La Méditation sur la Parabole du Bon Samaritain du R. P. Louis du Pont « De celui qui, ayant été blessé par les voleurs, fut guéri par les Soins d'un Samaritain » :

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POINT I
Un homme allant de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent, et après l'avoir blessé en plusieurs endroits, le laissèrent à demi mort sur la place (Luc 10, 30-35).

Cet homme représente les enfants d’Adam qui, semblables à leur père, ayant une fois reçu la Grâce, et étant Amis de Dieu, destinés par conséquent à être un jour les Citoyens de la Céleste Jérusalem, par une funeste inconstance, dont Jéricho, qui signifie la lune, est la figure, viennent à déchoir de l'heureux État où ils étaient, tombent entre les mains des voleurs, c'est-à-dire, des démons, qui les dépouillent de tous les Ornements de la Grâce, mettent le désordre dans toutes leurs puissances, les laissent à demi-morts et couverts de plaies, ayant l'esprit rempli de ténèbres, la volonté faible, l'appétit déréglé, et n'ayant plus qu'une Foi fort imparfaite, et qu'une étincelle de lumière naturelle, qui sont les restes d'une vie à demi-éteinte, et prête à finir par une mort éternelle. Voilà la triste et trop véritable image de mes malheurs. Pour avoir été peu fidèle de la Grâce que j'avais reçue dans le Baptême, je suis tombé entre les mains des démons, mes plus mortels ennemis, ou, pour mieux dire, je me suis livré moi-même à eux ; car je n'avais qu'à leur résister, ils auraient pris aussitôt la fuite, et pour peu que j'eusse imploré l'Assistance de Dieu et des Anges, j'en aurais été puissamment protégé. Malheur à moi, d'avoir perdu la Grâce et de m'être laissé dépouiller de tous les Dons du Ciel ! Ô que mon âme infortunée a reçu de blessures ! Depuis la plante des pieds jusqu'au haut de la tête, il n'y a rien de sain en moi (Isaï. 1, 6).

Ô Dieu éternel, Créateur des hommes dans le temps, qui aviez formé de Vos mains notre premier père dans tout l'éclat de la Justice originelle, et qui, malgré la perte de cette ancienne Beauté, m'avez revêtu moi-même de la Grâce sanctifiante dans le Baptême ; depuis que j'ai terni cette Robe Blanche que j'avais reçu de Vos bontés dans le Sacrement de Régénération, me reconnaissez-Vous encore, défiguré que je suis par autant de plaies que j'ai commis de péchés contre Votre divine Majesté ?
Regardez-moi, Seigneur, des yeux de Votre Miséricorde ; ayez pitié de ma disgrâce ; conservez-moi, par Votre Bonté, le reste d'une vie que mes iniquités me feront perdre tout-à-fait, si Vous ne l'augmentez, et si Vous ne la fortifiez par votre Grâce.


POINT II
Un Prêtre passant par le même chemin vit ce pauvre homme, et sans s'arrêter, le laissa là ; ensuite il vint un Lévite qui, l'ayant considéré, passa outre aussi ; enfin un Samaritain ne l'eut pas plutôt aperçu, qu'il en fut touché de compassion (Luc 10, 30-35).

Tout ce qu'il y avait de Vertu dans l'ancien Sacerdoce, n'était pas capable de guérir nos plaies. Cette guérison était réservée au Souverain Prêtre de la Loi Nouvelle Jésus-Christ, qui est le charitable Samaritain. La Compassion qu'Il a eue de nos misères, L'a fait descendre de la Jérusalem Céleste sur la terre, et L'a porté jusqu'à vivre familièrement avec les pécheurs, tels que nous sommes ; ce qui L'a fait passer Lui-même pour un pécheur et pour un Samaritain, c'est-à-dire, pour un homme abominable, dans l'opinion des Juifs.
C'est de là seulement, ô mon âme, que pouvait venir le remède de nos péchés. Il fallait un Dieu humilié pour vaincre notre orgueil ; et il n'y avait que les anéantissements du Verbe Incarné, qui pussent nous tirer de l'abîme où la désobéissance d'Adam nous avait précipités. Moïse est passé avec avez les Prêtres, les Lévites et les Prophètes de la Loi Ancienne ; et comme ils étaient eux-mêmes blessés, ils n'ont pu nous guérir.

Cette guérison devait être l'effet de Votre toute-puissante Charité, Divin Samaritain, le Protecteur et le Défenseur des affligés. Vous seul étiez capable de nous arracher des mains de nos ennemis, de fermer les plaies que nous en avions reçues, et de nous mettre dans un état assez heureux, pour, en quelque manière, ne pas regretter Celui que la prévarication d’Adam nous fait perdre. Je Vous rends grâces de l'Amour que Vous nous avez témoigné, et de la Bonté que Vous avez eue de remédier à nos maux, qui, sans Vous, auraient été incurables.


POINT III
Le Samaritain s'étant approché du blessé, versa de l'huile et du vin dans ses plaies, et les banda : et l'ayant mis sur son cheval, il le mena dans l'hôtellerie, où il eut grand soin de lui (Luc 10, 30-35), et donna ordre à son départ, que l'hôte n'omît rien de ce qui était nécessaire pour son entière guérison. C'est là la figure, et voici la Réalité.

Le tendre et compatissant Samaritain s’approche d'une âme blessée par les chutes qu'elle a faites. Penserait-elle à Vous aller trouver, ô mon Sauveur, si Vous ne la préveniez par votre Grâce ? Il met le premier appareil à ses plaies : et qui pourrait le mettre que Vous, qui Seul pouvez arrêter le débordement de nos vices, et bander nos blessures par la Vertu des Liens qui ont serré Vos mains innocentes dans le Temps de votre Passion ? L'huile et le vin versés sur les plaies du blessé, qu'est-ce autre chose que le Baume Sacré de Votre Sang Précieux qui coule des Sacrements dans nos âmes, pour en adoucir et pour en guérir le mal ? Votre Charité va encore plus avant ; Vous Vous chargez Vous-même de nos iniquités ; Vous nous tirez du chemin où les voleurs nous ont laissés ; Vous nous éloignez des occasions de recevoir de nouvelles blessures, et Vous nous conduisez dans une maison sûre et commode, c'est-à-dire, dans l'église, où nous trouvons par Vos soins tout ce qui peut contribuer à notre parfaite guérison.

Ô Charité Infinie de mon Jésus ! Ô Souverain Médecin des âmes ! Comment pourrais-je Vous remercier dignement de tant de Faveurs dont Vous me comblez ! Que toutes les créatures Vous en louent, et que mon âme ne s'occupe qu'à Vous en rendre d'éternelles actions de Grâces. Consolé, fortifié, dégagé de mes ennemis, je me trouve par votre Grâce, non-seulement dans l'église, où je ne manque d'aucun remède, mais encore dans une maison religieuse, où je rencontre les plus sûrs moyens de m'élever à une haute Perfection.

Ainsi soit-il.


R. P. Luis de la Puente (1554-1624) – « Nouvel abrégé des Méditations du Père Louis Dupont », Tome III, XII Dimanche après la Pentecôte : Méditation sur la Parabole du Bon Samaritain « De celui qui, ayant été blessé par les voleurs, fut guéri par les Soins d'un Samaritain », pages 237-241, chez Belin-Mandar (1825)

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Voir également du Révérend Père Luis de La Puente :
- La Prière de Luis de la Puente « Ô Jésus, Toi qui ne maudissais pas ceux qui Te maudissaient »
- La Prière de Louis Du Pont « Ô glorieuse Mère de Dieu, donnez-moi une horreur du péché »
- La Prière du R.P. Louis DuPont sur le Jugement dernier « Ô Jour triomphant pour Vous, adorable Sauveur ! »
- La Prière du R. P. Louis du Pont devant le Crucifix « Ô Jésus crucifié, faites que je n’aime rien au monde que Vous et votre Croix »
- La Prière du Père Louis du Pont au Mont des Olives « Ô Jésus, pourquoi Vous plonger dans cet abîme de douleurs ? »
- La Prière du Vénérable Louis du Pont sur la Sainte Communion « Plaise à Dieu que je Vous reçoive toujours dignement »
- La Prière du Vénérable Luis de la Puente « Ô bon Jésus, faites-moi sentir efficacement que Vous êtes mon Sauveur »
- La Prière du R. P. Luis de la Puente pour ne pas aller en enfer « Ô Seigneur, je veux Vous louer, Vous bénir, et Vous aimer tous les jours de ma vie »
- La Prière du R. P. Luis de la Puente sur la Charité « Faites que je Vous aime, ô mon Dieu, comme Vous m'aimez »
- La Prière de contrition du R. P. Luis de la Puente « Ô Jésus, donnez-moi des torrents de larmes pour pleurer mes péchés »
- La Prière d’un humble pécheur du R. P. Luis de la Puente « Ô mon Seigneur, transformez-moi comme le Publicain en un vrai Pénitent agréable à Vos yeux »
- La Prière du R. P. Louis du Pont pour l’Anniversaire de notre Saint Baptême « Seigneur, je ferai toutes les années de ma vie, une Fête solennelle du Jour mille fois heureux de mon Baptême »
- La Prière sur la Guérison d’un Sourd et Muet du R. P. Louis du Pont « Ayez pitié, Seigneur, de cette multitude de sourds et de muets spirituels »
- La Méditation sur la Parabole du Bon Samaritain du R. P. Louis du Pont « De celui qui, ayant été blessé par les voleurs, fut guéri par les Soins d'un Samaritain »
- La Méditation sur la Guérison des Dix Lépreux du R. P. Louis du Pont « Seigneur, je Vous rends Grâce de me guérir de la lèpre du péché dans le Sacrement de Pénitence »