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Les Religions et la Crémation :
Parmi les trois religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme et Islam), seule la Religion Chrétienne en admet totalement la pratique. Quant aux religions et philosophies émanant des cultures asiatiques, la crémation y est le plus souvent considérée comme faisant partie intégrante d’un rituel traditionnel, auquel elles sont attachées depuis les temps les plus anciens.


La Religion Chrétienne et la Crémation :
D’une confession chrétienne à l’autre, la position n’est pas la même et il y a eu de nombreuses évolutions au cours de l’histoire.

Ainsi, si en 789 la crémation était interdite par Charlemagne, et par la suite réservée comme châtiment aux hérétiques, si le pape Pie XI écrit en 1926 que « la crémation est un rite barbare, impie et scandaleux, gravement illicite », elle est devenue licite pour la plupart des chrétiens à partir de la fin du 19ème siècle.

Les églises protestantes l’autorisèrent à partir de 1887 car selon la théologie de la Réforme, la résurrection de la chair n’est pas en jeu : seule l’espérance en Dieu peut sauver et celui-ci offre une nouvelle vie indépendamment de l’état du corps. C’est sans doute pour cela que la plupart des pays où la religion protestante est dominante ont un taux de crémation plus élevé que le reste de l’Europe.

L’Eglise Catholique recommande l’inhumation mais n’interdit pas la crémation depuis le 8 mai 1963 (article 1176-3 du Code de Droit Canon) à condition que cette pratique ne soit pas choisie pour des raisons contraires à la foi chrétienne alors qu’en 1917 l'article 1203 du code de droit canonique était sans appel : « Les corps des fidèles doivent être ensevelis ; leur crémation est réprouvée. Si quelqu'un ordonne, de quelque manière que ce soit, de livrer son corps à la crémation, il est défendu d'exécuter cette volonté. Si cette condition est opposée à un contrat, testament ou acte quelconque, on la considérera comme non avenue » et l’article 1240 : « En outre, celui qui a donné un tel ordre (certain et non excusé par la bonne foi) doit être privé de sépulture ecclésiastique (même si l'incinération n'a pas lieu par le fait d'un tiers), à moins qu'il n'ait donné avant de mourir, des signes de repentir » .

L’Eglise Orthodoxe, rappelant l’inhumation de Jacob, la résurrection des morts et la vénération des reliques, prohibe la crémation. Toutefois, l’église orthodoxe de Grèce en admet la pratique depuis 2006.

D’autres confessions chrétiennes sont tout aussi réservées : c’est le cas notamment des églises adventistes et presbytériennes.


L’Eglise Catholique et la Crémation :
L’augmentation du nombre de crémations amène l’Eglise Catholique à s’interroger sur la conception de la personne humaine et de la relation au corps qu’implique une telle pratique. N’a-t-on pas ainsi tendance à traiter le corps humain comme un objet, qu’il faut faire disparaître proprement et sans trace, à réduire la personne à une chose, et à rendre plus obscure son identité d’être corporel animé et spirituel ? Faire disparaître rapidement le corps en le réduisant artificiellement en cendres n’aide pas les survivants à entrer dans le lent processus du deuil. Une pratique généralisée de l’incinération conduirait, à terme, à la suppression du cimetière comme lieu de mémoire sociale et comme une des nécessaires images de la succession des générations.
Déjà, dans la loi de Moïse, c’était un devoir sacré que d’ensevelir les morts, même les condamnés ou les ennemis. L’Ancien Testament en parle clairement avec Tobie qui, au péril de sa vie, prenait soin d’enterrer, la nuit, les morts qu’il avait cachés dans sa maison pendant le jour. Dans la Genèse, Dieu a dit à Adam : « Tu retourneras à la terre d’où tu as été tiré » (Genèse 3, 19).Aucun texte, par contre, n’encourage la crémation des cadavres.
Dans le passé, la législation de l’Eglise Catholique a toujours condamné la pratique de l’incinération, sauf dans les cas extrêmes d’épidémie ou de peste, ce qui ne correspond plus à une nécessité de nos jours où l’on invoque des motifs futiles : plus économique, plus de cercueil ni de caveau d’où moins d’encombrement des cimetières avec des cendres dans une petite urne, plus hygiénique, dit-on, pour cette pratique barbare dans laquelle on peut retrouver le mépris de notre société où l’avortement détruit la promesse de vie, l’euthanasie élimine les gêneurs et enfin, l’incinération détruisant l’œuvre de Dieu dans ses phases successives. L’actuelle position de l’Eglise est là-dessus comme sur d’autres points importants, contraire à l’enseignement précis qui était le sien, laissant la porte ouverte à tous les abus et scandales dus à la propagande maçonnique. Il est, en effet, bon de savoir que les dirigeants des associations crématistes qui en répandent la pratique, sont inspirés d’idées anti-chrétiennes et le plus souvent maçonniques.
En maintenant sa préférence pour la manière dont le Seigneur lui-même a été enseveli, l’Église Catholique doit défendre des dimensions profondes de la personne humaine. Les divers rites de la célébration des funérailles, puis de l’inhumation, doivent permettre de proclamer la dignité de la personne humaine dans sa vie, sa mort et l’au-delà de sa mort. Ils doivent aussi permettre d’affirmer la foi en l’origine divine de toute créature : la vie humaine vient de Dieu et les baptisés sont devenus temples de l’Esprit Saint :
« Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes » (1 Co 6, 19)
« Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3, 16)
« Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8, 11)
Les Catholiques doivent également pouvoir exprimer la foi en la résurrection du Christ et, à sa suite, de tous ceux qu’il fait passer de la mort à la vie, selon ce que disent les symboles de foi dans le Credo : « Je crois… à la résurrection de la chair. J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ».


Si de plus en plus de personnes choisissent de recourir à la crémation pour eux-mêmes ou pour les leurs et de disperser les cendres, le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, Chapelain du Sanctuaire de Notre-Dame du Laus, ancien Curé de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul dite des Réformés à Marseille surnommé le "Curé d'Ars" de la Canebière y ait farouchement opposé.

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L’avis sur la crémation du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine :

« Je suis fermement opposé à ces pratiques. Je ne vois se dégager de cet anéantissement du corps que de mauvais fruits. Mais quoi ! Toute sa vie, on a fait attention à son corps, on l'a soigné, on a recouvert de Biafine la moindre brûlure et, à la fin, on le crame dans un four à mille deux cents degrés avant de s'occuper du squelette qui, évidemment ne brûlant pas, doit être au sens strict tiré par les pieds pour le faire glisser dans un broyeur qui le pulvérise ! Comme vous le savez, durant le temps de la crémation, la famille attend dans un salon que l'urne soit apportée. Toute ma vie, je reverrai cette maman que j'avais accompagnée pour la mise à la flamme de son jeune fils de vingt-sept ans. Au cours de cette heure et demie que nous avons passée ensemble et qui dura une éternité, de temps en temps, elle se tapait la tête contre le mur et criait : « Mon fils est en train de brûler ! » Et puis, soudain, l'urne est là, sous vos yeux : « Mesdames, messieurs, observons une minute de silence ! » Et l'on voit danser sur l'urne mortuaire encore chaude des particules de cendres qui vous font froid dans le dos. Tout cela est inhumain et par conséquent irrecevable. Quant à la dispersion des cendres, elle n'est pas permise par la sainte Église. Le corps, même anéanti par les flammes, doit reposer dans un cimetière et attendre la résurrection. Pourquoi vouloir perdre à ce point la trace de ceux que nous avons aimés ? Et pourquoi l'homme choisirait-il pour lui-même de disparaître à tout jamais dans la mer ou je ne sais où ? Je connais des personnes qui ont dispersé au vent leurs proches et qui ont cru bon d'enterrer au pied d'un bel arbre leur chien enveloppé d'une couverture, calé dans un couffin avec ses jouets ! Mais où va donc se nicher un illogisme pareil et une conception si basse de la dignité humaine ! Même à Auschwitz subsistent des fosses où les cendres ont été enfouies. Il faudrait que tous les Prêtres s'insurgent contre ces pratiques qui laissent entendre que l'homme retourne au néant ».
(Extrait du livre « Homme et Prêtre » du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine)



L’avis sur la crémation de Marie-Frédérique Bacqué :

Marie-Frédérique Bacqué, Psychologue française investie dans l’étude et la psychothérapie des personnes confrontées à la perte, à la mort et au deuil va même jusqu'à évoquer « une violence atroce pratiquée sur le défunt »

D'une part des violences faites au corps aimé quand il est soumis à une chaleur de 1 200 degrés pendant plus d'une heure. Tout ce qui fut aimé (le visage, le corps, les mains et le regard, sans oublier les taches de rousseur ), tout ce qui fit l'objet des soins les plus constants et les plus assidus, tout est, au sens propre, pulvérisé, réduit à l'anonymat d'un tas de cendre.

D'autre part, les violences faites aux familles : au crématorium, les familles attendent, dans une autre pièce, que les cendres leur soient données. Elles sont pétrifiées d'émotions alors même que le corps est enfourné juste à côté. Il faut que la crémation pulvérise le corps. Elles attendent et imaginent (sans trop vouloir y penser d'avantage) ce processus qui réduit le corps, le fait éclater, le disloque pour n'en conserver que des poussières de calcite.

En troisième lieu, la violence de la destruction immédiate d'un corps : tout se passe « dans la foulée » du décès. Aussitôt mort, aussitôt mis dans le four, aussitôt réduit en cendre. L'opération de crémation n'est pas différée de quelques semaines ou de quelques mois et n'accompagne pas le lent processus de deuil.

Finissons par les violences symboliques :
De l'être aimé il ne reste rien de reconnaissable. Ni crâne, ni squelette, ni os. Rien sinon un amas de poussières. Le squelette n'est-il pas, dans l'imaginaire, le second corps du corps, l'ultime reste de la personne quand les chairs ne sont plus là pour lui donner consistance ? Ce corps, de « l'autre côté », dans l'autre pièce, se consume au point de devenir presque rien, trois-fois-rien.
La violence symbolique tient à l'effacement de la singularité, des signes distinctifs comme si le mort n'avait jamais existé et qu'il ne devait rien laisser de sa vie. Et malheureusement, ce « désir de crémation », voulu pour ne pas gêner les familles, ne pas les encombrer, finit par provoquer plus de perturbations (liées aux violences évoquées) que de quiétudes.

Dès lors, interrogeons-nous :
Le corps aimé est-il une simple enveloppe dont nous pouvons nous débarrasser au plus vite quand la vie s'en est allée ou est-il respectable, digne, pour être toujours porteur de la présence de celui qui n'est plus là ?
Est-il mon outil d'existence, mon costume de visibilité, ma viande empruntée qui n'a plus d'utilité et de valeur quand il meurt ?
Ou, au contraire, est-il ce qui reste de moi, la mémoire incarnée de toutes les sensations éprouvées, ressenties, vécues, comme un reste de visible pétri d'invisible ?
Cette question se pose d'autant plus que la crémation, aujourd'hui, en France, est pratiquée le plus souvent, en l'absence de rites d'accompagnement et dans une immense pauvreté symbolique !
En France, la crémation progresse ! 30 % aujourd'hui des décès (170 000 crémations sont opérées chaque année dans près de 160 crématoriums), 45 % des obsèques à Paris selon les Services funéraires de la ville de Paris, 50 % dans quelques années… Mais tout se fait en silence, sans débats, sans mesurer les différentes violences que les familles doivent assumer, parfois dans la détresse. Parlons-en ! Parlez-en entre vous !