La Prière de Louis-Marie Grignion de Montfort pour les Vocations « Ô grand Dieu, envoyer de bons ouvriers en Votre moisson et de bons missionnaires en Votre Eglise » :

Souvenez-Vous Seigneur, souvenez-vous de Votre Congrégation que Vous avez possédée dès le commencement, en pensant à elle dès l'éternité ; que Vous teniez dans Votre main toute-puissante, lorsque, d'un mot Vous tiriez l'univers du néant ; et que Vous cachiez encore dans Votre cœur, lorsque Votre Fils, mourant en croix, l'a consacrée par Sa mort, et l'a confiée comme un dépôt précieux aux soins de Sa très sainte Mère : « Memor esto Congregationis tuæ quam possedisti ab initio » (Ps LXXIII, 2).

Exaucez, Seigneur, les desseins de Votre miséricorde ; suscitez les hommes de Votre droite tels que Vous les avez montrés en donnant des connaissances prophétiques à quelques-uns de Vos plus grands serviteurs, un saint François de Paule, un saint Vincent Ferrier, une sainte Catherine de Sienne, et à tant d'autres grandes âmes dans le dernier siècle passée et même dans celui où nous vivons.

Memento : Dieu tout-puissant, souvenez-Vous de cette Compagnie, en y appliquant la toute puissance de Votre bras, qui n'est pas raccourci, pour lui donner le jour, et pour la conduire à sa perfection. « Innova signa, immuta mirabilia, sentiamus adjutorium brachii tui ». Ô grand Dieu, qui pouvez des pierres brutes faire autant d'enfants d'Abraham, dites une seule parole en Dieu pour envoyer de bons ouvriers en Votre moisson et de bons missionnaires en Votre Eglise.

Memento : Dieu de bonté, souvenez-Vous de Vos anciennes miséricordes, et par ces mêmes miséricordes, souvenez-vous de cette Congrégation ; des promesses réitérées que Vous nous avez faites par vos prophètes et par Votre Fils même, de nous exaucer dans nos justes demandes. Souvenez-Vous des prières que Vos serviteurs et Vos servantes Vous ont faites sur ce sujet depuis tant de siècles ; que leurs vœux, leurs sanglots, leur larmes et leur sang répandu viennent en Votre présence pour solliciter puissamment Votre miséricorde ! Mais souvenez-Vous surtout de Votre cher Fils : « Respice in faciem Christi tui ». Son agonie, Sa confusion et Sa plainte amoureuse au Jardin des Olives, lorsqu'il dit : « Quæ utilitas in sanguine meo ? » Sa mort cruelle et Son sang répandu vous crient hautement miséricorde, afin que, par le moyen de cette Congrégation, Son empire soit établi sur les ruines de celui de Ses ennemis.

Memento : Souvenez-Vous, Seigneur, de cette Communauté dans les effets de Votre justice. « Tempus faciendi, Domine, dissipaverunt legem tuam » : il est temps de faire ce que Vous avez promis de faire. Votre divine loi est transgressée ; Votre Évangile est abandonné ; les torrents d’iniquité inondent toute la terre et entraînent jusqu'à Vos serviteurs ; toute la terre est désolée ; l'impiété est sur le trône ; Votre sanctuaire est profané, et l'abomination est jusque dans le lieu saint. Laisserez-Vous tout ainsi à l'abandon, juste Seigneur, Dieu des vengeances ? Tout deviendra-t-il, à la fin, comme Sodome et Gomorrhe ? Vous tairez-Vous toujours ? Souffrirez-Vous toujours ? Ne faut-il pas que Votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel, et que Votre règne arrive ? N'avez-Vous pas montré par avance à quelques-uns de Vos amis une future rénovation de Votre Eglise ? Les Juifs ne doivent-ils pas se convertir à la vérité ? N'est-ce pas ce que l'Eglise attend ? Tous les saints du ciel ne Vous crient-ils justice : « Vindica ? » Tous les justes de la terre ne Vous disent-ils pas : « Amen, veni, Domine ? » Toutes les créatures, même les plus insensibles, gémissent sous le poids des péchés innombrables de Babylone, et demandent Votre venue pour rétablir toutes choses. « Omnis creatura ingemiscit », etc...

Seigneur Jésus, memento Congregationis tuæ, Souvenez-Vous de donner à Votre Mère une nouvelle Compagnie, pour renouveler par elle toutes choses, et pour finir par Marie les années de la grâce, comme Vous les avez commencées par elle.

« Da matri tuæ liberos, alioquin moriar » : donnez des enfants et des serviteurs à Votre Mère ; autrement, que je meure !

« Da Matri tuæ ». C'est pour Votre Mère que je Vous prie. Souvenez-Vous de ses entrailles et de ses mamelles, et ne me rebutez pas ; souvenez-Vous de qui Vous êtes Fils, et m'exaucez ; souvenez-Vous de ce qu'elle Vous est et de ce que Vous lui êtes. Qu'est-ce que je Vous demande ? Rien en ma faveur, tout pour Votre gloire. Qu'est-ce que je Vous demande ? Ce que Vous pouvez, et même, je l'ose dire, ce que Vous devez m'accordez comme Dieu véritable que Vous êtes, à qui toute puissance a été donnée au ciel et dans la terre, et comme le meilleur de tous les enfants, qui aimez infiniment Votre Mère. Qu’est-ce que je Vous demande ?

Liberos : Des prêtres libres de Votre liberté, détachés de tout, sans père, sans mère, sans frères, sans sœurs, sans parents selon la chair, sans amis selon le monde, sans biens, sans embarras, sans soins et même sans volonté propre.
Liberos : Des esclaves de Votre amour et de Votre volonté ; des hommes selon Votre cœur qui sans propre volonté qui les souille et les arrête, fassent toutes Vos volontés et terrassent tous vos ennemis, comme autant de nouveaux David, le bâton de la Croix et la fronde du saint Rosaire dans les mains : « In baculo Cruce et in virga Virgine ».
Liberos : Des nues élevées de la terre et pleines de rosée céleste, qui sans empêchement volent de tous côtés selon le souffle du Saint-Esprit. Ce sont eux, en partie, dont vos prophètes ont eu la connaissance, quand ils ont demandé : « Qui sunt isti qui ut nubes volant ? Ubi erat impetus spiritus, illuc gradiebantur ».
Liberos : Des gens toujours à Votre main, toujours prêts à Vous obéir, à la voix de leurs supérieurs, comme Samuel : « Presto sum », toujours prêts à courir et à tout souffrir avec Vous et pour Vous, comme les Apôtres : « Eamus et nos, ut moriamur cum eo ».
Liberos : De vrais enfants de Marie, Votre sainte Mère, qui soient engendrés et conçus par sa charité, portés dans son sein, attachés à ses mamelles, nourris de son lait, élevés par ses soins, soutenus de son bras et enrichis de ses grâces.
Liberos : De vrais serviteurs de la sainte Vierge, qui, comme autant de saints Dominique, aillent partout, le flambeau luisant et brûlant du saint Évangile dans la bouche, et le saint Rosaire à la main, aboyer comme des chiens, brûler comme des feux, et éclairer les ténèbres du monde comme des soleils ; et qui, par le moyen d'une vraie dévotion à Marie, c'est-à-dire intérieure sans hypocrisie, extérieure sans critique, prudente sans ignorance, tendre sans indifférence, constante sans légèreté, et sainte sans présomption, écrasent, partout où ils iront, la tête de l'ancien serpent, afin que la malédiction que Vous lui avez donnée soit entièrement accomplie. « Inimicitias ponam inter te et mulierem, el semen tuum et semen illius ; ipsa conteret caput tuum ».

Il est vrai, grand Dieu, que le démon mettra, comme Vous avez prédit, de grandes embûches au talon de cette femme mystérieuse, c’est-à-dire à cette petite Compagnie de ses enfants qui viendront sur la fin du monde, et qu'il y aura de grandes inimitiés entre cette bienheureuse postérité de Marie et la race maudite mais c'est une inimitié toute divine, et la seule dont Vous soyez l'auteur : « Inimicitias ponam ».
Mais ces combats et ces persécutions, que les enfants de la race de Bélial livreront à la race de votre sainte Mère, ne serviront qu'à faire davantage éclater la puissance de Votre grâce, le courage de leur vertu, et l’autorité de Votre Mère puisque Vous lui avez, dès le commencement du monde, donné la commission d'écraser cet orgueilleux, par l'humilité de son coeur et de son talon : « Ipsa conteret caput tuum ».
« Alioquin, moriar ». Ne vaut-il pas mieux pour moi de mourir que de Vous voir, mon Dieu, tous les jours si cruellement et si impunément offensé, et d'être tous les jours de plus en plus dans le danger d'être entraîné par les torrents d'iniquité qui grossissent ? Mille morts me seraient plus tolérables. Ou envoyez-moi du secours du ciel, ou enlevez mon âme. Si je n'avais pas l'espérance que Vous exaucerez tôt ou tard ce pauvre pécheur, dans les intérêts de Votre gloire, comme Vous en avez déjà exaucé tant d’autres : « Iste pauper clamavit et Dominus exaudivit eum », je Vous prierais absolument avec un prophète : « Tolle animam meam ». Mais la confiance que j'ai en Votre miséricorde me fait dire, avec un autre prophète : « Non moriar, sed vivam, et narrabo opera Domini » ; jusqu'à ce que je puisse dire avec Siméon : « Nunc dimittis servum »tuum, Domine,... in pace, quia viderunt oculi mei, etc. ».

Memento : Saint-Esprit, souvenez-Vous de produire et former des enfants de Dieu, avec Votre divine et fidèle Épouse Marie. Vous avez formé le chef des prédestinés avec elle et en elle ; c'est avec elle et en elle que Vous devez former tous ses membres. Vous n'engendrez aucune personne divine dans la Divinité ; mais c'est Vous seul qui formez toutes les personnes divines hors de la Divinité ; et tous les saints, qui ont été et seront jusqu'à la fin du monde, sont autant d'ouvrages de Votre amour uni à Marie. Le règne spécial de Dieu le Père a duré jusqu'au déluge, et a été terminé par un déluge d'eau ; le règne de Jésus-Christ a été terminé par un déluge de sang ; mais votre règne, Esprit du Père et du Fils, continue à présent et sera terminé par un déluge de feu, d'amour et de justice. Quand sera que viendra ce déluge de feu du pur amour, que Vous devez allumer sur toute la terre d'une manière si douce et si véhémente, que toutes les nations, les Turcs, les idolâtres, les Juifs même en brûleront et se convertiront ?
« Non est qui se abscondat a calore ejus. Accendatur » : Que ce divin feu, que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre, soit allumé avant que Vous allumiez celui de Votre colère, qui réduira toute la terre en cendre. « Emitte Spiritum tuum, et creabuntur, et renovabis faciem terræ ! » Envoyez cet Esprit tout de feu sur la terre, pour y créer des prêtres tout de feu, par le ministère desquels la face de la terre soit renouvelée, et Votre Église réformée.

Memento Congregationis tuæ. C'est une congrégation, c'est une assemblée, c'est un choix, c'est une triette de prédestinés, que Vous devez faire dans le monde et du monde : « Ego elegi vos de mundo ». C'est un troupeau d'agneaux paisibles que Vous devez ramasser parmi tant de loups ; une compagnie de chastes colombes et d'aigles royales parmi tant de corbeaux ; un essaim de mouches à miel parmi tant de frelons ; une troupe de cerfs agiles parmi tant de tortues ; un bataillon de lions courageux parmi tant de lièvres timides. Ah ! Seigneur : « Congrega nos de nationibus ! » Assemblez-nous, unissez-nous, afin qu'on en rende toute la gloire à Votre Nom saint et puissant. Vous avez prédit cette illustre Compagnie à votre prophète, qui s'en explique en termes fort obscurs et fort secrets, mais tout divins :

1. Pluviam voluntariam segregabis, Deus, hæreditati tuæ, et infirmata est, tu vero perfecisti eam.
2. Animalia tua habitabunt in ea. Parasti in dulcedine tua pauperi, Deus.
3. Dominus dabit verburn evangelizantibus virtute multa.
4. Rex virtutum dilecti dilecti, et speciei domus dividere spolia.
5. Si dormiatis, inter medios cleros, pennæ columbæ, dearqentatæ, et posteriora dorsi ejus in pallore auri.
6. Dum discernit coelestis reges super eam, nive dealbabuntur in Selmon. Mons. Dei, mons pinguis.
7. Mons coagulatus, mons pinguis ; ut quid suspicamini montes coagulatos ?
8. Mons in quo beneplacitum est Deo habitare in eo, etenim Dominus habitabit in finem.

Ps. LXVII, 10-17 : « Vous avez mis en réserve une pluie volontaire, ô Dieu, pour Votre héritage, et, lorsqu'il a été affaibli, Vous l'avez réconforté. Vos animaux y habiteront ; Vous avez dans votre bonté, ô Dieu, préparé de la nourriture pour le pauvre. Le Seigneur donnera Sa parole à Ses envoyés, avec une grande puissance. Le Roi des vertus, le bien aimé, donnera à celle qui est l'ornement de la maison de partager les dépouilles. Quand vous dormez au milieu de votre héritage, les ailes de la colombe sont argentées, et l'extrémité de son dos a le pâle éclat de l'or. Lorsque le Très-Haut disperse les rois dans les pays, la neige blanchit la cime du Selmon : montagne de Dieu, montagne forte ; montagne coagulé, montagne forte. Pourquoi regardez-vous avec admiration les montagnes puissantes ? C'est une montagne où il a plu à Dieu d'habiter, et le Seigneur y habitera à jamais ».

Quelle est, Seigneur, cette pluie volontaire que avez préparée et choisie pour Votre héritage affaibli, sinon ces saints missionnaires, enfant de Marie, Votre Épouse, que Vous devez assembler et séparer du commun, pour le bien de Votre Eglise, si affaiblie et si souillée par les crimes de ses enfants ? Qui sont ces animaux et ces pauvres qui demeureront en Votre héritage, et qui y seront nourris de la douceur divine que Vous leur avez préparée, sinon ces pauvres missionnaires abandonnés à la Providence, qui regorgeront de Vos plus divines délices ; sinon ces animaux mystérieux d'Ézéchiel, qui auront l'humanité de l'homme, par leur charité désintéressée et bienfaisante envers le prochain ; le courage du lion, par leur sainte colère et leur zèle ardent et prudent contre les démons, les enfants de Babylone ; la force du bœuf, par leurs travaux apostoliques et leur mortification contre leur chair ; et enfin, l’agilité de l'aigle par leur contemplation en Dieu ? Tels seront les missionnaires que Vous voulez envoyer en Votre église. Ils auront un œil d'homme pour le prochain, un œil de lion contre Vos ennemis, un œil de bœuf contre eux-mêmes, et un œil d'aigle pour Vous.

Ces imitateurs des Apôtres prêcheront « virtute rnulta, virtute magna », avec une grande force et vertu, et si grande, et si éclatante, qu'ils remueront tous les esprits et les cœurs des lieux où ils prêcheront. C'est à eux à qui Vous donnerez Votre parole : « Dabit verbum » ; Votre bouche même et Votre sagesse : « Dabo vobis os et sapientiam, cui non poterunt résistere omnes adversarii vestri », à laquelle aucun de leurs ennemis ne pourra résister.
C'est parmi ces bien-aimés que Vous, en qualité de Roi des vertus de Jésus-Christ le bien aimé, Vous prendrez Vos complaisances, puisqu'ils n'auront point d'autre but, dans toutes leurs missions, que de Vous donner toute la gloire des dépouilles qu'ils remporteront sur Vos ennemis : « Rex virtutum dilecti dilecti, et speciei domus dividere spolia ».
Par leur abandon à la Providence et leur dévotion à Marie, ils auront les ailes argentées de la colombe : « inter medios cleros, pennæ columbæ deargentatæ », c’est-à-dire la pureté de la doctrine et des mœurs ; et leur dos doré : « et posteriora dorsi ejus in pallore auri », c'est-à-dire une parfaite charité envers le prochain pour supporter ses défauts, et un grand amour pour Jésus-Christ, pour porter Sa Croix.
Vous seul, comme le Roi des cieux et le Roi des rois, séparerez du commun ces missionnaires, comme autant de rois, pour les rendre plus blancs que la neige sur la montagne de Selmon, montagne de Dieu, montagne abondante et fertile, montagne forte et coagulée, montagne dans laquelle Dieu Se complaît merveilleusement et dans laquelle Il demeure et demeura jusqu’à la fin.
Qui est, Seigneur, Dieu de vérité, cette mystérieuse montagne dont Vous nous dites tant de merveilles, sinon Marie, Votre chère Épouse, dont Vous avez mis les fondements sur les cimes des plus hautes montagnes ? « Fundamenta ejus in rnontibus sanctis. Mons in vertice montium ».
Heureux et mille fois heureux les prêtres que Vous avez si bien choisis et prédestinés pour demeurer avec Vous sur cette abondante et divine montagne, afin d'y devenir des rois de l'éternité, par leur mépris de la terre et leur élévation en Dieu ; afin d'y devenir plus blancs que la neige par leur union à Marie, Votre Épouse toute belle, toute pure et toute immaculée ; afin de s'y enrichir de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, de toutes les bénédictions temporelles et éternelles dont Marie est toute remplie.
C'est du haut de cette montagne d'où, comme des Moïses, ils lanceront, par leurs ardentes prières, des traits contre leurs ennemis, pour les terrasser ou convertir.
C'est sur cette montagne où ils apprendront, de la bouche même de Jésus-Christ qui y demeure toujours, l’intelligence de Ses huit béatitudes.
C’est sur cette montagne de Dieu qu'ils seront transfigurés avec Lui comme sur le Thabor, qu'ils mourront avec Lui comme sur le Calvaire, et qu'ils monteront au ciel avec Lui comme sur la montagne des Oliviers.

Memento Congregationis tuæ. C'est à Vous seul à faire par Votre grâce cette assemblée ; si l'homme y met le premier la main, rien ne sera fait ; s'il y mêle du sien avec Vous, il gâtera tout, il renversera tout. « Tuæ Conregationis » : c'est Votre ouvrage, grand Dieu ; « Opus tuum fac » : faites Votre œuvre tout divin ; amassez, appelez, assemblez de tous les lieux de Votre domination Vos élus pour en faire un corps d'armée contre Vos ennemis.
Voyez-vous, Seigneur, Dieu des armées, les capitaines qui forment les compagnies complètes, les potentats qui font des armées nombreuses, les navigants qui forment des flottes entières, les marchands qui s'assemblent en grand nombre dans les marchés et les foires ! Que de larrons, d'impies, d'ivrognes et de libertins s’unissent en foule contre Vous tous les jours, et si facilement et si promptement ! Un coup de sifflet qu'on donne, un tambour qu’on bat, une pointe d'une épée émoussée qu'on montre, une branche sèche de laurier qu'on promet, un morceau de terre jaune ou blanche qu’on offre ; en trois mots, une fumée d’honneur, un intérêt de néant, et un chétif plaisir de bête, qu'on a en vue, réunit en un instant les voleurs, ramasse les soldats, joint les bataillons, assemble les marchands, remplit les maisons et les marchés, et couvre la terre et la mer d'une multitude innombrable de réprouvés, qui, quoique tous divisés les uns d’avec les autres, ou par l'éloignement des lieux, ou par la différence des humeurs, ou leur propre intérêt, s’unissent cependant tous ensemble jusqu'à la mort, pour Vous faire la guerre sous l'étendard et la conduite du démon.

Et Vous, grand Dieu ! Quoiqu’il y ait tant de gloire, de douceur et de profit à Vous servir, quasi personne ne prendra Votre parti en main ? Quasi aucun soldat ne se rangera sous Vos étendards ? Quasi aucun saint Michel ne s'écriera, du milieu de ses frères ; en zélant votre gloire : « Quis ut Deus ? » Ah ! Permettez-moi de crier partout : Au feu ! Au feu ! Au feu ! A l’aide ! À l’aide ! À l’aide ! Au feu dans la maison de Dieu ! Au feu dans les âmes ! Au feu jusque dans le sanctuaire ! A l'aide de notre frère qu'on assassine ! À l'aide de nos enfants qu'on égorge ! A l’aide de notre bon père qu'on poignarde !

« Si quis est Domini, jungatur mihi » : que tous les bons prêtres qui sont répandus dans le monde chrétien, soit qu'ils soient actuellement dans le combat ou qu'ils se soient retirés de la mêlée dans des déserts et des solitudes, que ces bons prêtres viennent et se joignent à nous : « Vis unita fit fortior », afin que nous fassions, sous l'étendard de la Croix, une armée, bien rangée en bataille et bien réglée, pour attaquer de concert les ennemis de Dieu qui ont déjà sonné l'alarme : « Sonuerunt, frenduerunt, fremuerunt, multiplicati sunt ».

« Dirumpamus vincula eorum et projiciamus a nobis jugum ipsorurn. Qui habitat in coelis irridebit eos Exsurgat Deus, et dissipentur inimici ejus. Exsurge, Domine, quare obdormis ? Exsurge ».

Seigneur, levez-Vous ! Pourquoi semblez-Vous dormir ? Levez-Vous dans Votre toute-puissance, Votre miséricorde et Votre justice pour Vous former une compagnie choisie de garde-corps, pour garder Votre maison, pour défendre votre gloire et sauver Vos âmes, afin qu'il n'y ait qu'un bercail et qu'un pasteur, et que tous Vous rendent gloire dans Votre temple : « Et in templo ejus ornnes dicent gloriam ». AMEN.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716)

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Voir également de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort :
Les « 2 conseils pour bien réciter notre Chapelet » de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
Plusieurs versions de « l’Acte de Consécration à la Très Sainte Vierge Marie » de Saint Louis Marie Grignon de Montfort
La Prière de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort « Je Vous salue Marie »
La Bonne manière de pratiquer la « Vraie Dévotion à la Sainte Vierge Marie « avant » la Sainte Communion »
La Bonne manière de pratiquer la « Vraie Dévotion à la Sainte Vierge Marie « pendant » la Sainte Communion »
La Bonne manière de pratiquer la « Vraie Dévotion à la Sainte Vierge Marie « après » la Sainte Communion »
La Prière en français et en latin « Ô Jésus-Christ mon Seigneur, pourquoi, durant ma vie, ai-je désiré autre chose que Toi, Jésus mon Dieu ? » de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
La Prière de Louis-Marie Grignion de Montfort pour les Vocations « Ô grand Dieu, envoyer de bons ouvriers en Votre moisson et de bons missionnaires en Votre Eglise »
La Prière de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort « Parlez, Saint-Esprit, pour faire une fontaine en mon cœur »