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La Prière de M. l'abbé Bulo « Seigneur, je Vous offre toutes mes souffrances dès l'aube du jour » :

« Ô mon Dieu, dès l'aurore j'élève vers Vous mes pensées et mes affections ; je Vous les consacre toutes pour Vous remercier de m'avoir encore conservé pendant la nuit qui vient de finir, et pour mériter Votre divine Assistance, afin que je supporte, par amour pour Vous, avec patience et résignation à Votre adorable Volonté, les douleurs qu'il Vous plaira de me faire subir pendant ce jour qui commence, et que Vous m'enverrez par justice, parce que je suis pécheur, et par bonté, pour me donner de nouveau l'occasion favorable de satisfaire dans ce monde aux dettes que mes péchés m'ont fait contracter envers Votre infinie Sainteté. La faiblesse de ma nature me porte cependant à avoir peur des nouvelles heures qui vont se succéder pendant une durée qui m'est inconnue, mais à laquelle je Vous demande la Grâce de me soumettre en véritable pénitent. Je prévois en mon corps les mêmes douleurs qu'hier et peut-être de plus grandes encore, sans un seul instant de trêve ni de repos. Il me faudra reprendre ou abandonner les mêmes remèdes, consentir à des expériences déjà tristement faites, et demeurer dans la sévère clôture de cette chambre sur une couche douloureuse. Dans mon âme je serai condamné aux mêmes tristesses, aux mêmes anxiétés ; il me faudra voir la même affliction de ceux qui m'aiment et me sont chers, ou subir avec un visage aimable les consolations banales de plus d'un visiteur qui n'aura peut-être qu'une compassion d'apparat, et sourire à des promesses de guérison dont il sera le premier à voir l'inanité. Seigneur, je prévois toutes ces tristesses, toutes ces souffrances dès l'aube du jour, et voilà pourquoi je me sens saisi d'une sorte d'effroi : néanmoins je ne m'en plains pas, ô mon Dieu, Vous savez mieux que moi ce qui m'est salutaire, et je baise avec amour Votre main toujours paternelle alors même qu'elle me frappe. J'accepte ces maux comme l'aiguillon qui presse mon âme de se jeter entre Vos bras. Aussi, docile à cet appel que Vous m'adressez par la souffrance, je viens Vous offrir, ô mon Souverain maître, mon très-aimable Père, toutes mes épreuves, toutes les croix que Vous m'envoyez, et je les attache à Celle de Jésus-Christ mon Sauveur, pour qu'elles tournent à ma sanctification : je Vous dirai avec Saint Augustin — faites que je Vous le dise avec la même sincérité — : « Seigneur, brûlez, coupez, ne m'épargnez point sur la terre, pourvu que Vous m'épargniez dans l'éternité ». Si ces dispositions de mon cœur étaient malheureusement ébranlées par la violence de mes douleurs et l'excès de mes maux, au point de ne plus me laisser la force de Vous faire mon sacrifice aussi généreusement que je le voudrais, ô Dieu de Miséricorde, daignez du moins me tenir compte de ma bonne volonté, et me pardonner des faiblesses dont je me repens dès maintenant en vue de Vous. Je confesse, Seigneur, avec une profonde humilité que ma vie passée ne me donne aucun titre auprès de Vous pour espérer de Votre généreuse Libéralité, ces Grâces privilégiées que Vous Vous plaisez à accorder à Vos serviteurs plus fidèles ; mais, comme autrefois la pieuse Chananéenne, je Vous conjure de jeter sur moi un regard de votre Pitié et de m'accorder, pour vivre et mourir dans votre Amour, au moins les miettes de Votre divine Table, ces moindres Grâces que Vous avez promis de ne jamais refuser même aux plus grands pécheurs qui Vous supplient avec componction et sincère regret du passé. »

Ainsi soit-il.


Abbé Pierre-Joseph César Bulo (1818-1871) - « Le Chrétien souffrant » dirigé et sanctifié dans la maladie et les infirmités ; Manuel d'instructions, de prières et de lectures pieuses dans ces heures d'épreuves, pages 68-71, chez H. Dessain, 1866