La Prière du R. P. Henri Boulad « Si Tu n'existais pas, dis-moi par qui j'existerais, moi qui n'existe que par Toi... » :

« Si Tu n'existais pas, dis-moi par qui j'existerais, moi qui n'existe que par Toi... Je n'avais pas de nom, de corps, ni de visage, ni de place dans aucun cœur, et je n'étais rien pour personne. Un jour Tu as pensé à moi et j'ai commencé d'être, Tu as prononcé mon nom et j'ai jailli dans l'existence. Dans la nuit de Ton éternité, Tu as prononcé ce nom qui est moi, ce nom secret, unique et ineffable, que nul autre que moi ne possède, que nul autre que Toi ne connaît. Ce nom qui est premier et qui sera dernier, par lequel j'ai surgi à mon premier enfantement par lequel je resurgirai à ma deuxième naissance, lorsqu'il me sera révélé sur le tout petit caillou blanc. Un jour Tu as pensé à moi, et Ta pensée a pris un corps, et Ta pensée s'est faite Chair, et Elle s'est faite Sang, et Elle s'est faite Vie, mon corps, ma chair, mon sang, ma vie. Et chacun de mes membres, et ces deux jambes, et ces deux pieds, pour la marche et la course et la fête et la danse. Et ces deux bras et ces deux mains, pour le travail et pour l'effort et pour l'étreinte et pour l'offrande. Ce ventre et ces entrailles, pour transformer en moi la substance du monde. Et l'organe secret pour transmettre la vie et goûter le bonheur d'aimer et de donner. Et la peau toute blanche, pour la caresse et pour l'amour. Un jour Tu t'es penché sur moi qui n'étais pas encore. Tu as plongé la main dans la terre et la boue et dans le limon noir et dans la glaise rouge. Et Tu m'as façonné et Tu m'as inventé, et Tu m'as fait jaillir de la nuit de ce monde, du ventre de la terre et de ton Cœur de Mère. Tu m'as longuement pensé au long des nuits, Tu m'as lentement pétri au long des jours. Tu m'as éternellement mûri dans ton Cœur et enfanté au long des siècles avant de me faire jaillir de la terre. Tu as rêvé et conçu mon visage avant même qu'il n'apparaisse. Tu as rêvé mes yeux, Tu as rêvé mes joues et ces cheveux tout fous dont pas un seul ne tombe sans un ordre de Toi. Tu as fait cette bouche et ces dents et ces lèvres pour le baiser et le sourire et le repas qui refait l'homme, qui rassemble et qui réunit. Ces lèvres lourdes de désir pour boire à la source des choses, et ce gosier et ce palais pour goûter combien Tu es Bon. Tu t'es penché sur moi et Tu m'as fait un corps. Tu t'es penché sur moi, Tu m'as fait un visage. Tu t'es penché sur moi au tout premier matin, à la première aurore, dans le premier jardin. Tu m'as pris dans Tes bras, tout contre Ton visage, et Bouche contre bouche Tu m'as donné ta Vie. Ton souffle et Ton haleine ont passé dans mon être et dans mes membres et dans mes veines, et mon corps a frémi, ma chair a tressailli mes yeux se sont ouverts et j'ai vu ton Visage et j'ai vu ton Regard, et j'ai vu ton Sourire et j'ai réalisé que Tu étais ma Vie, que Tu étais mon Tout, que tu étais mon Dieu. Si tu n'existais pas, dis-moi comment j'existerais moi qui n'existe que par Toi, par Ton étreinte et Ton baiser et par Ton souffle et par Ta Vie. Un jour Tu as pensé à moi, alors que je n'existais pas. Tu m'as donné un nom, un corps et un visage, semblable à Toi Tu m'as créé, capable de comprendre et capable d'aimer. De Ta substance et de Ta vie, de Ton être Tu m'as enfanté. Comme une mère Tu m'as porté et engendré et mis au monde. Je suis de Toi, je suis par Toi. Si tu n'existais pas dis-moi comment j'existerais ?... Comme le fruit à l'arbre, je suis pendu à Toi. Au-dessus du néant, je suis pendu à Toi. Au-dessus de la nuit et du vide éternel je suis pendu à Toi. Comme le tout-petit rattaché à sa mère par le cordon de vie sans lequel il n'est rien, je suis lié à Toi, suspendu à ta Vie qui me traverse à chaque instant. Comme le tout-petit collé à la mamelle tête amoureusement le lait de sa maman, ma bouche est suspendue à ton Sein maternel, Toi qui à chaque instant me refais exister. Comme le tout-petit blotti contre sa mère s'abandonne endormi au cœur de la cohue, de la tempête et de la nuit, je m'abandonne à Toi, je me blottis en Toi, la tête contre Ton épaule. Si tu n'existais pas, mon Amour, ma Vie, dis-moi par qui j'existerais, dis-moi comment j'existerais, dis-moi pourquoi j'existerais, dis-moi pour qui j'existerais ? »

Ainsi soit-il.


Père Henri Boulad (1931-....) – « Changer le monde », p. 45-49, Editions Saint-Augustin, 2004

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Voir également du R. P. Henri Boulad :
La Prière du Père Henri Boulad « Seigneur, donne-moi de découvrir la dimension divine et sacrée de ma vie »
La Prière du R. P. Henri Boulad « Si Tu n'existais pas, dis-moi par qui j'existerais, moi qui n'existe que par Toi... »