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La Prière du soir de Charles Grolleau « Voici l'heure, ô mon Dieu, de rentrer à la grange la récolte invisible que Vous connaissez » :

« Voici l'heure, ô mon Dieu ! De rentrer à la grange
La récolte invisible et que Vous connaissez.
Sera-t-elle pour Vous ou pour le Mauvais Ange ?
Le soir tombe, mes bras et mon cœur sont lassés.

Je viens Vous demander l'eau sainte de la Grâce
Pour me purifier de la fièvre du jour.
Les bruits se sont éteints de la foule qui passe,
Parlez ! Ô Voix sereine et forte de l'Amour !

Dites-moi que mes mains, mes pauvres mains avides,
Ont glané pour le Ciel quelques frêles épis,
Hélas ! Le temps s'envole et mes greniers sont vides ;
Ô Maître, accordez-moi quelques jours de répit.

Tant de soirs tout pareils auront vu cette honte
De dormir lâchement sans rien Vous apporter !
Restez encore un peu, Seigneur, car la nuit monte,
La lamentable nuit qui viendra m'arrêter.

La route de ma vie est déjà toute sombre.
Quand il faudra partir, qu'aurai-je été, Seigneur ?
Un peu de bruit, un peu de poussière, un peu d'ombre,
Une paille sans grain dans les doigts du Glaneur.

Je Vous ai rencontré, mais sans Vous reconnaître,
Ainsi que Vos amis au chemin d'Emmaüs.
Sous la touche divine au moment de renaître,
Mon âme, aveugle hélas ! Vous ignorait, Jésus !

Car elle avait flétri sa fragile couronne,
Les feuilles et les fleurs de son morbide été,
Et de ces fruits amers que me laissait l'automne,
L'Ange de la Douleur avait tout emporté.

Mais Vous n'éteignez pas la mèche encore fumante,
Ô Bon Samaritain qui voulez me guérir !
Et je sens s'apaiser, sous Votre main clémente,
Ce pauvre cœur tremblant qui ne sait pas mourir.

Qu'il me mène joyeux à l'âpre pénitence !
Et Vous mettrez enfin, ô Dieu terrible et bon !
Pour prix des saints travaux qui lavent de l'offense,
Sur mon front rajeuni le baiser du pardon.

Ainsi soit-il. »

Charles Grolleau (1867-1940) – « L'encens et la myrrhe »