La « Fidélité de Dieu dans le Mariage » de Monseigneur Jacques Perrier :

La fidélité est des plus beaux mots de l’Écriture. Dieu est fidèle : c’est presque sa définition, bien que Dieu ne puisse être défini. Au moins, pour parler de lui, certains mots valent mieux que d’autres. « Fidélité » est dans le tiercé de tête avec l’amour et la miséricorde. D’ailleurs, les trois se tiennent de près.

Mais y a-t-il quelque chose à apprendre de la fidélité de Dieu ? Le modèle n’est-il pas trop élevé ? Certes, le modèle est élevé, mais nous sommes créés « à son image et ressemblance » : nous pouvons donc, si mal que ce soit, nous inspirer de ce modèle.

La fidélité de Dieu face à l’infidélité de son Peuple : c’est toute l’histoire de l’Ancien Testament. Dieu s’est engagé une fois pour toutes mais le Peuple louche sans cesse vers des idoles : les oignons d’Égypte, rappel du temps où le peuple était esclave du pharaon mais assuré de sa nourriture ; les faux dieux de Canaan, dieux de la nature, apparemment plus proches que le Dieu Tout-Autre que nul ne peut voir sans mourir ; la force militaire et les alliances politiques étrangères quand l’ennemi menace.

La fidélité de Dieu n’est pas une simple obstination mais une invention perpétuelle. Comme la fidélité de la source, identique à elle-même et toujours renouvelée dans son flux. Dieu ne se contente pas de s’obstiner dans son engagement initial. Il invente de nouveaux chemins pour reconquérir l’amour de son peuple. C’est le rôle des prophètes et, en particulier, du prophète Osée, le mari trahi qui renoue l’alliance avec son épouse infidèle. Ici, le prophète s’exprime, non en paroles, mais en actes. Il ne dit pas seulement ce que Dieu souhaite : il montre ce que Dieu fait. Oui, l’amour peut ressusciter.

Dieu promet qu’il ira plus loin encore. Il enverra le Messie. Il viendra lui-même prendre soin de son Peuple. Il donnera son Esprit pour que le coeur de l’homme soit changé. C’est ce qui arrive dans l’histoire des hommes avec Jésus. Et l’histoire ne s’est pas arrêtée : Jésus a promis à son Église que l’Esprit la mènerait vers la vérité «tout entière». Et effectivement, de siècle en siècle, de nouvelles spiritualités, de nouveaux saints voient le jour. Ils font partie de la famille chrétienne mais ils sont, à chaque fois, nouveaux et imprévisibles.

Dans cette histoire, il y a des périodes sombres. En 2000, lors du changement de millénaire, le pape Jean-Paul II les a reconnues humblement. Mais la repentance s’accompagnait de la confiance : pour sortir des crises, Dieu suscite de nouveaux saints.

Nous apprenons donc de Dieu que la fidélité n’est pas l’immobilité. Ce n’est pas, non plus, l’aveuglement. La fidélité, c’est de prendre les moyens de l’espérance, de dépasser les échecs, de renouveler la confiance en l’autre.

Notre fidélité à la vie, c’est de repartir chaque matin parce que le nouveau jour offrira peut être de nouvelles chances. Contrairement à une expression mensongère, on ne « refait » pas sa vie. On la poursuit, avec ses blessures et ses découvertes, si possible en allant plus loin, plus profond. Un grand artiste se renouvelle dans chacune de ses oeuvres mais il reste fidèle à son intuition première, une fois qu’il l’a découverte.

Il y a quelque chose de pathétique dans le constat des statistiques : 80 % de jeunes couples voudraient que cela dure toujours et 10% seulement croient que cela est possible. Le pire est la résignation. On est déjà battu avant d’avoir combattu.

Pourquoi la publication des statistiques met-elle toujours en valeur la proportion croissante de divorces et jamais celle des couples qui, ni meilleurs ni pires que les autres, traversent le temps et se réinventent à chaque étape de leur vie ?

Quand un homme et une femme reçoivent l’un par l’autre le sacrement de mariage, ils disent vouloir s’appuyer sur la fidélité de Dieu. Ce sacrement restera, s’ils le veulent bien, une source permanente de force dans les épreuves puisque la fidélité de Dieu est inépuisable et inventive.

Quand ils communient à l’Eucharistie, ils se nourrissent de cette fidélité que Dieu a payée du prix de la Croix. En recevant le Corps du Christ, ils répondent « Amen » : « c’est solide » ; « ça tient » ; « je peux m’appuyer sur toi ».

Cela explique pourquoi l’Église souhaite que les fiancés se marient au coeur d’une Eucharistie à laquelle ils pourront revenir chaque dimanche de leur vie qui peut être longue mais qui peut ne jamais être terne.

Monseigneur Jacques Perrier - Évêque émérite de Tarbes et Lourdes (1998-2012)

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Voir également de Monseigneur Jacques Perrier :
L’enseignement sur le Mariage Catholique « Se marier à l’Église… » de Monseigneur Jacques Perrier
L’enseignement de Monseigneur Jacques Perrier sur la « Fidélité de Dieu dans le Mariage »
La Prière de Mgr Jacques Perrier « Seigneur, je Te présente mes enfants »
La Prière de Mgr Jacques Perrier « Notre-Dame de Lourdes, nous Te remercions ! »
La question posée à Mgr Jacques Perrier sur le Mariage « Et si la vie n’est plus possible entre nous ? »