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La Prière d’Edouard Turquéty au Printemps « Ô divine Mère, je viens T'offrir un cœur brisé » :

« Quelle est cette pure lumière
Dont l'éclat éblouit les yeux,
Et qui parcourt la terre entière
Comme un océan radieux ?
Quelle est, sur l'onde et dans la plaine,
Quelle est cette voix surhumaine,
Cette harmonieuse rumeur,
Ivresse, extase inattendue
Qui semble envahir l'étendue,
Comme elle envahit tout le cœur ?

D'où partent ces vagues murmures
Que la nuit ne peut assoupir ?
Pourquoi les flots et les verdures
Ont-ils cet éternel soupir ?
Quel est donc le pouvoir immense
Qui décore, embaume, nuance
Les prés, les monts et les déserts ?
D'où vient cette sève inouïe ?
Serait-ce une nouvelle vie
Que Dieu dispense à l'univers ?

Oh ! C’est le Printemps qui s'éveille,
Le Printemps aux fraîches couleurs ;
Déjà l'aurore plus vermeille
Ouvre ses mains pleines de fleurs.
La terre est toute parfumée,
Et l'atmosphère parsemée
De mille bruits délicieux ;
Et la nature qui s'enchante
Répond par une hymne touchante
Au concert infini des cieux !

Et que dit-elle en ce langage
Dont le cœur chérit les secrets ?
Que dit le flot sur le rivage ?
Que dit le vent dans les forêts ?
Ah ! cette voix vaste et suprême,
Cette voix est partout la même ;
L'écho la soupire à son tour ;
Il semble qu'en ces jours de flamme
L'univers entier n'a qu'une âme,
Et que cette âme dit : Amour !

Amour ! amour à notre mère !
Amour au lys prédestiné
Qui, par le plus divin mystère,
Sauva le monde condamné ;
Amour à la sainte rosée
Qui ranime l'âme épuisée
Par l'orage des passions ;
Amour à l'étoile sublime
Qui dirige loin de l'abîme
Le grand vaisseau des nations !

Oui, cette vague mélodie
Qui part de l'onde et du vallon,
Ces vents, cette brise attiédie,
Tout parle, tout murmure un nom.
Mais pour comprendre ces voix douces
Des flots, des arbres et des mousses,
Pour bien saisir leur sens voilé,
Il faut ne regarder la terre,
Séjour pénible et temporaire,
Qu'avec les yeux d'un exilé.

Il faut que notre âme immortelle,
Triomphant d'un vulgaire effroi,
Aspire à s'envoler sur l'aile
De l'espérance et de la foi ;
Il faut qu'à force de courage
Elle s'élève et se dégage
Des chaînes de la volupté ;
C'est par là qu'un exil funeste
Devient l'avant-coureur céleste
De l'ineffable éternité !

Chantez donc la Vierge mystique,
Cieux et terre, chantez encor !
Que les vents joignent leur cantique
A l'hosanna des soleils d'or !
Chantez, aigles de la montagne,
Et toi qui rases la campagne,
Pauvre oiseau, chante et ne crains pas ;
Ce qu'Elle aime de préférence
C'est la faiblesse et la souffrance,
C'est tout ce qui pleure ici-bas !

C'est l'humble enfant de la chaumière,
C'est l'orphelin qui vit de peu,
Paria d'une époque amère
Dont un vil métal est le Dieu ;
C'est le prisonnier, c'est la veuve ;
Tous ceux que la douleur abreuve,
Et qui tendent des bras meurtris ;
Tous ceux dont l'âme souffre et prie,
Voilà les élus de Marie,
Car ils Lui rappellent son Fils !

Et moi, dois-je ici le redire ?
Oh ! oui, puisque c'est Ton bras fort
Qui m'a sauvé d'un noir délire,
Qui m'a préservé de la mort,
Ô Vierge ! au sortir du naufrage,
J'ose T'apporter mon hommage
Sans craindre d'être refusé :
Quelle offrande, ô divine Mère !
Te serait plus douce et plus chère ?
Je viens T'offrir un cœur brisé ! »

Ainsi soit-il.


Édouard Turquety (1807-1867) - « Fleurs à Marie : Voix du Printemps », pages 15-20, chez Sagnier et Bray, 1845

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Voir également d’Édouard Turquety :
- La Prière du Poète Édouard Turquety « Ô Marie, relève chaque fleur mourante et flétrie »
- La Prière d’Édouard Turquéty « Ô Vierge, entends la France et exauce sa prière pour qu'elle reste toujours chrétienne, libre et fière »
- La Prière d’Edouard Turquéty à Dieu « Amour, Amour, Trésor suprême ! »
- La Prière du Poète Catholique Breton E. Turquéty « Sancta Maria, Rose de l'éternité ! »
- La Prière d’Edouard Turquéty « Ô Vierge Immaculée, nous sommes à genoux, priez, priez pour nous ! »
- La Prière d’Edouard Turquéty « Ô ma Mère, je viens encore me réfugier près de Vous »
- La Prière d’Édouard Turquéty pour la Toussaint « Ô vous que dans le Ciel même gloire rassemble »
- La Prière d’Edouard Turquéty au Printemps « Ô divine Mère, je viens T'offrir un cœur brisé »