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L’Hymne de Jean Peckham « Ô Salut, vivante Victime, Vérité et Vie » :

Ave, vivens Hostia, veritas et vita,
In qua sacrificia cuncta sunt finita.
Per te patri gloria datur infinita,
Per te stat ecclesia iugiter munita.

Salut, vivante Victime, Vérité et Vie,
En qui tous les sacrifices sont consommés.
C’est Toi qui donnes au Père une gloire infinie,
C’est Toi qui sans cesse protèges l’Eglise.

Ave, vas clementiae, scrinium dulcoris,
In quo sunt deliciae caelici saporis,
Veritas substantiae tota salvatoris,
Sacramentum gratiae, pabulum amoris.

Salut, vase de clémence, écrin de douceur,
En qui résident des délices d’une céleste saveur,
Vérité totale de la substance du Sauveur,
Sacrement de la grâce, aliment de l’amour.

Ave, manna caelicum verius legali,
Datum in viaticum misero mortali,
Medicamen mysticum morbo spiritali,
Morte dans catholicum vitae immortali.

Salut, manne céleste plus vraie que celle de la Loi,
Donnée en viatique au misérable mortel,
Médicament mystique pour la maladie spirituelle,
Donnant par la mort la foi en la vie immortelle.

Ave, corpus Domini et munus finale,
Corpus iunctum numini, nobile iocale,
Quod reliquit homini in memoriale
Cum finali termini mundo dixit vale.

Salut, corps du Seigneur et récompense finale,
Corps uni à Dieu, noble plaisance,
Qu’il laissa en mémorial à l’homme
Lorsqu’au terme final il dit adieu au monde.

Ave, plenum gaudium, vita beatorum,
Pauperum solacium, salus miserorum.
Grande privilegium est hoc viatorum,
Quorum sacrificium merces est caelorum.

Salut, plénitude de joie, vie des bienheureux,
Soulagement des pauvres, salut des misérables ;
Il est la grande faveur des voyageurs
Pour qui le sacrifice est la rançon des cieux.

Ave, virtus fortium, obvians ruinae,
Turris et praesidium plebis peregrinae,
Quam insultus hostium frangera non sine,
Ne vi malignantium pereat in fine.

Salut, vertu des forts qui préserve de la ruine,
Citadelle et défense du peuple pélerin,
Que tu interdis aux assauts des ennemis de briser,
Et à la violence des méchants de faire périr à la fin.

Hic Iesu veraciter duplex est natura,
Non est partialiter nec solum figura,
Sed essentialiter caro Christi pura
Latet integraliter brevi sub clausura.

Ce Jésus est vraiment de double nature,
Il n’est ni partiellement ni uniquement une figure,
Mais la chair par essence pure du Christ
Se cache intégralement sous cette étroite clôture.

Caelo visibiliter caro Christi sita,
Forma panis aliter latet hic vestita ;
Solus novit qualiter, hanc qui ponit ita,
Potest hoc faciliter virtus infinita.

Si la chair du Christ est visiblement placée au ciel,
La forme du pain se cache ici sous un autre vêtement :
Seul celui qui l’a placée ici a su comment
La puissance infinie peut cela facilement.

Sumptum non consumitur Corpus Salvatoris,
Idem totum sumitur omnibus in horis,
Forma panis frangitur dente comestoris,
Virtus carnis sugitur morsibus amoris.

Absorbé, le corps du Sauveur n’est pas consommé ;
C’est pourtant le même qui tout entier est absorbé à toute heure ;
La forme du pain est brisée par la dent de celui qui le mange,
La vertu de la chair est aspirée par les morsures de l’amour.

Christus nihil patitur huius laesionis ;
Forma panis solvitur vi digestionis ;
Tunc, si Christus quaeritur, est in caeli thronis,
Sicut vult, hinc tollitur datis vitae donis.

Le Christ ne souffre pas de cette atteinte ;
La forme du pain est dissoute par la force de la digestion ;
Alors, si l’on cherche le Christ, il est sur les trônes du ciel,
A sa volonté, il s’élève d’ici-bas après avoir donné les dons de la vie.

Hoc ardoris calculo veni nos ignire,
Hoc amoris stimulo frange motus irae,
Et eodem ferculo qui nos vis nutrire,
Velis cordis vinculo fortiter unire.

De ce charbon d’ardeur, viens nous enflammer ;
Par cet aiguillon d’amour, brise tout mouvement de colère ;
Et Toi qui nous veux nourrir du même aliment,
Veuille nous attacher fortement par les liens du coeur.

Moris est amantium invicem sitire,
Ut arcana cordium possint introire ;
Sic vult Rex regnantium caritatis mirae
Cibando fidelium intima subire.

L’habitude des amants est d’avoir tour à tour soif
D’entrer dans les arcanes de leurs coeurs ;
C’est ce que, par une admirable charité, veut le Roi des rois :
Atteindre le coeur des fidèles en étant pris comme aliment.

O Iesu dulcissime, cibus salutaris,
Qui sic nobis intime tribui dignaris,
Mala nostra deprime fletibus amaris
Et affectus imprime, quibus delectaris.

Ô très doux Jésus, aliment de salut
Qui daignas ainsi te répartir au fond des êtres,
Atténue mes fautes par mes pleurs amers,
Et imprègne les sentiments de ceux qui t’aiment.

Iesu, vivens hostia, placa maiestatem,
Sacramenti gratia confer sanitatem ;
Pauperum substantia, da aeternitatem,
Domini memoria, fove caritatem.

Ô Jésus, vivante victime, que ta grandeur s’apaise,
Par la grâce de ton sacrement, accorde le salut,
Par ta substance donne l’éternité aux pauvres,
Et par ta présence, échauffe l’amour.

Vanitatem spernere fac nos, consolator,
Hostes dona vincere, Christe, propugnator,
Et quod doces credere, Iesu, reparator,
Per te tandem cernere da, remunerator.

Ô consolateur, fais-nous mépriser les choses vaines,
Ô Christ combattant, accorde-moi de vaincre l’Ennemi,
Ô Jésus réparateur, donne-moi de croire à ce que tu enseignes,
Ô Rémunérateur, fais enfin que je te voie !

Jean Peckham (1240-1292)


Voir également de Jean Peckham :
La Prière de Jean Peckham « Je Te loue, mon Seigneur et Roi »
L’Hymne de John Peckham « Ô Trinité, Lumière bienheureuse »
L’Hymne pour la Fête-Dieu sur la Sainte Communion de Jean Peckham « Ô Salut, vivante Victime, Vérité et Vie »