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La Prière du R. P. Saladin « Ô Dieu de Bonté, qui avez promis de ne pas refuser l'appel d'un cœur contrit et humilié » :

« Ah ! Miséricorde ineffable, voilà comment et par combien de lâchetés j'ai ingratement abusé de tant de moyens que Vous m'avez fourni pour aller à grand pas à ma fin dernière. Je devrais ici rougir, que dis-je ; ô mon Dieu : je devrais mourir de honte et de regret, me voyant coupable de tant de crimes devant Vos yeux, qui percent dans l'abîme de mon cœur, qui lisent dans le fond de ma conscience, qui jugent et condamnent jusqu’à la moindre circonstance qui manque à mes actions. Bonté incompréhensible ! Comment m'avez-Vous souffert jusqu’ici dans mes offenses ? Je suis, oui, ò mon Dieu, je le confesse, je suis ce malheureux prodigue, qui a dissipé tous ses biens avec les infâmes ; je suis ce pauvre navré de la vallée de Jéricho ; je suis cet impie Antiochus, qui a violé Votre saint Temple ; je suis ce misérable Publicain qui a commis mille injustices et mille adultères ; je suis ce Saul persécuteur et blasphémateur de Votre saint Nom ; ce Saul désobéissant à Vos ordonnances ; en un mot je suis cet Esaü reprouvé, qui a vendu sa primogéniture et sa part d'héritage, pour une écuelle de lentilles ; et je vois déjà cette sévère main de votre Justice élevée sur ma tête criminelle, pour verser après tant de Bénédictions méprisées, les malédictions épouvantables que j’ai justement méritées par mes innombrables péchés ; je vois déjà l'Enfer ouvert pour y être englouti, et les Démons tous prêts de m'y précipiter, si je n'appelle de Votre équitable Justice aux douceurs de Votre infinie Miséricorde, et si je n'efface par une exacte et prompte pénitence toutes les infamies, et toutes les offenses que j'ai commises. Donc, ô Dieu de Bonté, qui avez promis de ne pas refuser l'appel d'un cœur contrit et humilié du Tribunal de votre Justice, à celui de votre Miséricorde ; parmi la rigueur des châtiments desquels Vous punissez les pécheurs, je ne dois, ni ne veux étouffer l’Esperance que me donnent Vos promesses faites aux pécheurs convertis. Mais parce que je ne puis enfanter les desseins, former les désirs, où concevoir les pensées d'une vraie pénitence sans votre Grâce, et que je ne La puis espérer que de votre Miséricorde ; Miséricorde qui reçoit enfin la Cananéenne, qui absout la Magdeleine, qui accorde le pardon à Pierre, qui le présente à Judas, qui canonise un voleur repenti, qui m'appelle, m'attire, et me soutient encore à présent tout coupable que je suis ; voilà pourquoi je conjure cette Miséricorde (que mes péchés ne peuvent épuiser par leur nombre, ni excéder par leur malice) je La conjure dis-je par elle-même, de s'opposer encore à votre Justice, et de donner du souvenir à ma mémoire, du repentir à ma volonté, de la contrition à mon cœur, et des larmes à mes yeux, autant que j'en ai besoin, pour effacer les péchés qui me tiennent ici Votre criminel ; afin, ô mon Dieu, que satisfaisant pleinement à votre Justice, je puisse chanter les Louanges de votre Miséricorde, et dans le temps, et dans l'éternité ».

Ainsi soit-il.


Barnabé Saladin († après 1702) – « Le bon Hermite ou le Religieux solitaire dans ses Exercices Spirituels », p. 137-139, Chez François Fiévet (1681)


Voir également du Révérend Père Barnabé Saladin :
La Prière du R. P. Barnabé Saladin sur la Bonté de Dieu « Si Vous m'abandonnez, ô mon Dieu, je suis éternellement perdu »
La Prière du Fr. Barnabé Saladin « Ô mon Dieu, je me résous de faire une sérieuse pénitence de tous mes péchés »
La Prière du R. P. Saladin « Ô Dieu de Bonté, qui avez promis de ne pas refuser l'appel d'un cœur contrit et humilié »