La « Lettre Ouverte aux Évêques de France pour dénoncer les mesures sanitaires » :

Messieurs les Évêques de France,

En nos âmes et consciences, dont Dieu seul est Juge et à qui nous nous remettons entièrement, nous devons nous ouvrir à vous de la tragédie silencieuse et sourde que nous vivons. Nous sollicitons votre bienveillance pour saisir, dans les limites et l'imperfection inévitables de notre démarche, l'urgence de notre cri. Nous implorons l'Esprit Saint d'être l'unique Guide de nos mots et celui de vos cœurs lorsque vous en prendrez connaissance afin que nous oeuvrions tous à la Volonté divine.

Notre cri est celui de la douleur de l'état de fait dans lequel nous sommes plongées. C'est là que se trouve l'objet de notre lettre : la crise engendre depuis un an maintenant des conséquences indues qu'il est grave d'entériner dans l'application de normes dont la signification doit être mesurée et dénoncée. Le simple fait de dire cela est aujourd'hui source de division mais le silence ne résoudra rien et l'unité ne peut être le résultat d'un consensus majoritaire marqué par la sidération et la passivité ; elle est le fruit de la rencontre de l'amour et de la vérité. C'est par amour pour notre mère l'Eglise, Épouse du Christ, que nous vous écrivons dans la recherche la plus chaste possible de la vérité, ne poursuivant aucun intérêt personnel, si ce n'est celui du salut de nos âmes et nous ne pourrions mourir en paix si le Seigneur nous rappelait à Lui sans avoir obéi à nos consciences qui nous pressent de parler.

Il y a un an, nos églises ont brutalement fermé leurs portes, nous privant de la nourriture spirituelle des Sacrements, nous privant de la Source et du Sommet de notre vie : l'Eucharistie. Jésus, notre vie, assoiffé de nos âmes, privé de nous et nous, privés de Lui. Cette injustice non nécessaire a engendré un traumatisme collectif dont l'onde de choc n'a pas fini de se répercuter. Cela a ensuite laissé place à un accès sous conditions de la Messe, après que plusieurs associations ont fait valoir l'exercice de la liberté de culte, ce qui permit en novembre lors du deuxième confinement de se saisir immédiatement de l'aspect abusif de la suspension du culte. L'application des normes sanitaires est devenue depuis le mois de juin une évidence à plusieurs titres : premièrement, parce qu'il faut bien obéir aux règles imposées par l'Etat et deuxièmement, parce qu'il faut bien se protéger et protéger les autres afin de maintenir un espace restreint et contraint de liberté.

Nous remettons en question ces deux dimensions parce qu'elles traduisent une adhésion à la mise en oeuvre d'un système fallacieux et coercitif, fondé sur une certaine idée de la santé, érigée en valeur suprême et incontestable. Ce fondement comme ses conséquences sont incompatibles avec notre Foi Catholique, véritable trésor et sanctuaire de l'humanité; toute notre doctrine comme notre adhésion personnelle au Credo proclament le Mystère de l'Incarnation et de la Rédemption et orientent tout le sens de la vie. L'Eglise est donc la boussole du monde, et au coeur de la tempête, Elle doit être un phare qui brille dans la nuit, solide et fondée sur le Roc qu'est le Christ et non pas être ballotée par des normes mouvantes et des mirages sanitaires.

Décrivons un peu ce qui se déroule concrètement lorsque les uns et les autres vont à la Messe, sans faire de liste exhaustive de toutes les modalités des normes sanitaires.

Un premier contrôle desdits « vigiles sanitaires » permet d'accéder à l'intérieur de l'église, s'assurant que vous êtes masqué et désinfecté. D'un geste habitué, vous cherchez peut-être encore vainement au fond d'un Bénitier une trace humide mais seule une poussière désespérément sèche vous rappelle à la réalité. Le gel hydroalcoolique a bel et bien remplacé l'Eau bénite. Vous cherchez ensuite une place autorisée, afin d'être suffisamment éloignés de votre prochain et parfois même de vos enfants. Ce n'est qu'après vous être bien assuré que vous répondiez aux critères établis par l'hygiénisme institué pour résister à un virus si dangereux qu'on a d'abord préservé notre santé plutôt que notre salut à l'approche d'une mort certaine, que vous pourrez enfin saluer l'Hôte des lieux ... Vous chanterez, selon la foi que vous avez dans le pouvoir filtrant de votre masque, à mi-voix ou à tue-tête, que votre bouche chante la louange de Dieu, que quiconque regarde vers Lui resplendira sans ombre ni trouble au visage; l'homélie vous rappellera peut-être à l'ordre si vous avez eu l'outrecuidance de venir à la Messe sans vous inscrire, ou bien encore qu'il faut être charitable envers son prochain en portant bien son masque, que cela pourrait même être votre effort de Carême, ou encore vous pourrez être menacé de la suspension pure et simple de l'Adoration perpétuelle si vous n'y respectez pas le port du masque. La Prière Universelle pourra nous appeler à prier pour tous ceux qui n'ont pas été Baptisés à cause des restrictions sanitaires bien qu'il s'agisse en réalité d'une décision épiscopale. Lors d'une Confirmation, vous pourrez recevoir l'Onction appliquée au pinceau à usage unique. Vous serez saupoudrés des Cendres vous rappelant votre condition mortelle afin d'éviter, paradoxalement et soigneusement, tout contact entre vivants. Jusqu'aux santons de certaines églises qui ont arboré cette année un petit masque par solidarité, il semble qu'un humour douteux tente de jeter un voile léger sur la gravité de la situation.

Au moment même où les mains du Prêtre sont les plus saintes, immédiatement après avoir consacré le Corps et le Sang du Christ, ce n'est qu'après vous être soumis à la désinfection et au « masquage »que nous pouvons nous approcher pour Communier ; peut-être vous interdira-t-on de prononcer un faible « Amen » en recevant l'Hostie pour ne pas postillonner, peut-être ne pourrez-vous La recevoir dans la bouche de peur qu'un malheureux contact de votre salive et de la main du Prêtre ne soit une source d'infection. Où alors notre foi ? Où est alors votre foi ? Enfin on vous invitera à la prudence pour les Célébrations de la Semaine Sainte où nous célébrons Jésus Ressuscité vivant au milieu de nous chaque jour jusqu'à la fin des temps ; encore faudra-t-il que le Feu Pascal bénéficie d'une attestation dérogatoire au couvre-feu ...

Et si vous n'êtes pas masqué parce que vous ne pouvez pas rendre un culte à Dieu en portant ostensiblement quelque chose qui, en conscience, dément votre foi et votre bon sens, vous vous ferez expulser manu militari. Vous êtes plus offensante qu'une femen s'exhibant, votre visage impur étant un affront à la soumission que nous devrions à une loi humaine, dont les promoteurs brillent davantage par leur corruption que par leur souci du bien commun - ne serait-ce qu'à en juger par le calendrier et le contenu des lois dites de bioéthique et de l'esprit de la loi sur le séparatisme, votre visage virulent étant un affront pour votre prochain que vous négligez forcément par votre égoïsme et votre orgueil. Si toutefois vous trouvez un petit coin à l'abri d'un pilier et pleurez toute la Messe de l'affligeante soumission de vos frères et du spectacle grotesque qu'offrent ces assemblées mortifères, vous pourrez offrir votre prière pour les générations sacrifiées ; celle des vieux qu'on emprisonne et des malades qui meurent seuls à l'hôpital ou chez eux au nom de ces mêmes normes et celle des enfants qui s'habituent à tout, même à mal respirer et ne pas être défendus par leurs parents, par leurs professeurs, par les adultes responsables de leur croissance et de leur sainteté. Vous pourrez pleurer pour tous ceux qui, n'en pouvant plus de ces incohérences entre les actes et les paroles, ne peuvent tout simplement plus venir car c'est insoutenable de voir s'immiscer la singerie dans la Liturgie.

Que dire de ceux qui ont pu bénéficier de « bons plans » lors des confinements parce que, par chance pour eux, ils étaient dans les bons réseaux ? Des click&collect eucharistiques organisés à la sauvette en fond de sacristie ? De toutes les personnes seules qui le sont encore plus, des familles qui ont tant à assumer pour transmettre une foi vive, des personnes fragiles à qui l'on a refusé la Communion ou l'accès à un Sanctuaire dédié à la guérison, comme Lourdes, où il fallait être représenté par des personnes valides ?

Nous pleurons nos Prêtres pris en étau entre leur hiérarchie exigeant d'eux d'obéir à l'ordre affreux de ne pas dire de Messes privées pour leurs fidèles. Nous pleurons les paroissiens allant jusqu'à menacer et dénoncer les Prêtres et les fidèles qui ne respecteraient pas ou ne feraient pas respecter à la lettre ces consignes sanitaires pour lesquelles nous n'avons jamais vu déployer autant d'énergie autoritaire. Nous pleurons le fait que cela ne soit pas une évidence que contrôler, rejeter, sélectionner, dénoncer, menacer, jouer sur la peur et la culpabilité ne sont en aucune façon des fruits de l'Esprit Saint, ni ne sont le signe d'aucune vertu. Nos âmes sont en péril bien plus que nos corps : l'étiolement de nos personnes et de notre société annonce une mort bien plus certaine et perverse qu'un virus qui doit mobiliser une responsabilité collective et proportionnée, et non pas engendrer une folie collective.

Des portes closes de la Terre Sainte au moindre Bénitier vide, en passant par les Piscines de Lourdes interdites d'accès - où le premier Miracle n'était-il pas de ne pas ressortir plus malade qu'on y était arrivé ! - la source tangible de notre foi et ses nombreux canaux concrets de grâces sont mis sous clef tandis que l'enfer, se pavant des bonnes intentions des normes sanitaires, ouvre une voie sans obstacle au démon qui rôde et se repait de notre bêtise. De l'absence de procession du Saint-Sacrement aux enfants de choeur scrupuleusement masqués, littéralement de petits « lucifer » (porteurs de lumière ...) invités autour de l'Autel, sanctifie-t-on le monde en le privant de la Présence de Dieu, unique Source de Vie ? De ce tarissement général, c'est la chair comme l'esprit qui sortent atrophiés de cette spirale autodestructrice, comme lyophilisés par l'aridité extérieure et intérieure. Une aubaine pour le prince de ce monde qui voit le chef d'oeuvre de la création divine faire son propre malheur, à croire que l'histoire est un éternel recommencement.

Mais depuis un an, la Terre a fait le tour du soleil, les saisons se sont succédé, le cycle de la nature nous enseigne la sagesse et nous interroge encore sur notre agitation. Pourquoi tout cela ? Pourquoi continuer à participer et alimenter cette illusion cosmique ? Comment sortir grandis et Saints de cette crise ? L'héroïsme requis en temps de crise apparaît bien dérisoire en l'occurrence car il suffirait de désamorcer la panique et de se mettre face à la réalité de notre condition humaine. Quelle absurdité que ne pas porter de masque soit un acte de courage ! Il n'y a pas si longtemps que cela, ne pas lever le bras, était un acte héroïque, pourtant, qu'est-ce que lever un bras ? ! N'est-ce pas dérisoire ? Autre temps, autre dictature et si la comparaison n'est pas heureuse ou semble trop prétentieuse, nous y voyons une analogie réelle : en effet, porter notre masque ne nous coûte rien, pourtant le sens que cela revêt nous interdit de le mettre, spécialement à la Messe, et la violence que ce refus engendre doit vous inquiéter. Les injonctions sanitaires ne sont pas neutres et la passivité est un consentement à ce monde qui advient et dont nous aurons à rendre compte à nos enfants et à Dieu.

Baptisées dans la Mort et la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, sentinelles de l'invisible, nous nous devons de lutter contre le monde transhumain qui s'amorce à travers ces mesures contraignantes et déshumanisantes qui s'installent dans le temps; une chose est sûre, et qui prouve la perversité de la situation, si nous arrêtions sur le champ de nous obliger mutuellement par l'autosurveillance à mettre en oeuvre ces normes, il ne se produirait rien de particulier. Au Nom de Jésus-Christ, nous croyons que nous aurons à rendre compte de nos actes, tout comme vous aurez à rendre compte des âmes qui vous sont confiées davantage que de votre relation avec le préfet.

Pensant à Nietzsche qui s'exclamait que si les Chrétiens avaient davantage des têtes de ressuscités, les gens croiraient certainement plus, qu'annonce-t-on en étant masqués ? Soyons l'avant-garde joyeuse et le sel de la Terre, devenons ce que nous devons être ! Jésus nous dit qu'Il est venu jeter un feu sur la terre, nous savons que les divisions sont inéluctables, mais n'oublions pas de fixer nos yeux sur le Christ pour entrer dans le Combat de Dieu. Soyez les bergers qui font paître les brebis selon leur bon droit et qui défendent leur troupeau contre les loups efflanqués et affamés par la peur et l'hésitation. France, fille aînée de l'Eglise, Qu'as-tu fait des promesses de ton Baptême ?

Que Notre-Dame de France et tous les Saints nous inspirent dans cette croisade pour la libération des Lieux Saints Que sont nos corps et nos églises, pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde.

Nous vous assurons de notre prière et de notre sollicitude, dans l'attente impatiente de vous rencontrer dès que vous nous le proposerez.


Marie-Caroline Schürr et Marie Nicolardot, le Mardi Saint 30 mars 2021