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L'Exhortation Apostolique du Pape François « Amoris laetitia » :

L’Exhortation apostolique post-synodale très attendu du Pape François sur l’Amour dans la Famille, intitulée « Amoris Laetitia », signée le 19 mars en la fête de saint Joseph, a été rendue publique et présentée aux journalistes le 8 avril 2016 en fin de matinée à 11h30 en salle de presse du Saint-Siège.

Cette Exhortation apostolique post-synodale « Amoris Laetitia », la Joie de l’Amour, porte sur l’Amour dans la Famille. Le document est disponible en six langues (en français, en italien, en anglais, en allemand, en espagnol et en portugais). Le Cardinal Lorenzo Baldisseri (secrétaire général du Synode des évêques), un couple d’universitaires italiens (Francesco Miano, professeur de Philosophie morale à l’université Roma III et Giuseppina De Simone in Miano, professeur de philosophie auprès de la faculté de théologie de l’Italie méridionale à Naples) et le Cardinal Christoph Schönborn, (Archevêque de Vienne, lui-même fils de divorcés), font partie des personnes choisies pour présenter le texte à la presse. L’Exhortation, de nature essentiellement pastorale, est l’aboutissement des deux Synodes d’octobre 2014 et d’octobre 2015 sur la Famille, eux-mêmes précédés d’une vaste consultation auprès des Églises locales.

Révolution ou évolution ?

Comme les précédentes, elle confirme les conclusions menées dans le cadre d’une réflexion collégiale et propose des orientations claires. Le texte final, très ouvert et consensuel, adopté, fin octobre 2015, par les 270 pères synodaux préconise un discernement au cas par cas plutôt que des normes générales, un accompagnement personnalisé vers la conversion, plus de pouvoir aussi aux conférences épiscopales y compris sur le plan doctrinal face aux problématiques présentes sur leur territoire. En clair, tout ne doit pas nécessairement remonter vers Rome.

Les références aux Enseignements de Saint Jean-Paul II et aux Catéchèses du Pape François sur la Famille sont nombreuses. Révolution ou évolution ? Première étape d’une réforme ou continuité avec le magistère de l’Église ? Les spéculations divergentes, parfois contradictoires, n’ont pas manqué avant la parution d'« Amoris Laetitia » d’autant que les questions sensibles sont nombreuses et les sensibilités très diversifiées dans l’Eglise : divorcés-remariés, homosexualité, concubinage…
Il est par exemple à déplorer que France Info est violé l'embargo du Vatican en publiant deux heures avant la publication officielle, une analyse tronquée du pseudo-spécialiste Philippe Levillain qui a déclaré sur la question des divorcés remariés : « Il appartiendra dans chaque pays, pour chaque évêque, d'accepter la communion au cas par cas. C'est un Pape jésuite, il fait en sorte qu'il y ait de la flexibilité » .
Ces sujets ont retenu presque toute l’attention des médias. Mais le texte, heureusement, a une portée plus large et aborde la diversité des problèmes auxquels sont confrontés les différents continents.


Explications approfondies et parcours pastoraux

Le Vatican redoute les simplifications et les déformations médiatiques qui pourraient suivre la publication d'« Amoris Laetitia ». Il souhaite donc que les évêques s’efforcent de soigner la présentation du document pour éviter les malentendus. Il est essentiel que les diocèses, paroisses, mouvements et laïcs engagés dans la Pastorale Familiale puissent le mettre en pratique, par le biais de véritables parcours pastoraux. Objectif : aider les fidèles à vivre l’enseignement de l’Église sur la Famille et faire ressentir aux couples en situation dite « irrégulière » qu’ils font entièrement partie de l’Eglise et qu’ils peuvent participer à la vie de la communauté. Pour le Pape François, il faut aller chercher les brebis qui se sont éloignées de l’Église, une Église qui ne doit pas avoir peur de se salir les mains.


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Pour télécharger au format Pdf l'Exhortation Apostolique Post-Synodale de notre Pape François, cliquer sur « Amoris Laetitia »

La TABLE DES MATIÈRES de l'Exhortation Apostolique du Pape François « Amoris laetitia » :

La joie de l’amour (1-7)

Premier chapitre
A LA LUMIÈRE DE LA PAROLE (8) Commentaire du psaume 128 (127 selon la numérotation latine) : « Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! » (sur ce lien retrouvez « Amoris laetitia » (8-30)
Toi et ton épouse (9-13)
Tes fils comme des plants d’oliviers (14-18)
Un chemin de souffrance et de sang (19-22)
Le labeur de tes mains (23-26)
La tendresse de l’accolade (27-30)

Deuxième chapitre
LA RÉALITE ET LES DÉFIS DE LA FAMILLE (31)
La situation actuelle de la famille (32-49)
Quelques défis (50-57)

Troisième chapitre
LE REGARD POSÉ SUR JÉSUS : LA VOCATION DE LA FAMILLE (58-60)
Jésus reprend et conduit à sa plénitude le projet divin (61-66)
La famille dans les documents de l’Église (67-70)
Le sacrement de mariage (71-75)
Semences du Verbe et situations imparfaites (76-79)
La transmission de la vie et l’éducation des enfants (80-85)
La famille et l’Église (86-88)

Quatrième chapitre
L’AMOUR DANS LE MARIAGE (89) :Commentaire de l’« Hymne à la Charité » dans la Première lettre de Saint Paul aux Corinthiens (1 Co 13, 4-7) (sur ce lien retrouvez « Amoris laetitia » (89-119)
Notre amour quotidien (90)
La patience (91-92)
Attitude de service (93-94)
L’amour n’envie pas (95-96)
Sans faire étalage ni fanfaronner (97-98)
Amabilité (99-100)
Détachement (101-102)
Sans violence intérieure (103-104)
Le pardon (105-108)
Se réjouir avec les autres (109-110)
L’amour excuse tout (111-113)
L’amour fait confiance (114-115)
L’amour espère (116-117)
L’amour supporte tout (118-119)
Grandir dans la charité conjugale (120-122)
Toute la vie, tout en commun (123-125)
Joie et beauté (126-130)
Se marier par amour (131-132)
L’amour qui se manifeste et qui grandit (133-135)
Le dialogue (136-141)
Un amour passionné (142)
Le monde des émotions (143-146)
Dieu aime l’épanouissement de ses enfants (147-149)
La dimension érotique de l’amour (150-152)
Violence et manipulation (153-157)
Mariage et virginité (158-162)
La transformation de l’amour (163-164)

Cinquième chapitre
L’AMOUR QUI DEVIENT FÉCOND (165)
Accueillir une nouvelle vie (166-167)
L’amour dans l’attente de la grossesse (168-171)
Amour de père et de mère (172-177)
Fécondité plus grande (178-184)
Discerner le corps (185-186)
La vie dans la famille élargie (187)
Entre enfants (188-190)
Les personnes âgées (191-193)
Être frères (194-195)
Un grand coeur (196-198)

Sixième chapitre
QUELQUES PERSPECTIVES PASTORALES (199)
Annoncer l’Évangile de la famille aujourd’hui (200-204)
Guider les fiancés sur le chemin de la préparation au mariage (205-211)
La préparation de la célébration (212-216)
Accompagner dans les premières années de la vie matrimoniale (217-222)
Quelques ressources (223-230)
Éclairer les crises, les angoisses et les difficultés (231)
Le défi des crises (232-238)
Vieilles blessures (239-240)
Accompagner après les ruptures et les divorces (241-246)
Certaines situations complexes (247-252)
Quand la mort transperce de son aiguillon (253-258)

Septième chapitre
RENFORCER L’ÉDUCATION DES ENFANTS (259)
Où sont les enfants ? (260-262)
La formation morale des enfants (263-267)
La valeur de la sanction comme stimulation (268-270)
Réalisme patient (271-273)
La vie familiale comme lieu d’éducation (274-279)
Oui à l’éducation sexuelle (280-286)
Transmettre la foi (287-290)

Huitième chapitre
ACCOMPAGNER, DISCERNER ET INTÉGRER LA FRAGILITÉ (291-292)
La gradualité dans la pastorale (293-295)
Le discernement des situations appelées « irrégulières » (296-300)
Les circonstances atténuantes dans le discernement pastoral (301-303)
Les normes et le discernement (304-306)
La logique de la miséricorde pastorale (307-312)

Neuvième chapitre
SPIRITUALITÉ MATRIMONIALE ET FAMILIALE (313)
Spiritualité de la communion surnaturelle (314-316)
Ensemble en prière à la lumière de Pâques (317-318)
Spiritualité de l’amour exclusif et libre (319-320)
Spiritualité de l’attention, de la consolation et de l’encouragement (321-325)
Prière à la Sainte Famille


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La joie de l’amour (1-7)

1. La « joie de l’amour » qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église. Comme l’ont indiqué les Pères synodaux, malgré les nombreux signes de crise du mariage, « le désir de famille reste vif, spécialement chez les jeunes, et motive l’Église » (cf. IIIème Assemblée Générale Extraordinaire du Synode des Évêques, « Relatio Synodi », 18 octobre 2014, n° 2). Comme réponse à cette aspiration, « l’annonce chrétienne qui concerne la famille est vraiment une bonne nouvelle » (cf. XIVème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, « Relatio finalis », 24 octobre 2015, n° 3)

2. Le parcours synodal a permis d’exposer la situation des familles dans le monde actuel, d’élargir notre regard et de raviver notre conscience de l’importance du mariage ainsi que de la famille. En même temps, la complexité des thèmes abordés nous a montré la nécessité de continuer à approfondir librement certaines questions doctrinales, morales, spirituelles et pastorales. La réflexion des pasteurs et des théologiens, si elle est fidèle à l’Église, si elle est honnête, réaliste et créative, nous aidera à trouver davantage de clarté. Les débats qui se déroulent dans les moyens de communication ou bien dans les publications et même entre les ministres de l’Église, vont d’un désir effréné de tout changer sans une réflexion suffisante ou sans fondement, à la prétention de tout résoudre en appliquant des normes générales ou bien en tirant des conclusions excessives à partir de certaines réflexions théologiques.

3. En rappelant que « le temps est supérieur à l’espace », je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent. Il en sera ainsi jusqu’à ce que l’Esprit nous conduise à vérité entière (cf. Jn 16, 13), c’est-à-dire, lorsqu’il nous introduira parfaitement dans le mystère du Christ et que nous pourrons tout voir à travers son regard. En outre, dans chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis locaux. Car « les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué » (cf. Discours à l’occasion de la conclusion de la XIVème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques (24 octobre 2015), L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 29 octobre 2015, pp. 8-9 ; cf. Commission Biblique Pontificale, Foi et culture à la lumière de la Bible. Actes de la Session plénière 1979 de la Commission Biblique Pontificale, Turin (1981) ; Conc. oecuménique Vat. II, Const. past. « Gaudium et spes », sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 44 ; Jean-Paul II, Lettre enc. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 52 : AAS 83 (1991), p. 300 ; Exhort. Ap. « Evangelii gaudium » (24 novembre 2013), nn. 69.117 : AAS 105 (2013), pp. 1049.1068-69)

4. De toute manière, je dois dire que le parcours synodal a été d’une grande beauté et a offert beaucoup de lumière. Je remercie pour tous les apports qui m’ont aidé à contempler les problèmes des familles du monde dans toute leur ampleur. L’ensemble des interventions des Pères, que j’ai écouté avec une constante attention, m’a paru un magnifique polyèdre, constitué de nombreuses préoccupations légitimes ainsi que de questions honnêtes et sincères. Pour cela, j’ai retenu opportun de rédiger une Exhortation Apostolique post-synodale pour recueillir les apports des deux Synodes récents sur la famille, en intégrant d’autres considérations qui pourront orienter la réflexion, le dialogue ou bien la praxis pastorale, et qui offriront à la fois encouragement, stimulation et aide aux familles dans leur engagement ainsi que dans leurs difficultés.

5. Cette Exhortation acquiert un sens spécial dans le contexte de cette Année Jubilaire de la Miséricorde. En premier lieu, parce que je la considère comme une proposition aux familles chrétiennes, qui les stimule à valoriser les dons du mariage et de la famille, et à garder un amour fort et nourri de valeurs, telles que la générosité, l’engagement, la fidélité ou la patience. En second lieu, parce qu’elle vise à encourager chacun à être un signe de miséricorde et de proximité là où la vie familiale ne se réalise pas parfaitement ou ne se déroule pas dans la paix et la joie.

6. Dans le développement du texte, je commencerai par une ouverture inspirée par les Saintes Écritures, qui donne un ton approprié. De là, je prendrai en considération la situation actuelle des familles en vue de garder les pieds sur terre. Ensuite, je rappellerai certains éléments fondamentaux de l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille, pour élaborer ainsi les deux chapitres centraux, consacrés à l’amour. Pour continuer, je mettrai en exergue certains parcours pastoraux qui nous orientent pour la construction de foyers solides et féconds selon le plan de Dieu, et je consacrerai un chapitre à l’éducation des enfants. Après, je m’arrêterai sur une invitation à la miséricorde et au discernement pastoral face à des situations qui ne répondent pas pleinement à ce que le Seigneur nous propose, et enfin je tracerai de brèves lignes de spiritualité familiale.

7. Vu la richesse apportée au parcours synodal par les deux années de réflexion, cette Exhortation aborde, de différentes manières, des thèmes nombreux et variés. Cela explique son inévitable longueur. C’est pourquoi, je ne recommande pas une lecture générale hâtive. Elle sera plus bénéfique, tant pour les familles que pour les agents de pastorale familiale, s’ils l’approfondissent avec patience, morceau par morceau, ou s’ils cherchent en elle ce dont ils peuvent avoir besoin dans chaque circonstance concrète. Il est probable, par exemple, que les couples s’identifient plus avec les chapitres quatre et cinq, que les agents pastoraux soient intéressés surtout par le chapitre six, et que tous se sentent interpellés par le chapitre huit. J’espère que chacun, à travers la lecture, se sentira appelé à prendre soin avec amour de la vie des familles, car elles « ne sont pas un problème, elles sont d’abord une opportunité » (cf. Discours à l’occasion de la rencontre avec les familles de Santiago de Cuba (22 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 24 septembre 2015, pp. 14-15).


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