Careme-desert.jpg

La Prière dans le désert et sur le Thabor de M. l’Abbé Pierre Caussel « Soyez, ô mon divin Jésus, la fin et le centre de tous mes désirs » :

« Ô Jésus, banni du commerce des hommes, et dont le monde n'était pas digne ! Je Vous adore dans ce désert, où le Saint-Esprit Vous a conduit. Que faisiez-Vous dans ces sombres forêts ? Quelle était la vie que Vous y meniez ? Ah ! Mon divin Sauveur, votre Chair innocente y endure la faim et la soif ; votre Âme est plongée dans une sainte et profonde amertume ; Vous pleurez seul, Vous priez seul ; et portant sur Vous les péchés de tout le monde entier, Vous Vous affligez, Vous Vous humiliez pour nous ; Vous Vous souvenez de ceux qui Vous oublient, Vous aimez ceux qui Vous méprisent, Vous faites pénitence pour ceux qui Vous offensent, et Vous y préparez les déserts à devenir le séjour de tant de Saints solitaires. Ô Vie cachée et retirée du commerce du monde, que Tu es aimable ! Mais que Tu parais triste et affreuse aux mondains. Que j'aurais été heureux, si d'abord après mon Baptême, je m'étais retiré dans quelque solitude, avec le trésor de l'innocence que je portais. Il est temps d'aller réparer, dans la séparation du monde, la perte que j'ai faite ; et de guérir ces plaies profondes que le péché a faites à mon âme. Il est temps de suivre les mouvements du Saint-Esprit qui me pousse, pour vivre avec Vous dans la retraite, pour y pleurer avec Vous, pour y faire pénitence avec Vous, et pour y relever les ruines de son Temple, que le péché a détruit en moi. Vous voyez, ô Jésus mon Sauveur, que je suis exposé à des tentations continuelles. Nul état, nul âge, nulle condition, n'en sont exempts. Le diable, le monde et la chair, me font une guerre continuelle. Mes passions me fatiguent, la pénitence me donne souvent du dégoût ; toujours combattant, et toujours incertain de la victoire, un ennemi succède à l'autre pour m'attaquer. Si je surmonte le premier, je me trouve vaincu par un autre, en me glorifiant de la victoire. La volupté se présente à tous mes sens pour me séduire ; mon orgueil ambitieux m'élève jusques sur le pinacle du Temple, et me porte à paraître et à m'élever pour me précipiter. Le monde m'étale toutes ses richesses et toute sa gloire ; peu s'en faut que je ne les aime. Le démon se sert même de la Parole de mon Dieu, pour corrompre la pureté de ma foi et de mes mœurs, par ses fausses interprétations. Je me vois presque toujours au bord du précipice. Que deviendrai-je, ô mon adorable Maître, si Vous ne m'enseignez l'art de surmonter tant de tentations différentes, et si Vous ne triomphez Vous-même en moi ? Soutenez-moi, Seigneur Jésus, revêtez moi des armes de justice ; donnez-moi un grand amour pour la prière, pour la pénitence, et pour Votre divine Parole. Que je mette toute ma confiance et toute ma consolation en Vous, ô Jésus, qui avez bien voulu être tenté par le démon pour l'amour de moi. Que l'esprit de pénitence et de mortification tienne mon corps et tous mes sens assujettis à la loi de l'esprit. Que l'humilité me tienne sans cesse dans l'abaissement. Que l'esprit de pauvreté dégage mon cœur de tout désir des richesses de la terre. Que l'espérance des biens à venir me fasse mépriser ceux qui passent avec le temps. Que votre Amour me tienne si parfaitement uni à Vous, que rien ne soit capable de m'en séparer. Il est juste, mon adorable Maître, qu'après Vous avoir considéré dans ce désert, où Vous avez été si humilié, je monte sur le Thabor pour y contempler votre Gloire. Quelle différence entre les états où Vous paraissez dans ces deux solitudes ! Dans la première, je vois votre Corps innocent humilié par l'austérité d'un jeûne de quarante jours ; et sur le Thabor, je vois ce même Corps tout éclatant de Lumière et de Gloire. Dans ce premier désert, Vous n'avez d'autres compagnies que celles des bêtes ; et sur le Thabor, Vous y êtes avec deux des plus grands hommes qui aient été dans l'ancienne alliance, et avec trois des principaux de vos Apôtres. Là, le démon Vous transporte sur une montagne, pour Vous tenter par la gloire du monde qu'il Vous présente ; et ici, Vous nous découvrez la gloire du Royaume du Ciel, pour nous attirer à Vous par l’espérance de Le posséder un jour, après que nous aurons vaincu nos ennemis. Là, Vous Vous entretenez avec le démon, et ici, avec Moïse et Elie. Là, ô mon divin Jésus, Vous cachez au démon votre Divinité ; et ici le Père Eternel crie à tous les hommes, que Vous êtes son Fils bien-aimé, dans Lequel Il a mis toute son Affection. Là, Vous ne semblez être qu'un homme qui fait pénitence ; et sur le Thabor, Vous paraissez être tout Dieu, ou un Homme Dieu, revêtu de gloire et d'immortalité. Que Vous êtes aimable, ô mon divin Sauveur, dans tous ces différends états ! Vous avez voulu éprouver la tentation, pour me consoler lorsque j'y serais exposé, et pour animer mes espérances. Vous me découvrez la Gloire que Vous promettez à ceux qui Vous auront suivi dans Vos humiliations. Votre Jeûne rigoureux m'apprend à mortifier mon corps ; et votre Visage, plus brillant que le Soleil, me fait espérer que je Vous serai conforme dans la Gloire, si je l'ai été dans les souffrances. Faites-moi cette grande Miséricorde, mon Seigneur et mon Dieu, que je Vous suive partout ; que je Vous aime du même Amour dont votre Père Vous aime ; que ce soit en Vous seul que je mette toute mon affection ; que je ne trouve de paix, de repos, de consolation, que d'être avec Vous, de méditer la Loi, les Prophètes et votre Evangile. Soyez, ô mon divin Jésus, la fin et le centre de tous mes désirs, comme Vous avez été l'objet des vœux de tous les Saints de l'ancien Testament ; que ma joie soit de Vous écouter, et de Vous suivre dans le temps et dans l'éternité ».

Ainsi soit-il.


Abbé Pierre Caussel (1651-1728) - « De la connaissance de Jésus-Christ, considéré dans ses Mystères et dans ce qu’Il est par rapport à Dieu son Père, par rapport aux créatures en général, aux hommes en particulier, et aux Bienheureux dans le Ciel, avec les élévations sur chaque Mystère de Jésus-Christ, et sur chacune de Ses qualités », p. 71-74, chez Delalain, ainé, 1780


Voir également de Monsieur l’Abbé Pierre Caussel :
- La Prière de M. l’Abbé Pierre Caussel sur la Vie cachée de Jésus-Christ « Faites-moi aimer, ô mon Dieu, la vie cachée et inconnue »
- La Prière dans le désert et sur le Thabor de M. l’Abbé Pierre Caussel « Soyez, ô mon divin Jésus, la fin et le centre de tous mes désirs »