La Prière du Père F W Faber « Ô Marie, Vous avez été prédestinée par le Père céleste à être un jour la Mère immaculée de son Verbe fait chair » :

« Ô Marie, Vous avez été, de toute éternité, prédestinée par le Père céleste à être un jour la Mère immaculée de son Verbe fait chair. De toute éternité et en prévision de cette étonnante maternité, ce grand Dieu a revêtu d'une incomparable beauté Votre âme qui est le Chef-d’œuvre de Sa création. De toute éternité, il Vous a investie de cette magistrature de la Miséricorde qui est Votre caractère particulier. Avant tous les siècles, Vous étiez, dans le Plan divin, la Co-rédemptrice du genre humain, comme aussi le Type admirable de toutes les mères et de toutes les vierges. Si donc l'Église Vous applique, ô Marie, les passages de la sainte Ecriture qui se rapportent à la Sagesse éternelle, c'est que cette Sagesse s'est éternellement préoccupée de l’Incarnation future du Verbe et de cette humble servante du Plan divin qui devait, par son fiat, rendre l'Incarnation si aisément possible parmi nous. Et voilà dans quel sens on peut dire, ô Marie, que Vous avez eu une certaine vie dans le monde bien longtemps avant Votre naissance. Nous Vous avons déjà dit toutes ces choses ; mais nous aimons à Vous les redire et les répétons à dessein. Ils sont tout pleins de Vous, ô Vierge, les cinquante siècles qui ont précédé la Venue de Jésus-Christ ; ils sont pleins de cette grande Parole de Dieu, qui, après la chute de nos premiers parents, Vous a si nettement annoncée à la pauvre humanité comme la Réparatrice de cette chute : « Une Femme viendra qui brisera la tête du serpent ». Sous tous les soleils, dans toutes les langues, toujours et partout, les hommes n'ont cessé de répéter « l'Ipsa conteret caput tuum » et de se tourner vers Celle qui devait venir. Sans doute ils se La représentaient radieuse et pure ; mais cette première prophétie n'était pas encore suffisamment claire. Il fallait qu'Isaïe parlât et s'exprimât avec une netteté plus catégorique. Il parait, ce grand prophète ; il ouvre ses lèvres purifiées, cet inspiré, et voilà qu'il jette ce grand cri : « Une Vierge concevra ! » Ô Marie, je n'ai pas besoin de parcourir les autres prophéties, et ces deux Paroles me suffisant : « Une Femme sera victorieuse du Démon » et « Cette Femme sera une Vierge ». Était-il rien de plus invraisemblable, de plus étonnant, de plus divin ? Cependant les textes sont là ; on peut les lire. Ils remontent à quelques siècles avant la nuit de Bethléem, avant la naissance du Verbe incarné. Quelle preuve de ma foi ! Mais, ô Vierge, quelle gloire pour Vous ! Ce que Vous étiez dans le Plan divin, Vous l'êtes aussi dans la Prophétie. Vous toujours, Vous partout. Le peuple chrétien ne s'est pas contenté de ces deux splendeurs prophétiques : il Vous a vue encore dans toutes les figures de l'ancienne Loi. Votre virginale Pudeur est à ses yeux représentée par le buisson qui ne se consume pas, par la verge d'Aaron qui fleurit miraculeusement, par la toison de Gédéon qui se couvre d'une mystérieuse rosée sans que la terre environnante en soit mouillée, et par le jardin du Cantique des cantiques. Toutes les héroïnes du Peuple de Dieu Vous figuraient également, mais d'une façon bien plus vivante. Si Esther est modeste, si Judith est vaillante, c'est comme l'ombre sur un mur de Votre courage et de Votre pureté. Encore une fois tout parle, tout chante, tout est plein de Vous. Les Païens eux-mêmes n'étaient pas étrangers à ce mouvement qui emportait par avance toute l'humanité vers Votre pensée, vers Votre culte. Ils attachaient à la Virginité un prix vraiment inestimable et ne jugeaient dignes de certains ministères liturgiques que des vierges, reflets de la Vierge. Il y a des vestales ailleurs que chez les Romains. Ces pauvres païens vont plus loin. De leurs yeux myopes ils en viennent à Vous apercevoir dans un avenir lointain. Les Chinois ont cru à une Vierge qui devait enfanter un Messie, et les images d'Isis portant le petit Horus abondent dans tous nos musées pour attester la foi de la vieille Egypte. Et ce n'étaient pas là seulement des désirs et des aspirations. Non; c'étaient aussi les vestiges admirables de ces révélations primitives qui s'étaient répandues dans le monde entier, et qui avaient partout laissé je ne sais quel vague souvenir de « l'Ipsa conteret caput tuum ». Dieu ne pouvait permettre qu'une aussi radieuse espérance pût luire en vain sur l'humanité misérable. Il ne pouvait nous laisser en vain une illusion aussi divine. La Vierge devait venir : Vous parûtes. Et le péché ne Vous toucha point ; il ne pouvait Vous toucher. « Votre Immaculée Conception (comme l'a dit un de Vos plus admirables serviteurs) fut un événement bien autrement important que la cosmogonie antique du monde matériel. Lorsque Votre âme et Votre corps jaillirent du néant à la Parole de Dieu, au même instant les Personnes divines entrèrent dans leur Créature choisie, et leur premier contact produisit en Vous la Grâce de cette Conception immaculée qui devait être leur Présent de bienvenue. Fille, mère, épouse, Vous reçûtes alors de la Trinité sainte un seul et même gage qui répondait à la grandeur de Votre prédestination, à Vos rapports avec les trois Personnes divines et à la dignité dont Vous deviez jouir dans le système de la création. Votre sang a été la matière dont le Saint-Esprit a formé le corps de Jésus. Et qui pourrait supporter la pensée que cette matière du précieux Sang ait jamais été souillée de la tâche du péché ? Salut donc à Vous, Immaculée ; salut à Vous, Désirée de tous les siècles ; salut à Vous, Réparatrice de l'humanité déchue et belle Aurore du véritable Soleil. Priez pour ceux que votre Fils a sauvés. »

Ainsi soit-il.


Frederick William Faber (1814-1863)

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Voir également du R. P. Frederick William Faber :
La Prière du R. P. Faber « Seigneur, donnez-moi d’adorer Votre incomparable Charité »
La Prière du Père Faber « Ô douceur ineffable du Mystère de la Prière ! »
La Prière du Père F W Faber « Ô Marie, Vous avez été prédestinée par le Père céleste à être un jour la Mère immaculée de son Verbe fait chair »