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La Prière avant la Communion en Viatique d'un agonisant « Seigneur, mon âme, bien plus malade encore que mon corps, implore Votre généreuse Compassion » de M. l'Abbé Pierre-Joseph Bulo

« Votre main m'a frappé, Seigneur, et je Vous en bénis, parce que Vous m'avez visité dans votre Miséricorde : la maladie que Vous m'avez envoyée a dissipé le tourbillon où me retenaient depuis si longtemps les vains plaisirs du monde et les intérêts de la terre ; elle a rendu sa puissance à la voix de mes remords et m'a pénétré d'un salutaire effroi à la vue de Vos prochains Jugements : oui, soyez mille fois Bénie, Main paternelle de mon Dieu qui ne m'avez frappé que pour m'arrêter dans la voie qui mène aux abîmes, et pour me ramener à Vous par le repentir et l'amendement du cœur. Votre longue Patience envers moi, malgré mes offenses multipliées, et l'Invitation si pressante que Vous daignez me faire encore en ce moment, me touchent et raniment ma confiance quelle que soit mon indignité. J'accours donc vers Vous, ô mon Père Céleste, comme l'enfant prodigue, et à la vue des profondes misères de mon âme, je dis avec lui « je me lèverai et j'irai à mon Père, et je Lui dirai : ô mon bon Père, j'ai péché contre le Ciel et contre Vous, je ne suis plus digne d'être appelé Votre fils ; car comme ce malheureux, je Vous ai préféré aussi les biens trompeurs de ce monde et les plaisirs désordonnés des passions, et je Vous ai abandonné, Vous la Source des eaux vivifiantes. Ô Père des Miséricordes, recevez-moi de nouveau dans Votre sein au Nom de Jésus- Christ, rendez-moi le vêtement de votre Grâce et l'anneau de votre Amour ; daignez accueillir encore mon cœur contrit et humilié ». J'accours vers Vous, ô Jésus, bon Pasteur, ayez pitié de moi, car je me suis perdu loin de Vous comme la brebis égarée : de Grâce, recherchez Votre enfant et ramenez-moi dans les sentiers de vos Commandements. Tout indigne que je suis d'être exaucé, daignez cependant me charger sur Vos épaules et me ramener au bercail de Vos élus : mon âme, bien plus malade encore que mon corps, implore Votre généreuse compassion. Je crie vers Vous, ô compatissant Samaritain, je suis ce malheureux voyageur qui, sur la route de Jérusalem vers Jéricho, déserteur de l'heureuse Patrie de la Paix, est tombé aux mains des ennemis de son Salut ; jetez un regard de compassion sur ma couche de douleurs, car mon âme y est toute meurtrie et défigurée par les profondes blessures que lui ont faites ses passions : ah ! Guérissez-la par votre Amour, versez dans ses plaies l'Huile de votre Miséricorde, brisez les liens qui la retiennent dans l'esclavage du péché, relevez-la, rendez-lui la Vie de votre Grâce et mettez-la en sureté dans la blessure de Votre côté, dans la sainte forteresse de votre Cœur. Je viens à Vous, mon Seigneur et mon Sauveur, comme autrefois le publicain de Jéricho : nouveau Zachée, je confesse les péchés sans nombre que j'ai commis contre Vous, et je suis résolu de réparer de toutes mes forces les injures que j'ai faites à votre Gloire devant les hommes, et les dommages que j'ai causés à mon prochain en son âme par mes scandales, et en son corps par mes injustices. Je veux rendre autant qu'il est en moi les biens qui ne m'appartiennent pas ; car que me serviraient tous les trésors de l'univers si je venais à perdre mon âme ? Ah ! Daignez me venir en aide dans ce grand travail, ô Vous qui êtes venu non pour perdre, mais pour sauver ce qui était perdu. Je me jette à Vos pieds, ô généreux Sauveur de mon âme ! Et puissé-je noyer dans mes larmes, comme Madeleine toutes les œuvres criminelles de ma vie souillée par de honteuses sensualités ! Arrosez-moi de votre Sang Purificateur, purifiez-moi par le Feu de votre Amour, et faites entendre aussi à mon âme abattue et désolée, cette consolante Parole : « beaucoup de péchés vous sont remis ». Je reviens à Vous, ô mon divin Maître, couvert de confusion de Vous avoir encore renié par mes péchés après Vous avoir juré tant de fois de ne plus Vous trahir : ah ! daignez oublier mes infidélités sans nombre et jetez sur moi ce Regard d'Amour qui fit pleurer le chef de Vos apôtres et fixa pour toujours Pierre dans son repentir ; dites-moi aussi comme au roi pénitent : « Je suis ton Salut » (Ps. 34). Ô Roi de Gloire, j'élève vers Vous mon cœur avec une pleine confiance en votre Bonté infinie, espérant que, malgré mes longs retards, Vous voudrez bien encore me traiter avec la même Miséricorde que Vous avez eue pour l'ouvrier venu à la dernière heure, et pour le larron crucifié à Vos côtés ; que mon lit de souffrance, cette croix sur laquelle Vous m'attachez dans le désir de me faire mériter le Salut, me trouve docile à l'appel de votre Sang que Vous ne répandez sur la Vôtre que pour m'ouvrir le Paradis ».

Ainsi soit-il.


Abbé Pierre-Joseph César Bulo (1818-1871) - « Le Chrétien souffrant » dirigé et Sanctifié dans la maladie et les infirmités ; Manuel d'instructions, de prières et de lectures pieuses dans ces heures d'épreuves, pages 122-126, chez H. Dessain, 1866


Voir également de l’Abbé Pierre-Joseph César Bulo :
- La Prière du Matin pour une personne malade de M. l'Abbé Bulo « Seigneur, je Vous offre toutes mes souffrances dès l'aube du jour »
- La Prière du Soir pour une personne malade de M. l'Abbé Bulo « Pendant ce jour qui finit, Seigneur, je Vous remercie de votre Secours dans mes souffrances »
- La Prière d’un malade insomniaque de M. l'Abbé Pierre-Joseph César Bulo « Mon Dieu, je suis saisi de crainte à l'entrée de cette nuit »
- La Prière d’un agonisant de M. l'Abbé Pierre-Joseph Bulo « Seigneur, je Vous remercie de réveiller en moi, par la maladie, la pensée de la mort »
- La Prière à l'intention du souverain Pontife de M. l'Abbé Pierre-Joseph Bulo « Ô Dieu, souverain Pasteur de tous les Fidèles, regardez favorablement Votre serviteur N. que Vous avez donné à votre Église »
- La Prière avant la Communion en Viatique d'un agonisant « Seigneur, mon âme, bien plus malade encore que mon corps, implore Votre généreuse Compassion » de M. l'Abbé Pierre-Joseph Bulo