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La Prière amoureuse du Cardinal Bona « Ô doux Objet de mon amour, je Vous cherche de toutes parts » :

« Hélas ! Ô doux Objet de mon amour, qui seul connaissez mes soupirs et mes gémissements, et qui voyez le fond de mon cœur, hélas ! plein de tristesse, je Vous cherche de toutes parts, et cependant, ô ma Vie ! Je ne puis Vous trouver ! Je n’ai pas craint de m’enfoncer dans les forêts et dans les broussailles, j’ai visité les lieux les plus impraticables, je suis allé jusqu’au sein des mers ; mais, dans mes recherches et sur terre et sur mer, je ne rencontre aucun sentier, aucune trace qui réponde à mes larmes. Ah ! Je le vois, toutes mes peines sont perdues, et c’est en vain que j’ai usé mes pieds à ces courses inaccoutumées. Dites-moi, ô mes compagnons, peuple heureux et aimant, dites-moi, si vous le savez, où est allé l’Objet de mon amour, cet Ami tendre que je chéris plus que moi-même ? Voici à quelles marques on Le reconnaît : Il est plus beau que le disque radieux et étincelant du soleil, Il est plus brillant que la sérénité d’un ciel sans nuage. Autant l'astre des nuits l’emporte en éclat sur les étoiles, autant mon Ami l’emporte en beauté sur les chœurs des anges. Voyez ce parterre orné de fleurs odorantes comme d’autant de perles, voyez les lys mariés à la pourpre des roses, voyez dans les prairies ces tapis de vert gazon émaillés de fleurs, voyez la magnifique verdure qui décore les champs ; tout ce que la terre renferme d’ornements et de magnificence, mon Ami en possède l’éclat, et Il brille de tout ce que les cieux ont de splendeurs. L’Auteur de la nature n’avait pas encore étendu et semé de globes lumineux le pavillon du firmament, Il n’avait pas encore suspendu et équilibré dans l'espace le globe terrestre ; l’astre brillant du jour n’avait pas encore commencé sa course pour éclairer le monde, et les flots écumeux de la mer n’environnaient pas encore le continent comme d’une ceinture, et déjà cependant vivait l’Objet de mon amour, déjà existait en Lui le foyer éternel et la source intarissable de la bonté. Quoique, au-dessus du temps, Il ne compte que des années éternelles, chaque jour, cependant, semble Lui donner une nouvelle naissance. Il brille et Il verse dans le soleil des flots ardents de lumière, et c’est de Ses rayons que tous les astres tiennent leur éclat. De toutes parts Il disperse ses Feux, Il enflamme les cieux et la terre, Il répand la fraîcheur sur les glaces des ondes. Ô puissances célestes, ô gardes vigilantes, ô vous qui connaissez l’Objet de mon amour, dites-moi à quel moment Il est parti ? Quels détours a-t-Il suivis ? Ô mes chers compagnons, unis à moi par une alliance sacrée, ne pourrai-je trouver mon Amour ? Cet Objet si cher est-Il perdu pour jamais ? Ô Vous, mon tendre Amour, pourquoi ne Vous montrez-Vous pas à celui qui Vous aime ? Pourquoi me fuir ? Pourquoi délaisser ainsi votre épouse ? Est-ce ainsi que Vous blessez les âmes qui Vous aiment, et que Vous percez les cœurs de traits empoisonnés ? Ne seriez-Vous point par hasard ici présent, mais caché sous le voile d’un nuage pour m’empêcher de jouir de Votre vue ? Ainsi Vous plaisez-Vous souvent à tromper mes vœux secrets, ainsi Vous plaisez-Vous souvent à éprouver ma fidélité. Mais moi, jamais, ô mon époux, ma douceur, jamais je ne Vous abandonnerai, et mon cœur sera toujours enflammé d’un véritable amour. Mon dernier soupir se dissipera dans le vide des airs avant que mon âme puisse Vous oublier. Ni le glaive, ni les flots, ni la flamme, et quand je devrais même entrer dans le triste empire de la mort, rien ne pourra Vous ravir à mon amour. Venez donc, ô ma Lumière ! Pourquoi par Votre absence tourmenter un cœur qui Vous aime ? Pourquoi le laisser en proie à une cruelle blessure qui le ronge ? Voyez la pâleur de mon front : tout mon corps est languissant, et ma face maladive présente l'image de la mort ! Mais quel ravissement subit ! Quelle ardeur nouvelle s'empare de moi ! Quel feu inconnu embrase tous mes membres ! Est-ce Vous que je vois, ô ma Lumière ? Mon cœur se fend d’amour ! Oui, ô mon époux, Vous êtes caché ici près de moi ! Oui ! Oui ! Vous êtes avec moi. Ce n’est point le rêve d'une imagination crédule ; je sens votre Présence au-dedans de moi. Mon âme respire un Amour tout divin. Je vole, ô ma vie, je vole à Vos saints embrassements. Je suis emporté vers les Cieux, et de mes pieds je foule le faite des demeures éternelles. Terre méprisable, adieu ! Adieu ! Vous aussi, partisans d’un monde impie, multitude collée à la terre, tourbe sans amour, adieu ! Ah ! Il m’est enfin permis, ô mon Espérance et ma Vie, d’habiter avec Vous et de jouir seul à seul de votre Présence ! Je trouve en Vous, ô doux Objet de mon amour, le terme de mes vœux, mon salut assuré et le repos le plus paisible. A la faveur de cet aimable silence, laissez-moi Vous donner à loisir de chastes, de tendres embrassements. Mon cœur vide de lui-même et plein de votre Amour soupire pour Vous, et ma vie se consume dans Vos flammes sacrées. Oui, le feu de votre Amour dévore ma vie ! Assez, ô amour, ne lancez plus de traits ! Ô mon époux, tempérez Vos ardeurs, éteignez ces flammes, arrêtez ce furieux incendie ! Ah ! La flèche dont Vous m’avez percé me tue, je succombe : Vous êtes Vainqueur ! Jouissez de votre Triomphe, votre victime est à vos pieds ; élevez vos trophées, entonnez bien haut l’hymne de la victoire... Ô Amour ! Ô délire ! Quelle extase s’est emparée de moi ! Ô mort ! Ô merveilles qui m’ôtez la vie ! Ô prodiges ! Ô miracles ! Ô égarement d’une raison sans folie ! Ô sommeil dans lequel on ne dort pas ! Ô jour sans nuit ! Ô nuit lumineuse ! Ô folie pleine de sagesse ! Ô flammes qui éteignez les feux ardents ! Ô langue à la fois éloquente et muette ! Ô chaste ivresse ! ... Où suis-je ? Que fais-je ? Où m’entrainent mes transports ? Je divague, et c'est Vous qui m’y forcez, ô divin Amour ! Serai-je donc toujours sans armes, et souffrirai-je continuellement la mort sans me venger jamais ? Des armes ! Des armes ! vite, apportez, compagnons fidèles, apportez des glaives, des épées, des flèches, des dards, des torches. Pourquoi attendre ? N’est-il pas temps de lancer le javelot et d'enfoncer d’une main sûre et ma lance et mes traits ? Mais déjà mon amour vaincu se consume dans ses propres ardeurs, et il est mortellement blessé de ses propres armes : chantez le triomphe ! Applaudissez ! L’amour est vainqueur de l'amour, il est son captif, il porte ses fers ! Ô mes compagnons, dressez un tombeau, et gravez en profonds et grands caractères, sur le marbre, les deux vers suivants :
« Ici, blessés d’amour, dorment en paix deux cœurs :
Tous deux furent vaincus, tous deux furent vainqueurs »

Ainsi soit-il.


Cardinal Jean Bona (1607-1674) – « Le Cœur de Jésus », Ascétisme et littérature d’après le R-P Eugène Desjardins, pages 435-443, aux éditions Julien-Lanier, 1855

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Voir également du Cardinal Giovanni Bona :
- La Prière du Cardinal Jean Bona à Saint Bernard de Clairvaux « Ô grand Saint Bernard, je vous ai suivi par-dessus tous comme mon maître »
- La Prière du Cardinal Giovanni Bona avant de s’endormir « Faites-moi reposer, Très Doux Jésus, sur votre Cœur »
- La Prière du Cardinal Bona « Recevez-moi, Seigneur, entre Vos bras que Vous étendîtes pour moi sur la Croix »
- La Prière du Cardinal G. Bona avant le repas « Faites-moi la Grâce Seigneur de donner à mon âme une nourriture céleste comme Vous en donnez une terrestre à mon corps »
- La Prière du Cardinal Jean Bona après le repas « Je Vous remercie, Seigneur, de m’avoir donné les viandes et les breuvages nécessaires pour soutenir mon corps »
- La Prière du Cardinal Bona après la Sainte Communion « Je Vous bénis, Hôte aimable de mon âme qui reposez sur mon cœur »
- La Prière aux Saints Anges du Cardinal Bona « Anges du Seigneur, vous qui me défendez pendant ma vie »
- La Prière du Cardinal Bona devant les cruelles Blessures de Jésus-Christ « Ô mon Dieu, c’est pour Votre immense Amour pour les hommes »
- La Prière amoureuse du Cardinal Bona à Notre Seigneur Jésus-Christ « Ô doux Objet de mon amour, je Vous cherche de toutes parts »