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La Prière d’Hubertin de Casale « Ô très pauvre Jésus, je Vous demande la Grâce de ne rien posséder en propre sous le Ciel » :

Mon doux Seigneur, miséricordieux Jésus, ayez pitié de moi et de madame la Pauvreté, car l'amour que j'ai pour elle est dans l'angoisse, et je ne puis goûter de repos sans elle. Vous savez, Seigneur, si je l'aime ; or voici qu'elle est assise tristement, repoussée de tous, semblable à une veuve. La souveraine de tous les peuples est tenue pour vile et méprisable ; la reine de toutes les vertus est assise sur le fumier et se plaint de ce que tous ses amis l'ont dédaignée et se sont rendus ses ennemis, de ce que ceux-là mêmes qui l'ont épousée violent depuis longtemps la foi jurée. Souvenez-Vous, Seigneur Jésus, que Vous êtes descendu du séjour des anges ici-bas pour faire de cette reine Votre épouse et pour avoir d'elle, en elle et par elle, des fils qui fussent parfaits. Souvenez-Vous de la fidélité de son attachement : Votre âme venait à peine de s'unir à Votre corps dans le sein de la Vierge et déjà commençaient ses tendres soins. A Votre naissance, elle Vous reçut dans l'étable et dans la crèche et, Vous accompagnant tout au long de la vie, elle Vous priva si bien de toutes choses qu'elle prit soin que Vous n'eussiez pas même où reposer la tête. Quand Vous commençâtes la guerre de notre Rédemption, elle vint s'attacher à Vous comme un écuyer fidèle, elle se tint à Vos côtés au plus fort du combat et ne se retira point quand Vos disciples prenaient la fuite ou reniaient votre Nom. Enfin, tandis que Votre mère, qui du moins Vous suivit jusqu'au bout et prit Sa part de toutes Vos douleurs, tandis qu'une telle Mère à cause de la hauteur de la Croix ne pouvait plus atteindre jusqu'à Vous ; en ce moment Madame la Pauvreté Vous embrassa plus étroitement que jamais et s'associa à Votre crucifiement avec une âpre ardeur. Elle ne voulut point que votre Croix fût travaillée avec soin, ni que les clous fussent en nombre suffisant, travaillés et polis ; mais elle n'en prépara que trois, elle les fit durs et grossiers pour mieux aggraver Votre supplice. Et pendant que Vous mourriez de soif, cette fidèle épouse eût soin qu'on Vous refusât un peu d'eau et, aidée de satellites impies, elle Vous prépara un breuvage si amer que Vous dûtes Vous borner à en humecter Vos lèvres. Ce fut donc dans les étroits embrassements de cette épouse que Vous expirâtes, et c'est elle encore qui Vous rendit les derniers devoirs, veillant jalousement à ce que Vous n'eussiez rien à Vous, ni sépulcre, ni onguent, ni même linceul, si bien qu'on dut tout emprunter. Elle se retrouva à votre Résurrection et, tandis qu'au milieu de ses embrassements, Vous repreniez glorieusement vie, elle eut soin de Vous faire laisser dans le sépulcre tout ce qui Vous avait été prêté. Elle est montée au Ciel avec Vous, et Vous lui avez confié le sceau du Royaume des Cieux, dont doivent être marqués les élus désireux de suivre les sentiers de la perfection. Oh ! Qui donc n'aimerait pas madame la Pauvreté par-dessus toutes choses ! C'est pourquoi je Vous demande en votre Nom, ô très pauvre Jésus, à titre de privilège spécial et perpétuel, de nous donner, à moi et aux miens, la Grâce de ne rien posséder en propre sous le Ciel, et de n'avoir jamais, tant que nous serons sous cette chair misérable, qu'un usage pauvre du bien d'autrui.

Ainsi soit-il.


Frère Ubertin de Casale (1259-1330)


Voir également d’Ubertin de Casale :
La Prière de Fr. Ubertin de Casale (o.f.m.) « Réjouis-toi donc, ô mon âme, dans le Cœur de ton Jésus »
La Prière du Frère mineur Franciscain Ubertin de Casale « Souvenez-Vous donc de nous, ô Bienheureux Joseph »
La Prière d’Hubertin de Casale pour obtenir la Grâce de la pauvreté « Ô très pauvre Jésus, je Vous demande la Grâce de ne rien posséder en propre sous le Ciel »