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La Prière d’Edouard Turquéty « Ô Trésor des cœurs, sans Vous, à qui dirions-nous nos tristesses ? » :

« Oui, Vous êtes la Préférée,
L'Épouse du Maître immortel ;
Vous êtes la myrrhe adorée
Dont Il embaume son Autel.
Le Saint des saints vous a choisie
Comme une céleste ambroisie
Dont le charme endort les douleurs;
Sublime, indestructible Exemple,
Vous êtes la Porte du Temple,
Vous êtes le Trésor des cœurs !

Quel que soit le deuil qui nous brise,
Pauvres arbrisseaux desséchés,
Votre souffle est comme une brise
Qui relève nos fronts penchés ;
En quelque lieu qu'un sort plein d'ombre
Nous traîne sur ce globe sombre
Où l'homme est un roseau perdu,
Nous crions le Nom de Marie,
Et le soleil de la Patrie
Jette un éclair inattendu.

Le nautonnier dans sa misère
Vous nomme à travers l'ouragan,
Comme l'habitant de la terre,
La terre, hélas ! autre océan.
De tous les côtés le flot gronde ;
Que ce soit la mer ou le monde,
Vierge ! les écueils sont certains ;
Oh ! sans Vous et sans vos Promesses
A qui dirions-nous nos tristesses,
Vers qui lèverions-nous nos mains ?

A Vous nos vœux, à Vous nos larmes,
A Vous nos inquiets désirs ;
A Vous du sein de tant d'alarmes
Tous nos transports, tous nos soupirs !
Que le jour renaisse ou s'achève,
A Vous cet ineffable rêve
D'impossible félicité !
Rêve importun qui nous dévore,
Nuit noire et triste dont l'aurore
N'est qu'au seuil de l'éternité !

Ô souveraine Tutélaire,
Patronne auguste d'ici-bas,
Vous nous servez à tous de Mère,
Et nous sommes tous des ingrats !
Et pourtant, ô Vierge ineffable !
Que demandez-Vous au coupable,
Au coupable morne, éperdu ?
Qu'il vienne seulement, qu'il vienne,
Et la prière monte à peine
Que le Pardon est descendu !

Mais c'est loin de la multitude
Où le cœur ne peut s'épancher,
C'est dans l'obscure solitude
Qu'il faut aller pour Vous chercher ;
Solitude où, quand le jour tombe,
On n'entend qu'un vol de colombe ;
C'est là, dans cet humble séjour,
Qu'on Vous trouve, ô Source voilée,
Source à jamais Immaculée
De l'Innocence et de l'Amour !

Ah ! tâchons de sauver notre âme
Des dangers d'un siècle trompeur ;
Tâchons que le charbon de flamme
Épure la lèvre et le cœur.
Pour s'élever jusqu'où Vous êtes,
Ô Vierge ! comme les prophètes
Il faut, par un suprême effort,
Abjurer les fausses délices,
Briser les perfides calices
Dont le nectar donne la mort.

Mais aussi, quand le charme cesse,
Quand le bandeau tombe des yeux,
Quel Torrent de pure allégresse
Pour le chrétien victorieux !
C'est une extase surhumaine ;
Et si le trépas rompt sa chaîne,
S'il meurt pour renaître immortel,
Ah ! ce n'est pas changer de sphère ;
Le corps seul habitait la terre,
L'âme habitait déjà le Ciel ! »

Ainsi soit-il.


Édouard Turquety (1807-1867) - « Fleurs à Marie : Trésor des cœurs », pages 27-31, chez Sagnier et Bray, 1845

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Voir également d’Édouard Turquety :
- La Prière du Poète Édouard Turquety « Ô Marie, relève chaque fleur mourante et flétrie »
- La Prière d’Édouard Turquéty « Ô Vierge, entends la France et exauce sa prière pour qu'elle reste toujours chrétienne, libre et fière »
- La Prière d’Edouard Turquéty à Dieu « Amour, Amour, Trésor suprême ! »
- La Prière du Poète Catholique Breton E. Turquéty « Sancta Maria, Rose de l'éternité ! »
- La Prière d’Edouard Turquéty « Ô Vierge Immaculée, nous sommes à genoux, priez, priez pour nous ! »
- La Prière d’Edouard Turquéty « Ô ma Mère, je viens encore me réfugier près de Vous »
- La Prière d’Édouard Turquéty pour la Toussaint « Ô vous que dans le Ciel même gloire rassemble »
- La Prière d’Edouard Turquéty au Printemps « Ô divine Mère, je viens T'offrir un cœur brisé »
- La Prière d’Edouard Turquéty à la Très Sainte Vierge Marie « Ô Trésor des cœurs, sans Vous, à qui dirions-nous nos tristesses ? »