Que de foyers se fondent à la légère, sans que la simple raison soit interrogée, sans que Dieu soit consulté ! Comment s'étonner alors qu'ils soient instables et facilement s'effondrent ? Est-ce à dire que tout ménage connaissant des difficultés ne soit pas selon les vues de Dieu ? Sûrement pas. Il serait naïf de penser que tout ce qui est fondé sur la Volonté du Seigneur aboutira nécessairement à une réussite humaine. La Volonté de Dieu, en effet, poursuit la rédemption des hommes et non d'abord leur bonheur terrestre. C'est dans cette optique qu'il faut lire la lettre qui suit.


La Lettre du Père Henri Caffarel à une femme séparée qui lui pose la question « Fais-je tout ce que je dois faire si je me contente de prier pour lui ? » :

« Madame,

Sur votre désir, je veux bien essayer de rédiger ce que je vous disais ce matin. Mais c'est difficile. Il est des choses que 1'on comprend et que l'on dit parce qu'on a devant soi un être qui vous force à comprendre et à dire, une détresse qui tire de vous des mots secourables. Ces mots, par la suite, on a du mal à les retrouver.

Efforcez-vous, vous disais-je, de découvrir la pensée et les sentiments de Dieu sur vous. « Ne serait-ce pas présomptueux ?» m'avez-vous demandé. Sans doute l'homme abandonné à lui-même n'y saurait parvenir. Mais le Fils de Dieu nous a été envoyé précisément pour nous livrer le mot décisif qui nous permet d'entrer dans les pensées et les sentiments de Dieu : Dieu est Père, notre Père.

Ce père, il y a quelque vingt-cinq ans, regardait avec inquiétude un de ses enfants, pauvre enfant faible qui déjà avait fait de tristes expériences. Il l'aimait, ce malheureux enfant plus malade que pécheur, infléchi vers le mal par les fautes de ses ancêtres. Voulant le sauver, il chercha la femme qui serait son alliée, à lui Dieu, pour travailler à ce salut difficile. Et le Père est venu à vous. Sa main, croyez-le bien, a tremblé avant de frapper à votre porte, avant d'engager sa fille dans cette terrible aventure où elle ignorera le bonheur élémentaire auquel une jeune épouse peut prétendre, où elle risquera de sombrer corps et âme. Et pourtant, il osa frapper, il osa espérer qu'il y aurait assez d'amour dans votre cœur.

Avec quelle tendre sollicitude s'est-il engagé ce jour-là, sans que vous vous en doutiez, à vous aider dans la périlleuse entreprise où il vous entraînait !
Et la vie affreuse avec cet homme commence, se poursuit pendant quelques années. Puis un jour il vous quitte, vous laissant humiliée, bafouée. Il vous trompe dans tous les sens du mot. C'est alors l'interminable succession des années de vie solitaire, tandis que lui passe des bras d'une femme dans ceux d'une autre, qu'il est dupé, exploité ... C'est pour vous la souffrance absurde, impossible à offrir, les tentations, le déséquilibre psychique qui menace. Pour la femme qui éprouve si fort le besoin d'être « quelque chose pour quelqu'un » quel désarroi de n'être plus rien pour personne !

Pas même ce réconfort de pouvoir faire de tant de souffrances une véritable offrande à Dieu. Vraiment une vie perdue ! Oui, en apparence. Mais s'il est vrai qu'alors vous ne parveniez guère à offrir, c'est vrai aussi qu'aujourd'hui toutes ces souffrances, tout ce bois mort que vous vous baissez pour ramasser peut faire une flamme ardente, la flamme du sacrifice qui monte à Dieu et rachète.

Vous hésitez à croire à cette étrange vocation. Se découvrir une raison de vivre, c'est si nouveau pour vous.

« Valent-elles quelque chose, toutes ces années passées, s'il y a eu des défaillances ? » m'avez-vous demandé avec crainte et espoir. Que cette petite question - et je n'ai pas besoin de savoir ce que l'allusion qu'elle contient recouvre - m'a bouleversé ! Des défaillances ... mais elles font partie de ce trésor de pauvreté et de souffrances dont vous disposez pour en faire offrande au Seigneur.

Alors la question qui sans doute vous avait conduite jusqu'à moi a surgi : « Fais-je tout ce que je dois faire si je me contente de prier pour lui ? Maintenant c'est un peu comme une affaire classée. Est-ce bien ? Faudrait-il encore que je sois prête à l'aider sur un plan humain si l'occasion se présentait, ce qui n'est pas invraisemblable ? Mais alors, ce peu d'équilibre que j'ai fini par retrouver ... ? et à quel prix ! »

Je n'ai pas eu besoin de vous répondre. Vous avez compris le désir de Dieu, vous avez pleuré doucement, des larmes qui disaient « oui » à votre Père.
J'ai ensuite fait allusion au sacrement de mariage, et à ses grâces. « Notre mariage, m'avez-vous réparti vivement, n'a jamais ressemblé en rien à cette union du Christ et de l'Église dont on nous dit que le mariage chrétien est l'image ! » Votre mariage, mais n'est-ce pas le Christ, en vous, à travers vous, au long des années, refusant d'abandonner cet homme qui voudrait lui échapper, s'engloutir dans le péché, ne plus se savoir aimé de Dieu, pour lui tourner le dos sans remords ?

Comme il ressemble étrangement, votre mariage, à l'union du Christ et de l'humanité pécheresse, infidèle !

Ah, si vous saviez deviner la reconnaissance de Dieu ! Si vous pouviez le remercier de vous avoir fait un jour cette terrible confiance ! Que voulez-vous, il aimait son pauvre enfant prodigue : il lui fallait bien trouver un cœur de femme qui comprît et acceptât de partager son fol amour ! »


Père Henri Caffarel (1897-1975) - « Aux carrefours de l'amour » (Éditions du Feu Nouveau)

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