Marie-1.jpg

La Prière de l’abbé A. Devoille « Mère d'amour, Vierge fidèle, Mère de Grâce, soutiens-moi ! » :

« Mère d'amour, Vierge fidèle,
Toi qu'admirent la terre et les Cieux triomphants,
Entends nos vœux, Marie ! et fais que Tes enfants
Reflètent les vertus dont Tu fus le Modèle.

Si Dieu daigna dans son Amour
Bénir cette âme entre les âmes,
Marie aussi fut en retour
Fidèle entre toutes les femmes !
Comme par les vallons obscurs,
L'eau fuit les monts altiers et les rochers arides,
La Grâce du Seigneur cherche les vases vides,
Pour y répandre Ses flots purs.

A la flamme des saints désirs
Marie ouvrait son âme aimante,
Et la flamme dans ses soupirs
Au ciel remontait plus brûlante.
Divin mystère de l'amour !
Entre l'homme et son Dieu délicieux échange ;
Douce ivresse inconnue aux cœurs souillés de fange,
Puissions-nous te goûter un jour !

Pour mieux revêtir la splendeur
Et les charmes de l'innocence,
Marie, humble et modeste fleur,
Se recueillait dans le silence.
Le Seigneur n'est pas dans le bruit ;
Le monde Le blasphème, Il rejette le monde.
Toute voix de la foule est comme un vent immonde
Dont l'haleine brûle et flétrit.

Chaste et naïve, sa pudeur
Rougit à la voix d'un archange ;
Simple et timide, sa grandeur
Est pour Elle d'un poids étrange.
Et quand Dieu même est attentif
A protéger les vœux que la Vierge soupire,
Elle craint jusqu'à l'air que le monde respire,
Tant l'amour est sage et craintif !

Puis, quand le glaive de douleur
La perce de sa pointe amère,
Résignée, Elle unit ses pleurs
Au Sang qui rougit le Calvaire.
Que l'enfer épuise ses coups :
Le salut des mortels commande un Sacrifice,
Et fidèle, Marie accepte le supplice
De son Fils immolé pour nous !

Marie, en nous ouvrant le Ciel,
Nous légua Ses traces splendides,
A nous qui du vase de fiel
Détournons nos lèvres timides.
L'Esprit de feu brûlait son Cœur,
Mais son Cœur à l'Esprit resta toujours fidèle :
Voilà tout le Mystère !... aimons, aimons comme Elle,
Nous irons comme Elle au bonheur.

Trop heureuse l'âme ici-bas
Qui dans la joie et la tristesse,
Dans la paix et dans les combats,
A Dieu seul s'attache sans cesse.
Trop heureux qui sait comme Toi
Se nourrir de la Grâce et demeurer fidèle,
Ô Marie! ici-bas ma faiblesse chancelle :
Mère de Grâce, soutiens-moi ! »

Ainsi soit-il.


Abbé Augustin Devoille (1807-1870) - « Recueil de poésies lyriques chrétiennes », pages 59-61, chez Joseph Michel Hainglaise, 1854

Augustin-Devoille.jpg