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MÉDITATION POUR LE TREIZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

Jésus guérit dix lépreux :
« En ce temps-là, en se rendant à Jérusalem, Jésus côtoyait la frontière de la Samarie et de la Galilée. Et comme Il entrait dans un village, dix lépreux vinrent au-devant de Lui ; et, se tenant éloignés, ils élevèrent la voix, en disant : « Jésus, Maître, ayez pitié de nous ». Lorsqu’Il les eut vus, Il dit : « Allez, montrez-vous aux Prêtres ». Et comme ils y allaient, ils furent guéris. Or l’un d’eux, voyant qu’il était guéri revint, glorifiant Dieu à haute voix. Et il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus, Lui rendant Grâces ; et celui-là était Samaritain. Alors Jésus, prenant la Parole, dit : « Est-ce que les dix n’ont pas été guéris ? Où sont donc les neuf autres ? Il ne s’en est pas trouvé qui soit revenu, et qui ait rendu Gloire à Dieu, sinon cet étranger ». Et Il lui dit : « Lève-toi, va ; ta Foi t’a sauvé » (Luc 17, 11-19).

PRÉLUDE I : Nous figurer ces pauvres lépreux allant au-devant de Jésus, et se prosternant sur le chemin où Il va passer.

PRÉLUDE II : Inspirez-moi, ô mon Dieu, une grande ferveur pour solliciter et obtenir les Dons de votre Grâce ; mais surtout pénétrez mon cœur d'une vive reconnaissance pour les Bienfaits dont je Vous suis redevable.

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POINT I : Combien l'ingratitude déplait à Dieu, et rend indigne de ses Grâces. Nous sommes touchées à la vue de l'état affligeant de ces dix lépreux : leur foi, leur confiance en Jésus nous édifient; mais l'ingratitude que presque tous témoignent, après leur guérison, nous inspire de l'horreur. Jésus, ce bon Maître, qui, après avoir opéré des prodiges de puissance, défendait par humilité qu'on les publiât, est, en cette circonstance, péniblement affecté du silence de ces ingrats, et s'en plaint ainsi : « Tous les dix n'ont-ils pas été guéris ? Où sont donc les neuf autres ? Il n'est que cet étranger qui soit venu rendre Gloire à Dieu ! » Ah ! Que le nombre des ingrats est considérable ! Quoi ! Sur ces dix que Jésus vient de guérir, un seul est reconnaissant ? Et encore c'est un Samaritain, un étranger, qui, pour la première fois, peut-être, voit Jésus ! Tandis que les autres font partie du peuple privilégié, au milieu duquel le bon Maître répand des Bienfaits sans nombre ? Hélas ! Ne rencontre-t-on pas une ingratitude aussi condamnable dans une foule de Chrétiens, et dans un trop grand nombre de Religieuses ! Faisant partie de la Nation Sainte, objet continuel des Prédilections de Jésus, toutes sont-elles pénétrées d'une vive gratitude, d'un amour tendre et reconnaissant envers leur Divin Bienfaiteur ? Toutes sont-elles remplies de ferveur au service de Dieu ? Toutes sont-elles empressées à Le louer, à publier Ses bontés, Sa puissance, Son amour ? Ah ! Voyons donc si nous ne serions pas du nombre de ces âmes ingrates ; songeons que l'ingratitude ferme le Cœur de Dieu, et tarit la Source de ses Bienfaits.

POINT II : Noblesse et beauté de la reconnaissance. Combien la reconnaissance est expressive dans le lépreux Samaritain : Et il vint se prosterner aux pieds de Jésus, le visage contre terre, pour Lui rendre grâces... Il vient louant Dieu à haute voix, ne cessant de célébrer ses Bienfaits. Dès qu'il fut arrivé près de Jésus, il se jette à Ses pieds la face contre terre. Ah ! Qui pourrait dire ce qui se passait dans son âme, qui pourrait expliquer son silence et les sentiments de son cœur ! Sa bouche ne pouvait que faiblement les exprimer ; mais Jésus les connaissait, et sa posture à Ses pieds les indiquait. Hélas ! Mon divin Sauveur, ne devrions-nous pas être sans cesse prosternées à Vos pieds. Vous nous avez délivrées tant de fois d'une lèpre bien plus honteuse, bien plus dangereuse pour nous ! De la lèpre de nos péchés ! Et, non content de nous purifier, Vous daignez encore nous nourrir de Votre chair sacrée, et nous communiquer Votre Être Divin ! Toute notre vie ne devrait être qu'une continuelle action de grâces pour tant de Bienfaits, et nous ne vous remercions que faiblement, nous n'en parlons pas, nous ne nous en entretenons pas, nous les oublions ! Alors Jésus dit : « N’y en a-t-il pas eu dix de guéris ? Où sont donc les neuf autres ? Il ne s'en est trouvé aucun qui soit revenu, et qui ait rendu Gloire à Dieu, sinon cet étranger ». Celui qui savait le nombre de ceux qui avaient été guéris n'ignorait pas où étaient ces ingrats. Mais Il se plaint ainsi pour nous faire comprendre combien la reconnaissance est rare ! Il sait bien quels sont ceux qui sont ingrats. Ne sommes-nous pas de ce nombre, de ceux qui sont peu touchés de ses Bienfaits et qui Les oublient ? Mais d'où vient cette ingratitude, cet oubli ? N'est-ce pas les affaires, la dissipation, notre défaut de foi, la multiplicité de nos imperfections volontaires, notre indifférence pour les choses de la piété, et pour notre avancement dans la perfection, qui étouffe en nous les sentiments de reconnaissance ? Nous sommes comme habituées aux Grâces continuelles que nous puisons dans le sein de la Religion, nous pensons comme les Juifs que tout nous est dû, parce que nous sommes Religieuses.

COLLOQUE : Mon divin Bienfaiteur, comment se fait-il donc qu'il soit nécessaire de prémunir contre l'ingratitude, des âmes que Vous comblez habituellement de Vos faveurs les plus signalées ? Pourquoi faut-il encore leur mettre sous les yeux la reconnaissance que réclament Vos bontés et Votre amour ! Ah ! Mon Dieu ! Ne permettez pas que j'oublie jamais ce que je Vous dois ! Mais plutôt que toute ma vie soit une action de grâces continuelle pour tout ce que Vous avez fait en ma faveur ; que tout en moi bénisse, chante et loue votre Amour !

RÉSOLUTIONS : Penser souvent aux Grâces que nous avons reçues. Faire toutes nos actions par un principe de reconnaissance et d'amour.

BOUQUET SPIRITUEL : Que Vous rendrai-je, ô mon Dieu, pour tous les Biens que j'ai reçus de Vous !

PRIÈRE : Recevez, Seigneur, ma liberté sans restriction ; daignez accepter toute ma mémoire, tout mon entendement, toute ma volonté : je n'ai rien, je ne possède rien qui ne soit un Don de Votre libéralité ; je Vous remets le tout, j'abandonne le tout sans réserve à Votre volonté, afin que Vous en disposiez comme il Vous plaira : l’unique chose que je Vous supplie de m'accorder avec votre Grâce, c'est un véritable amour pour Vous ; si je l'ai, je suis assez riche, et je ne demande rien de plus.

Ainsi soit-il.


Abbé Charles Michel Alexandre de Brandt S.A.D. (1812-1903) - « Méditations pour tous les Jours et Fêtes de l'année selon la Méthode de Saint Ignace sur la Vie et les Mystères de Notre Seigneur Jésus-Christ », La Guérison des dix lépreux selon le Saint Évangile (Luc 17, 11-19) du Treizième Dimanche après la Pentecôte, pages 37-41, Tome 5, Périsse Frères Paris Lyon, 1854.


Voir également de Monsieur l’Abbé Charles Michel Alexandre de Brandt:
- La Méditation sur le Miracle de la Multiplication des Pains « Ô mon Sauveur, faites-moi la Grâce d'imiter la docilité de vos Apôtres et la ferveur de ce peuple qui abandonne tout pour Vous suivre » de l’Abbé de Brandt
- La Méditation sur la Parabole de l'économe infidèle « Faites-moi la Grâce, Seigneur, de me préparer avec soin à la mort, afin que je puisse Vous rendre avec confiance un compte exact de toutes vos Grâces » de Monsieur l’Abbé de Brandt
- La Méditation lorsque Jésus pleure sur Jérusalem « Cœur adorable de Jésus, accordez-moi la Grâce de m'intéresser comme Vous au Salut des pauvres pécheurs » de Monsieur l’Abbé de Brandt
- La Méditation sur la Parabole du Pharisien et du Publicain « Ô Jésus, Modèle parfait d'Humilité, donnez-moi cette Vertu » de Monsieur l’Abbé de Brandt
- La Méditation sur la Parabole de la Guérison du Sourd-Muet « Ô Jésus, guérissez-moi de mes infirmités à l'égard des choses du Salut » de Monsieur l’Abbé de Brandt
- La Méditation sur la Guérison des dix lépreux « Que Vous rendrai-je, ô mon Dieu, pour tous les Biens que j'ai reçus de Vous » de Monsieur l’Abbé de Brandt