La Lettre du R. P. A-M. Carré « Le Oui de votre Mariage » :

Un Mystère étonnant plane sur ce consentement qu’échangent les époux : aucun ne sait tout ce qu’il donne et tout ce qu’il reçoit... En effet, à côté du visible, il y a toute la profondeur de l’invisible et la plus fine intuition ne pourra jamais saisir la totalité d’un être.

Ce premier consentement est donc un véritable acte de foi : il contient en puissance tous les autres, mais c’est à chaque instant qu’il faudra le renouveler ensuite, devant la révélation progressive de toutes les exigences de l’amour.

Le jour de votre Mariage, saviez-vous que le « Oui » dit à votre mari, et par là même à Dieu, allait prendre parfois des formes si déconcertantes ? Si vous l’aviez su, si vous aviez pu prévoir tout ce que cette Promesse devait contenir, vous ne l’auriez sans doute pas faite avec moins d’élan, mais auriez-vous pu avoir la même sérénité ?

C’est pourquoi Dieu, qui ménage notre faiblesse, ne vous révèle que progressivement où Il veut vous entraîner et chaque jour, dans une lucidité sans cesse croissante, Il nous demande de renouveler notre engagement et notre acceptation. À l’avance vous ne saviez pas quelle serait la Volonté du Seigneur, mais vous acceptiez de toujours vous y accorder, vous Lui faisiez confiance, sûres qu’Il vous donnerait la Grâce nécessaire pour cela.

Ainsi le « Oui » de l’Annonciation contenait-il déjà tous les autres. Mais ensuite c’est chaque jour qu’il a fallu le renouveler, et bien que la Vierge immaculée fût spontanément accordée à la Volonté de Dieu, il semble que cette Volonté ne lui ait été révélée que peu à peu et que son intelligence humaine ne soit entrée que progressivement dans ce Mystère. En dépit de ses Grâces et de la Présence exceptionnelle de l’Esprit-Saint. La Vierge avait une psychologie humaine. Jésus dut lui rappeler qu’il est aux ordres de son Père et, si elle pressentait le glaive, elle ne savait pas nettement quand ni comment il lui serait présenté.

Comme Elle, avec Elle, vous ne devez pas cesser de consentir à Dieu. Vous devez avoir le souci de toujours dire « Oui » à Dieu pour continuer à dire « Oui » à votre mari, car la conjonction est désormais totale et définitive entre sa volonté et celle de Dieu. Tout ce que vous pouvez imaginer du commun accord entre la Volonté de Dieu et celle d’un élu ne surpassera jamais la réalité. Du moment que vous consentez à Dieu vous communiez à votre mari, aussi l’état de Grâce est-il l’état même du veuvage, encore plus que de tout autre état chrétien.

Insérer un total amour humain dans un total amour de Dieu n’est plus un problème pour vous, car l’opposition qui semblait parfois se dresser ici-bas entre ces deux amours est abolie. Vous n’avez plus à craindre cette dissociation apparente qui risquait parfois de peiner celui que vous aimez. Votre mari a seulement brusqué les étapes et vous avez peu à peu à le suivre dans le Mystère du présent, du consentement présent. Le vouloir de celui qui vous a quittée se confond désormais avec celui de Dieu. Il veut que non seulement vous évitiez le mal, mais entriez profondément dans la voie du bien, que vous vous sanctifiiez en toutes choses, petites ou grandes il n’y a pas de petits consentements dans l’ordre surnaturel à travers vos enfants, à travers les incompréhensions sociales ou les difficultés matérielles, aussi bien que dans les plus grands sacrifices.

Ne vous étonnez pas si cela ne se fait pas sans luttes et sans souffrances : ne les écartez pas avec scandale et avec effroi ; ce n’est ni une infidélité, ni un péché que d’être tentée : surmontée et utilisée, la tentation peut être l’occasion d’un plus grand amour.

Ressentir la profondeur des sacrifices demandés n’est pas, en effet, un manque d’amour, et il n’y a pas lieu de nier les problèmes pour tout niveler. Jeanne d’Arc n’a-t-elle pas pleuré devant la révélation de la Volonté de Dieu qui prenait pour elle la forme d’un bûcher ?

Certaines se révoltent : puissent-elles découvrir plutôt au-delà de chaque difficulté et de chaque souffrance le Dieu à l’affût qui réclame de chacun l’expropriation de soi-même. Dieu veut que nous allions jusqu’au bout de notre Grâce, mais nous avons toujours peur que les exigences de Dieu nous mènent trop loin : consentir à la Grâce intérieure est le plus dur, et devant chaque cheminement de Dieu dans notre âme nous sommes tentés de nous écrier : « Tout, Seigneur, mais pas cela ! » Les Saints ont dû connaître ce sursaut quand la Volonté de Dieu prenait pour eux un tour inattendu, mais c’est dans la mesure où chaque fois ils ont dit « Oui », que Dieu les a fait pénétrer dans un nouveau domaine, céder à une plus grande lumière. Pour vous, veuves, le drame de votre âme est le consentement à l’absence, l’acquiescement, comme le fit la Vierge, à ce mot que vous dit, à son tour, votre époux : Ne comprenez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? L’état de veuvage est un état difficile que seule une vie chrétienne qui se cultive et s’alimente rend possible. Sinon vous découvrirez un jour, dans les larmes, que vous avez dit « non » à Dieu, et en même temps à celui qui déjà a pris son visage d’éternité.

Demandez la Grâce de savoir toujours dire « Oui » au Père et ainsi d’acquérir peu à peu à votre tour votre visage éternel.


Révérend Père Ambroise-Marie Carré (1908-2004)

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Voir également du Révérend Père Ambroise-Marie Carré :
La Prière du R. P. Ambroise-Marie Carré « Père, pardonne-nous ; alors nous pourrons pardonner »
La Lettre du R. P. A-M. Carré « Le Oui de votre Mariage »