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Pourquoi l’Église prononce-t-elle des nullités de Mariage ?
L’Église prononce des nullités de Mariage pour aider les fidèles à vivre dans la vérité : sont-ils réellement mariés aux yeux de Dieu ou non ? En effet, l’Église, maîtresse de vérité, forte de l’assistance divine, pose des conditions pour recevoir validement les sacrements. Par exemple, il faut être baptisé pour être confirmé, il faut regretter ses péchés pour recevoir l’absolution. De même, le sacrement de Mariage doit satisfaire à certaines conditions. Si elles ne sont pas réunies au moment où les époux échangent leurs consentements, le Mariage est reconnu invalide, c’est-à-dire que, malgré les apparences, il n’a jamais existé aux yeux de Dieu.

Seuls les couples en difficulté vont tenter de faire reconnaître cette nullité. Un couple heureux dont le Mariage serait invalide est-il illégitime aux yeux de l’Église ?
Il existe ce qu’on appelle la convalidation. Prenons un exemple : si un homme épouse une femme à la suite de fortes pressions de son entourage, le Mariage est invalide, parce que son consentement n’était pas libre. Si, tout compte fait, il est heureux avec elle et se félicite de l’avoir épousée, à partir de ce moment-là le Mariage devient valide. En effet, le manque de liberté qui rendait nul ce Mariage ayant disparu, cet homme, en constatant son bonheur, donne implicitement un consentement valide à son Mariage.

L’Église ne devrait-elle pas demander aux couples en difficulté de faire des efforts pour mieux s’entendre ?
Certainement, mais s’ils ne sont pas réellement mariés, ce sera presque impossible. Car c’est par le sacrement de Mariage que l’on reçoit la grâce par laquelle, dit le Catéchisme de l’Église catholique, « ils s’aident mutuellement à se sanctifier dans la vie conjugale, dans l’accueil et l’éducation des enfants ». Sans le sacrement et donc sans la grâce, la vie matrimoniale est très difficile, voire insupportable.

Les difficultés peuvent aussi survenir alors qu’on est marié validement…
Bien sûr, la réussite d’un Mariage n’est pas acquise une fois pour toutes, elle exige un effort constant, avec l’aide de la grâce demandée dans la prière, obtenue avec certitude par la réception fréquente des sacrements de pénitence et d’eucharistie. Si l’un des époux ou les deux négligent ces moyens naturels et surnaturels, le Mariage va à l’échec. Ce qui ne le rend pas invalide pour autant.

Comment l’Église procède-t-elle pour établir cette reconnaissance de nullité ?
Il y a un premier stade préparatoire, avec la rencontre d’un membre du tribunal ecclésiastique, appelé officialité, ou de l’instance mise en place dans certains diocèses à la demande du pape François dans son motu proprio Mitis judex. On peut alors orienter vers un conseiller conjugal quand on ne voit pas de cause possible d’invalidité, ou bien s’acheminer vers une reconnaissance de nullité.
Commence alors la phase d’instruction. Celui qui demande la nullité explique, généralement avec l’aide d’un avocat ecclésiastique (bénévole), pourquoi il lui semble que son Mariage est nul ; on entend aussi l’autre conjoint et un certain nombre de témoins. Ensuite, les avocats rédigent leurs plaidoiries, et le défenseur du lien y répond. Enfin, les juges décident ou non de la nullité. Depuis le motu proprio Mitis judex, s’il n’y a pas d’appel, ceux dont le Mariage a été reconnu invalide peuvent contracter un vrai Mariage.

Comment cette procédure s’accorde-t-elle avec cette phrase du Christ : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas »  ?
Quand les gens sont mariés, ils le sont pour toujours. Mais lorsque les conditions du sacrement n’ont pas été remplies, Dieu ne les a pas unis. Par conséquent, cette phrase ne leur est pas applicable.

Comment une nullité peut-elle être prononcée alors que le couple a eu des enfants ?
La volonté de Dieu est que les enfants naissent du véritable amour conjugal de leurs parents. Il arrive cependant que des enfants naissent de parents non mariés, il est possible enfin que des enfants naissent d’un couple qui n’a que l’apparence du Mariage. La présence d’enfants rend la situation plus douloureuse, elle ne change pas la réalité ou l’absence du Mariage de leurs parents.

La déclaration de nullité est pourtant une porte ouverte aux familles recomposées…
Les officialités françaises n’acceptent d’étudier l’éventuelle invalidité d’un Mariage qu’après le divorce civil. Ce n’est pas la reconnaissance de l’invalidité du Mariage qui provoque les familles recomposées, c’est le manque de sérieux dans le choix de son conjoint et dans la préparation au Mariage.
D’ailleurs, l’Église prend soin des enfants en cas de « reMariage », soit après le décès d’un des deux parents, soit lorsque la première union ne constituait pas un Mariage valide. Le prêtre qui prépare au Mariage des personnes qui ont déjà des enfants d’un précédent lit doit s’assurer que les futurs beaux-parents accepteront bien leurs beaux-enfants. Son enquête menée, il doit obtenir de l’évêque l’autorisation de célébrer ce Mariage. D’autre part, l’officialité, après avoir reconnu l’invalidité d’un Mariage, peut interdire aux époux ou à l’un d’eux de contracter un Mariage religieux, c’est ce qu’on appelle un « vetitum ».

Ne serait-il pas plus sage de conseiller une séparation sans recontracter un Mariage ?
Si les conditions essentielles pour constituer un vrai Mariage n’étaient pas réunies, l’Église se doit de le dire, de reconnaître l’invalidité, la nullité du Mariage. Si le Mariage, pour être valide, n’en est pas moins un échec et rend la vie commune insupportable, alors on peut demander à l’évêque l’autorisation de se séparer. Les époux séparés restent cependant mariés avec les droits et devoirs de cet état conjugal.

Beaucoup ont le sentiment que ces nullités sont le fruit de petits arrangements, à l’instar du Mariage de Caroline de Monaco. Que leur répondez-vous ?
Cela arrive sûrement. Comme on peut tromper le confesseur, on peut aussi tromper les juges. Les époux peuvent s’être mis d’accord pour cacher la vérité afin d’obtenir cette nullité. Et d’autre part, certains tribunaux reconnaissent peut-être l’invalidité du Mariage trop facilement. Les juges sont des hommes qui peuvent être trompés ou ne pas tenir assez compte de l’interdiction évangélique du divorce.
Mais ces agissements fautifs, dont les auteurs répondront au Tribunal divin, n’empêchent pas certains Mariages d’être clairement invalides. C’était le cas du pseudo-Mariage de Caroline de Monaco qui était vraiment invalide pour avoir été contracté à la suite d’un pari.

Pourquoi l’Église ne prévoit-elle pas un accompagnement des enfants issus de ces Mariages déclarés nuls ?
C’est une bonne suggestion de proposer aux enfants, s’ils le souhaitent, de rencontrer un membre de l’officialité.
Cette difficulté des enfants à accepter la nullité du Mariage de leurs parents ne découle-t-elle pas d’une vision romantique du Mariage, qui n’a rien à voir avec celle du Mariage chrétien ?
Oui, sans aucun doute. Le Mariage chrétien, nous dit le droit canon (can. 1055), est ordonné « au bien des conjoints, ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants ». Il est, à l’instar de tous les autres sacrements, un moyen de sanctification.
Saint Thomas d’Aquin nous dit que la sensibilité est faite pour aider l’homme à accomplir son devoir. Si les sentiments qu’on peut avoir pour son conjoint sont bien utiles pour aider à pérenniser le Mariage, ils ne font pas le Mariage. S’il n’y a plus de sentiments, le Mariage existe toujours, contrairement à ce que l’on pense aujourd’hui.

Comment accepter la reconnaissance de la nullité du Mariage de ses parents ?
Les enfants nés d’un Mariage reconnu invalide doivent comprendre que l’Église veut les aider à bâtir leur vie sur des fondements solides. Certes, ces enfants sont le fruit d’un certain amour, même s’il était imparfait. Ce sont des enfants légitimes (car issus d’un Mariage que l’on croyait être vrai). Si leurs parents ne se sont pas entendus, c’est qu’ils n’avaient pas la grâce du sacrement. Ils devront être très vigilants pour contracter eux-mêmes un vrai Mariage.
Il faut faire confiance à l’Église, qui ne reconnaît pas les nullités de gaieté de cœur, mais pour aider parents et enfants à vivre dans la vérité.


Dom Jean-Denis Chalufour (Chapelain de la Maison Notre-Dame des Familles) - Interview réalisée par Élisabeth Caillemer et publiée dans Famille Chrétienne du 19/10/2017, N° 2075



Quelles sont les causes d'une nullité de Mariage ?
Un Mariage est déclaré nul, c’est-à-dire reconnu comme n’ayant jamais existé, lorsqu’il est établi que l’un des éléments nécessaires à sa validité faisait défaut au moment de l’échange des consentements des futurs époux.
On note principalement :
- Le grave défaut de discernement concernant les droits et les devoirs essentiels du Mariage à donner et à recevoir. Il peut être dû à un usage insuffisant de la raison, une immaturité grave, un manque de liberté interne.
- L’incapacité psychique à assumer les obligations du Mariage.
- Le refus d’un élément essentiel au Mariage comme la procréation, l’indissolubilité, la fidélité.
- L’erreur sur la personne.
- Le dol, qui consiste à cacher un élément essentiel de sa personnalité.
- Le consentement donné sous la contrainte physique ou psychologique.
Et plus rares :
- Les empêchements : disparité de culte, âge minimum requis non atteint, lien de parenté, impuissance, ordre sacré ou vœu de chasteté, crime…
- Le défaut de forme canonique : le Mariage n’a pas été contracté devant l’ordinaire du lieu ou le curé, ou un prêtre ou un diacre délégué par l’un d’entre eux, ainsi que devant deux témoins.


Voir également sur les Nullités de Mariage :
La Lettre Apostolique « Mitis Judex Dominus Jesus » du Pape François sur les Nullités de Mariage
La « Réforme du Pape François sur les Nullités de Mariage » selon Don Grégoire Lantheaume de la Communauté Saint-Martin
Le « Dossier pour demander la déclaration de la nullité d'un Mariage » selon le Père Aimé Kameni Wembou, Juge Ecclésiastique
L’hypothèse de la « Nullité Matrimoniale en cas d'échec du Mariage » de l’Abbé Jacques-Yves Pertin
Le film « Le Mariage en procès : La reconnaissance en nullité » de Marie Viloin
La « Nullité d’un Mariage Catholique » selon Dom Jean-Denis Chalufour