Codicile : Ayant voulu laisser à mes enfants après ma mort une marque essentielle de ma tendresse, et qui en même temps leur serve tant pour cette vie, que pour l’autre, j'ai dressé l’Instruction ci jointe de ma main, et je veux, que d'abord après mon décès, on en fasse des copies exactes pour chacun de mes enfants pour lors en vie, et que l’on leur remette de ma part, dans quel lieu, où état ils puissent être, et la dite Instruction en original doit être conservée dans le Trésor, là où l’on conserve les papiers les plus secrets de la maison, pour qu'au cas, que quelqu’un de mes enfants vint à perdre la copie, qu'ils en ont, ils puissent en faire faire une autre pour leur usage seulement. Telle est ma volonté dernière, et ce Codicile aura autant de force, que mon Testament, étant signé de ma propre main à Vienne ce 14 Décembre 1752.


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La Prière de François 1er avant de mourir « Ô mon Dieu, recevez mon âme avec Bonté et Miséricorde » :

« Dieu Tout-Puissant et bon Maître ! Recevez mon âme avec Bonté et Miséricorde ! Elle est votre Don et un Bienfait de votre Miséricorde. M’ayant comblé pendant toute ma vie de tant de Bienfaits, j'en implore le comble dans ce dernier moment : recevez mon âme dans votre Sainte Grâce, et accordez-lui le plus grand Bienfait d’oser s’approcher de Vous : en paraissant devant Vous, regardez-la avec des yeux de Miséricorde, tels que Vous avez promis à ceux qui mourraient dans l’état où j'espère me trouver : je mets toute ma confiance en Vos bontés, et j'ai toujours devant les yeux Votre clémence, et cette promesse que Vous nous avez donnée si solennellement en nous faisant dire : « In Te, Domine, speravi, non confundar in æternum. » C'est donc dans cette confiance que j'ai vécu ; et c'est dans cette espérance que je Vous rends mon âme, en Vous suppliant de la recevoir. Il est vrai que j'aurais pu mieux employer le temps que Vous m'avez laissé vivre, pour obtenir vos Grâces. Mais Père de Miséricorde et le Meilleur de tous les Pères, qui aidez toujours vos Enfants, et ne les abandonnez jamais dans aucune occasion, ne m'abandonnez pas dans la plus importante pour moi, au moment où je vais Vous remettre cette âme : que Vous m'avez donnée, et qui étant Votre propre Don, ne peut que Vous être agréable. Si pendant le cours de ma vie je Vous ai offensé, Vous avez vu, ô mon Dieu, la peine et le repentir que j'en ai eu ; je Vous supplie du fond de mon cœur de me pardonner mes fautes, de me regarder d’un œil de compassion, et de Vous ressouvenir de cette adorable promesse, que tout cœur contrit et humilié trouvera Grâce devant Vous. C'est donc un cœur rempli de contrition sur tous les égarements de ma vie passée, que je Vous offre, pour obtenir pardon de mes péchés, tout honteux d’avoir offensé un Dieu si Bon et si Bienfaisant, particulièrement à mon égard par toutes les Grâces, que j'en ai reçues en tant d'occasions. Cette âme, ô mon Dieu est à Vous ! Elle se jette aux pieds de votre Fils crucifié, dans l’espérance d’émouvoir Sa compassion et de paraître devant Vous en état de Grâce : elle met sa confiance en Vos bontés infinies, et je répète sans cesse : « In Te, Domine, speravi, non confundar in æternum ». Moyennant cette confiance, j'espère être bientôt à portée de Vous et de Vous rendre les plus humbles actions de grâces. Que l’espoir est doux à mon âme d’aller rejoindre le Créateur, son Bienfaiteur : d’aller jouir du bonheur éternel et de partager avec les bienheureux le plaisir infini d’adorer son Dieu, d’être auprès de Lui et de Le remercier de tous les Bienfaits dont Il nous a comblés pendant le cours de notre vie. Oui, mon Dieu, c'est à Vous seul que je veux appartenir, c'est Vous que j'adore ; disposez de moi selon Vos bontés infinies, jetez un Œil de Bonté sur toutes mes fautes passées et un Œil de Miséricorde sur mon âme, et ne me jugez pas dans la rigueur de Votre justice ; mais écoutez en ma faveur votre Bonté paternelle. Je n'en ai pas toujours écouté la Voix ; mais usez de clémence envers moi ; laissez-Vous toucher par vos Bontés infinies qui sont intarissables et qui sont la consolation des âmes qui s'y adressent. C'est donc dans cette entière confiance que je Vous remets l’âme que Vous m'avez donnée, et que je Vous supplie de regarder d’un Œil paternel et de bonté, comme une de vos Créatures, qui retourne à son Créateur. Si mes forces ne me permettent pas de Vous dire tout ceci de bouche, écoutez, ô mon Dieu, la voix de mon cœur qui articule ces prières, et qui s'efforce au possible de s'élever jusqu'à Vous, du moins par des pensées, pour Vous toucher, ô mon Dieu et pour oser espérer de paraître devant son Souverain Maître, et d’obtenir de Lui et de ses Bontés la Grâce d'être admis dans le Saint Paradis, et d' y jouir du bonheur de voir et d'adorer Dieu son Bienfaiteur : bonheur inexprimable ! J'approche du moment où je vais rendre au Créateur mon âme, et où elle va paraître devant Lui ; j'ose donc Vous supplier, ô Bonté infinie, de la regarder d'un Œil de Bonté et de Miséricorde, de lui pardonner ses fautes et tout ce qui pourrait l’éloigner de votre Présence. Je sais, ô mon Dieu, que Vous permettez à vos Créatures de Vous prier jusqu'au dernier moment de leur vie, et de recourir aussi à la Sainte Vierge. Je m'adresse à Elle comme à ma Bienfaitrice pour qu’Elle Vous supplie de ne pas me rejeter, mais d’écouter mes prières et de recevoir mon âme dans vos Grâces, j'ose donc La supplier de ne pas m’abandonner dans le temps où mes forces m'abandonnent, et où j'ai le plus besoin de Sa puissante Protection qu’Elle accorde volontiers. « Sub Tuum Præsidium confugimus Sancta Dei Genitrix ! Nostras deprecationes ne despicias in necessitatibus nostris, sed a periculis cunctis libera nos semper virgo Gloriosa et Benedicta, Domina nostra, Mediatrix Nostra, Advocata Nostra. Tuo Filio nos reconcilia, Tuo Filio nos commenda, Tuo Filio nos representa ». C'est donc Elle, ô mon Dieu, que je supplie de se joindre à moi, pour implorer votre Miséricorde et Bonté : j'espère que Vous L'écouterez favorablement, et que Vous aurez pitié de moi et de mon âme ; comblé pendant tout le temps de ma vie de tant de vos Bontés dont je Vous rends dans ce dernier moment mille grâces, en Vous demandant, ô mon Dieu, le Bienfait le plus grand de ceux que j'ai reçus de Vous qui en êtes l'Auteur, de me faire parvenir à cette Source de Grâces, dont j'ai tant reçu dans ma vie, et de me pardonner toutes les fautes de ma vie passée. C'est du fond de mon cœur que je Vous en réitère les prières que je Vous ai faites pendant le cours de ma vie, ayant tâché d’obtenir le pardon de mes péchés par le Sacrement de Pénitence. Je Vous réitère, ô mon Dieu, tous les actes de contrition, que j'ai faits ; et je Vous supplie de les regarder comme l’effet de ma vraie douleur de Vous avoir offensé : je les réitère tous, ô mon Dieu, à l’heure de Vous rendre mon âme, je Vous prie de les recevoir comme un acte de ma vraie contrition et de m'admettre dans Votre Saint Paradis, comme un de Vos serviteurs. Mon Dieu ! Votre Miséricorde est infinie, et je dois compter sur vos Bontés ; c'est pourquoi je regarde le dernier moment de ma vie avec cette confiance en Vous, ô mon Dieu, que l’on doit avoir en vos Bontés infinies pour la moindre de vos Créatures, éloignez, je Vous prie, ô mon Dieu, tous les efforts que le malin esprit redouble à ces derniers moments, pour me perdre : mais je ne les crains pas, étant sous la Protection de la Sainte Vierge et de mon Saint Patron, qui, j'espère, intercéderont pour moi auprès de Vous, et me garantiront par leurs prières du danger auquel je pourrais me trouver exposé. Vous avez, ô mon Dieu, si souvent assuré vos Créatures de ne souhaiter rien de plus que de les aider ; on ne saurait donc manquer en mettant une confiance entière dans votre Miséricorde et Bonté : Je Vous réitère : « ln Te, Domine, speravi, non confundar in aeternum », et je pense toujours à la prière que Vous avez faite, en disant, comme Vous, ô mon Dieu : « ln manus Tuas, Domine, commendo spiritum meum ». En remettant ainsi l’Esprit à son Créateur, on peut mourir tranquillement : cette prière touchera Dieu, et étant d'ailleurs toujours porté par sa Bonté, à nous pardonner, on peut s'y remettre et mourir tranquillement ».

Ainsi soit-il.


François 1er (1708-1765) - « Instruction pour ses enfants de S. M. l’Empereur d’Allemagne François 1er »