Préparation au Mariage : « Il faudrait éduquer à la Chasteté dès l’enfance » :

Pour les Fiancés que vous préparez au Mariage, la Chasteté n’est-elle pas un gros mot ?

Non, car ce n’est pas d’abord une question religieuse, mais une réalité de la vie humaine. Les fiancés vont se promettre solennellement fidélité, qui seule est respectueuse de l’unicité du conjoint.
Je dis aux fiancés : « Se promettre fidélité, c’est se dire : “Il n’y aura que toi qui seras ma femme, il n’y aura que toi qui seras mon mari”. Cela veut dire entre autres : “Je ne coucherai qu’avec toi, mon mari/ma femme”. Or si aujourd’hui où vous n’êtes pas mari et femme, vous couchez ensemble, vous vous montrez à l’un et l’autre que vous êtes parfaitement capables de coucher avec quelqu’un qui n’est pas votre mari ou votre femme. En revanche, si vous faites l’inverse, si vous dites : “Dieu sait que je t’aime, que j’espère passer ma vie avec toi, que je vois en toi la mère/le père de mes enfants, que je te désire, mais simplement parce que tu n’es pas ma femme/mon mari, il y a des gestes de l’amour conjugal que je ne pose pas aujourd’hui avec toi”, le jour de votre mariage, quand vous vous promettrez solennellement et publiquement fidélité, votre parole aura un poids de chair inégalable ».
En disant cela, je fais passer l’objectivité du lien conjugal avant la subjectivité de l’amour.


Comment être chaste ?

En cherchant toujours à servir l’autre dans la vérité de la relation et le respect de l’état de la personne. C’est à chaque fiancé de discerner quand il a un comportement trouble, et de s’ajuster sur celui qui a la plus juste sensibilité. La question de fond est de servir la joie de l’autre, sous le regard de Dieu.
Il n’y a toutefois pas une réponse universelle, mais des sensibilités et des attentes différentes. Il me semble qu’il est plus facile pour la femme que pour l’homme d’avoir un contact corporel avec l’autre, qui n’entraîne pas une rencontre sexuelle.
La tendresse corporelle aura besoin de se vivre pendant les fiançailles. On peut la voir comme un apprentissage de la tendresse conjugale.


Faites-vous de la Chasteté un préalable au Mariage ?

Non. Je pense seulement que la juste distance des fiancés les prépare mieux au mariage. Je donne les clés, mais je n’ai pas de prise sur la vie intime des couples ! Le chemin n’est pas toujours simple. En tout cas, si on ne parle pas de chasteté pendant la préparation au mariage, certains n’en entendront jamais parler !
Ce qui est intéressant, c’est que cette question traverse toutes les catégories socioreligieuses. J’ai vu des concubins peu croyants au cœur droit qui en ont tiré les conséquences et qui ont cessé toute relation intime avant leur mariage – certains m’ont même dit que s’ils avaient connu cette réalité plus tôt, ils auraient agi différemment ! – et des catholiques pratiquants qui n’en avaient que faire.
Mais la tendresse corporelle aura besoin de se vivre pendant les fiançailles. On peut même la voir comme un apprentissage de la tendresse conjugale. Il faudra apprendre à la vivre si l’on veut s’appuyer sur le cycle de fertilité de la femme pour espacer raisonnablement les naissances.


Quelle est la différence entre chasteté et continence ?
La chasteté, c’est ordonner la pulsion sexuelle à la vérité de l’amour. Quand on est marié, la chasteté va se vivre sous une forme conjugale, humaine. La continence est la manière de vivre la chasteté pour les gens non mariés. Quand on n’est pas marié, la chasteté conduit à la continence.
La chasteté conjugale, ce n’est pas l’absence de relations sexuelles des époux, comme certains le croient – puisqu’ils pratiquent la continence périodique – mais c’est vivre la relation sexuelle comme une rencontre de personne à personne, où chacun cherche le bien de l’autre sans jamais prendre possession de lui.


Comment mieux mettre en valeur la chasteté ?

Ce qui est dommageable, c’est que, dans l’enfance, la question de la chasteté soit si peu abordée. Les parents apprennent à leur enfant à gérer la soif, la faim, la colère. Il faudrait aussi lui apprendre que faire de cette puissance de vie.
À la puberté, il est rare qu’un parent aide son enfant adolescent à accueillir cette force sexuelle pour la mettre en œuvre de manière juste. Apprendre, comme l’écrit si bien Maurice Zundel dans Le Mystère de la personne, comment accueillir et diriger cette pulsion qui n’est rien d’autre que la vie qui crie et appelle à se laisser transmettre.
Une parole de parent est nécessaire sur le sujet. Elle manque souvent. La chasteté devrait s’apprendre plus tôt que les fiançailles. Elle touche le rapport au plaisir, au corps ; elle ne touche pas que les fiançailles !

Par Olivia de Fournas dans Famille Chrétienne du 21/01/2015