles, face à la mort de quiconque et bien plus encore face à la mort de cet homme qui est le Fils de Dieu.
De fait, quand Jésus meurt, le voile du Temple de Jérusalem se déchire en deux et d’autres signes surviennent, qui font que le centurion romain qui montait la garde près de la Croix s’exclame : « Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu ! » (cf. Mt 27, 51-54).
En réalité, rien n’est aussi obscur et mystérieux que la Mort du Fils de Dieu, qui, uni à Dieu le Père, est la source et la plénitude de la vie. Mais rien n’est aussi lumineux, parce que là resplendit la gloire de Dieu, la gloire de l’Amour tout puissant et miséricordieux.
Devant la Mort de Jésus, notre réponse est le silence de l’adoration. Nous nous confions ainsi à Lui, nous nous mettons entre Ses mains, en Lui demandant que rien, dans notre vie comme dans notre mort, ne puisse jamais nous séparer de Lui (cf. Rm 8, 38-39).

Pater noster + Vidit suum dulcem Natum morientem desolatum, cum emisit spiritum (Elle vit son enfant très cher mourir dans la désolation alors qu'il rendait l'esprit).


station-13.jpg

TREIZIÈME STATION : « Jésus est descendu de la Croix et remis à sa Mère »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’Évangile selon saint Jean 2, 1-5 : « Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : À présent, l’heure de Jésus est accomplie et Jésus est descendu de la Croix. Et voici pour l’accueillir, les bras de sa Mère. Après avoir goûté jusqu’au bout la solitude de la mort, aussitôt Jésus retrouve – à travers son Corps inanimé – le plus fort et le plus doux de Ses liens humains, la tendresse chaleureuse de sa Mère. Les plus grands artistes, nous pensons à la Pietà de Michel-Ange, ont su percevoir et exprimer la profondeur et la force indestructible de ces liens.
En rappelant que Marie, au pied de la Croix, est devenue aussi la Mère de chacun d’entre nous, nous Lui demandons de mettre en notre cœur les sentiments qui l’unissait à Jésus. Pour être véritablement chrétien, en effet, pour pouvoir vraiment suivre Jésus, il faut être lié à Lui avec tout ce que nous sommes : notre esprit, notre volonté, notre cœur, nos petits et nos grands choix quotidiens.
Ainsi, seulement, Dieu pourra être au centre de notre vie, ne pas être réduit à une présence consolante qui devrait être toujours disponible, mais sans interférer avec les intérêts concrets sur la base desquels nous agissons.

Pater noster + Fac me vere tecum flere, Crucifixo condolere, donec ego vixero (Que vraiment je pleure avec toi, qu'avec le Christ en Croix je souffre, chacun des jours de ma vie !)


station-14.jpg

QUATORZIÈME STATION : « Jésus est déposé dans le sépulcre »

V/. Adoramus Te, Christe, et benedicimus tibi.
R/. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’Évangile selon saint Matthieu 27, 57-60 : « Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette. Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé, et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla ».

Méditation du Cardinal Camillo Ruini : Avec la pierre qui ferme l’entrée du sépulcre, tout semble être vraiment terminé. Mais l’Auteur de la vie pouvait-Il rester prisonnier de la mort ? C’est pourquoi le tombeau de Jésus, depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, n’est pas seulement devenu l’objet de la plus émouvante dévotion, mais il est aussi à l’origine de la plus profonde division des intelligences et des cœurs : là se séparent les routes entre ceux qui croient au Christ et ceux qui ne croient pas en Lui, même si par ailleurs ils Le considèrent comme un homme merveilleux.
Ce tombeau s’est bien vite retrouvé vide et jamais on n’a pu trouver une explication convaincante au fait qu’il soit resté vide, si ce n’est celle qu’ont donnée les témoins de Jésus ressuscité des morts, de Marie-Madeleine à Pierre, en passant par les autres Apôtres.
Devant le tombeau de Jésus, nous demeurons en prière, demandant à Dieu les yeux de la foi qui nous permettent de nous unir aux témoins de sa Résurrection. Ainsi, le Chemin de la Croix devient également, pour nous, Source de vie.

Pater noster + Quando corpus morietur, fax ut animæ donetur paradisi gloria. Amen (Au moment où mon corps mourra, fais qu'à mon âme soit donnée la gloire du Paradis. Amen.)


Discours du Saint-Père Benoît XVI et Bénédiction apostolique
Le Saint-Père s'adresse aux personnes présentes. À la fin de son discours, le Saint-Père donne la Bénédiction apostolique :

V/. Dominus vobiscum.
R/. Et cum spiritu tuo.

V/. Sit nomen Domini benedictum.
R/. Ex hoc nunc et usque in sæculum.

V/. Adiutorium nostrum in nomine Domini.
R/. Qui fecit cælum et terram.

V/. Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.
R/. Amen.


Chant :
R. Crux fidelis, inter omnes arbor una nobilis,
Nulla talem silva profert, flore, fronde, germine !
Dulce lignum dulci clavo dulce pondus sustinens.

1. Pange, lingua, gloriosi prœlium certaminis,
Et super Crucis trophæo dic triumphum nobilem,
Qualiter Redemptor orbis immolatus vicerit. R.

2. De parentis protoplasti fraude factor condolens,
Quando pomi noxialis morte morsu corruit,
Ipse lignum tunc notavit, damna ligni ut solveret. R.