La Prière du Frère Benoît de Canfield « Ô Seigneur, jamais Vous ne délaissez celui qui Vous recherche » :

« Après avoir consommé beaucoup de temps en choses frivoles, il arriva que, voyant un petit livre de la vue duquel je fus épris, je fus incontinent attiré d'en lire quelque chose, mais non avec la résolution d'en suivre les enseignements. Mais en lisant, conscience commença à me remordre. Mais Seigneur, ne répondant point suffisamment à Vos saintes Inspirations, Vous ne cessâtes de frapper plus fort à la porte de mon cœur ; de sorte que je commençais à sentir ma conscience extrêmement accablée. A cause de cela je devins triste et mélancolique ; alors je sentis mon cœur tout outré d'extrême douleur et pressé d'angoisse. Comme sachant qu'avec ces plaisirs-là, d'un côté je vivais mal et de l'autre je ne les pouvais aucunement laisser, poursuivant la lecture, je cherchais des échappatoires pour passer plus légèrement par-dessus. Ayant lu le chapitre qui traitait du compte que l'on doit rendre devant Dieu, je fus contraint, bon gré, mal gré, de penser au compte étroit que moi-même devais rendre. Cela me toucha de si près et émut tellement ma conscience, que ne pouvant plus dissimuler la chose comme grand pécheur que j'étais, je fus forcé de confesser que j'étais celui-là même contre lequel ces horribles peines et ces tourments d'enfer étaient si terriblement fulminés. Dès lors je commençai à découvrir le brouillard épais et l'aveuglement ténébreux dans lequel j'avais vécu; dès lors, je vis le misérable état que j'avais si longtemps continué, et dès lors je tâchai d'amender ma vie. Mais hélas, combien d'obstacles se sont opposés ! Combien cauteleux se montra ce subtil et rusé serpent ! Qu'est-ce qu'il ne m'objecta point ! Quelles embûches ne me dressa-t-il point ! J'étais investi de ces mortelles attaques avec lesquelles mon ennemi combattait rudement mon âme angoissée ; et moi, estimant toujours que c'étaient plutôt des arguments de la raison que des suggestions de l'ennemi, j'étais fortement tenté par les plaisirs passagers ; les vanités du monde me tenaient en une misérable servitude, d'autant que ce mien nouveau désir de servir Dieu n'était pas encore assez fort pour vaincre son contraire. Les bonnes Inspirations m'appelaient, mais le monde, la chair, le diable me retenaient tellement que deux volontés, l'une nouvelle, l'autre vieille, l'une spirituelle, l'autre charnelle s'entrebattaient et divisaient ainsi mon âme, de sorte que, par expérience, je trouvais comment la chair convoitait contre l'esprit, et l'esprit contre la chair. Je demeurai deux ou trois jours plongé dans ce furieux combat, en désirant amender ma vie, mais je n'en voulais point quitter les occasions. En cette discorde, je me lamentais beaucoup et, avec force larmes, je déplorais souvent mon malheureux état. Durant tout ce combat, je peux dire que le subtil ennemi a été présent, mais Vous, Seigneur, m'avez retenu, de peur que je ne lui donnasse consentement ; le diable hideux s'est plusieurs fois présenté à moi pour me tenter et me séduire, mais Vous m'avez donné la vertu et la force pour le mépriser. Ce même tentateur est venu à moi fort puissant et bien armé, et votre Bonté a réfréné sa furie. Ce diable dis-je, m'est apparu transformé en ange de lumière : et afin qu'il ne me déçut pas, Vous l'avez aigrement repris et même Vous m'avez illuminé pour le bien connaître. Durant cette agitation, je me retirai, en quelque lieu solitaire, afin que là j'eusse plus de commodité à déplorer ma misérable condition ; Vous, ô Seigneur, savez avec combien de pleurs et de regrets je soupirais, et combien je poussais de sanglots, accompagnés d'une grande abondance de larmes amères. Après m'être retiré sous un arbre proche d'une haie, je délibérai de ne vouloir m'abstenir de mon deuil et de ne faire cesser mes larmes jusqu'à ce que je reçusse quelque grâce expérimentale (me prouvant) que, par votre Bonté et votre Miséricorde, Vous aviez entendu mes prières. Après avoir été agité par une telle tempête et mis dans une profonde désolation, au milieu d'une si grande obscurité, Vous fîtes reluire sur moi un Rayon de votre Bonté, dont la Lumière me découvrit la multitude des ruses de mon ennemi et dénoua le nœud de toutes ses subtilités. De sorte que ces troubles ayant cessé, je demeurai en grand repos et tranquillité d'esprit. Alors la consolation du Saint-Esprit me prévint de telle manière, et continua de verser sur mon cœur une telle abondance de paix et de joie, qu'en étant tout rempli, j'avais oublié le monde entier. Comme si cela n'eut été suffisant, Vous me fîtes une autre Grâce très singulière, en me révélant, d'une manière inexplicable, la claire et assurée connaissance de Votre seule, unique et très sainte Religion ; et ce, avec une si grande assurance, que non seulement j'y fus confirmé, mais il me semblait que tous ceux auxquels j'en parlerais n'en pourraient aucunement douter. Ô Seigneur, je le vois maintenant et connais clairement : jamais Vous ne délaissez celui qui Vous recherche, car Vous êtes proche de tous ceux qui Vous invoquent en vérité, et pour la multitude de tant de bienfaits, je confesse qu'il était impossible que j'en fusse suffisamment reconnaissant. En brûlant d'une ardeur de charité que Vous aviez empreinte dans mon cœur, je poussai dehors ces paroles : « Biens, terre, vie et toutes choses ne sont rien ». Toutes les considérations précédentes m'émurent puissamment à quitter le monde, mais je ne m'y pouvais totalement résoudre. Après avoir été occupé de la considération du cours de ma vie future, et ce non sans grande anxiété et perplexité d'esprit, après avoir eu recours à votre Bonté par de continuelles prières, et finalement après avoir résolu de faire célébrer trois Messes en l'honneur de la Très Sainte Trinité, avec l'intention de Vous supplier que votre Grâce me daignât fortifier au point de me faire abandonner le monde, Vous, Seigneur, m'appelâtes si clairement à la perfection de la vie religieuse que nul doute n'en demeura en mon esprit ».

Ainsi soit-il.


Fr. Benoît de Canfield (1562-1610)

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Voir également du Frère Benoît de Canfield :
La Prière de Benoît de Canfeld « Ô Seigneur, ne Vous souvenez pas des fautes de ma jeunesse »
La Prière de Fr. Benoît de Canfield « Seul dans ma chambre et élevant mon esprit vers Vous, Seigneur, je me sentis attiré par Vous »
La Prière de Frère Benoît de Canfield sur les Conversions « Seigneur, Vous êtes mon Dieu qui m'avez tiré des ténèbres »
La Prière du Frère Benoît de Canfield dans le combat spirituel « Ô Seigneur, jamais Vous ne délaissez celui qui Vous recherche »