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La Prière de Charles II le Boiteux « Ô Marie Madeleine, très douce amie intime de Jésus-Christ » :

« Ô Sainte Marie Madeleine, ô très douce amie intime de Jésus-Christ, ô apôtre qui as mérité de voir la première des mortels le Christ ressuscitant, ô modèle de pénitence qui as lavé de larmes abondantes Ses pieds et Les as essuyés de tes cheveux, ô très douce Dame, ô mon seul espoir, ô très sainte patronne, quelles louanges t’offrirai-je ? Ainsi soit-il. »

Charles II d'Anjou (1254-1309)

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Élévation de Marie Madeleine par les anges : panneau peint à l'huile sur bois, fin du XV, musée Suermondt-Ludwig, Aix-la-Chapelle (Allemagne). Curieuse Marie Madeleine, avec le corps couvert d'un épais duvet, ainsi qu'une bête sauvage, et néanmoins affranchie des lois de la pesanteur pour aller entendre le chœur des anges ! Entre sainteté et animalité, entre laideur et beauté, et non sans humour, voici une représentation inattendue de la Magdaléenne.


Marie de Magdala de Galilée
Citée à treize reprises dans les Évangiles, Marie Madeleine occupe une place de choix auprès du Christ, à qui elle restera fidèle jusque dans l’épreuve de la Passion. Qui était cette femme mystérieuse qui ne cesse de fasciner jusqu’à aujourd’hui et que le pape François a mise en avant dans le calendrier liturgique ? Marie de Magdala tire son nom de son village, Magdala de Galilée, sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade. Elle est explicitement identifiée dans les Évangiles à la femme délivrée des sept démons par le Christ (Lc 8, 2-3). Était-elle sévèrement malade, « possédée » par celui que la Bible désigne sous le nom de Satan, ou championne toutes catégories des sept péchés capitaux ?
La Tradition n’a jamais tranché. Toujours est-il que cette femme rongée par un mal mystérieux, au passé trouble, a retenu l’attention des Pères de l’Église. C’est le même personnage qui a inspiré tout un légendaire chrétien, enflammé l’imagination des plus grands artistes ; et alimenté dans le même temps délires gnostiques et clichés de tous poils (l’ancienne putain devenue la maîtresse du Christ !). Nos ancêtres aimaient la représenter en courtisane de luxe ou en riche Palestinienne parée de tous les dons.
On l’associe aussi traditionnellement à deux autres figures de l’Évangile : la femme pécheresse s’invitant au repas chez Simon (Lc 7, 36-50), inondant les pieds de Jésus de ses larmes et d’un nectar précieux ; et Marie de Béthanie, sœur de Marthe et Lazare (Jn 11, 1-5). Dans les trois cas, des femmes qui portent l’empreinte de la mort et des ténèbres. Et qui, dans la rencontre avec le Christ, ont senti le souffle de la grâce, et le parfum de la Résurrection, les transformant à tout jamais.
Pécheresse repentie, ou (et) témoin privilégié de la Résurrection, Marie Madeleine progresse dans la foi avec sensibilité et intelligence, pour reconnaître en Jésus humilié le vrai Messie de Miséricorde venu sauver l’humanité du péché. L’Époux mystique enfin, seul capable de combler les soifs du cœur. Petit tour d’horizon de ses principaux attributs symboliques.

Les Cheveux de Marie Madeleine :
Ah, la magnifique chevelure de Marie Madeleine lui descendant jusqu’aux talons ! Ce détail capillaire est de taille. Ajouté à l’imagerie sulfureuse autour de la femme fatale, il a toujours été compris comme la marque d’une sensualité torride. Et plus profondément d’un éternel féminin, entre Ève des origines et déesse immortelle (les cheveux étant ce qui résiste le mieux à la corrosion du temps une fois le corps en terre).
En essuyant de ses cheveux les pieds de Celui qu’elle reconnaît comme l’Amour absolu, Marie Madeleine vient donc s’offrir avec tout son passé d’amante (scandaleuse) et s’en trouve libérée. Libérée, certes, des préjugés sociaux de son époque, libérée des séductions et des vanités du monde. Mais plus encore délivrée de sa propre coquetterie dévorante. N’aura-t-il pas suffi que le Sauveur pose sur elle son regard chaste et tendre pour que s’évanouisse en elle cet étourdissant désir de plaire ? Pour que cette élection suprême dissipe les poisons de l’orgueil, de l’égoïsme et de la jalousie ?

Le Parfum de Marie Madeleine :
Plusieurs variantes de « l’onction de Béthanie » mettent en scène une femme ayant répandu sur la tête et les pieds du Christ un parfum de grande valeur : encens, nard ou myrrhe (Mc 14, 3-9 ; Jn 12, 1-11 ; Mt 26, 6-13). Geste prophétique annonçant la mort, l’ensevelissement et le retour en gloire du Christ. « Mieux que les discours, les parfums explorent ce passage entre le matériel et le spirituel, et, par un luxe inouï de sensations subtiles, nous conduisent dans un monde immatériel, sans que pour autant le corps soit nié ou refoulé » commente Jean-Paul Deremble, historien d’art médiéval.
À partir de la Renaissance, les femmes illustres, telle Marguerite d’Autriche, se feront représenter en Madeleine myrrophore, tenant le pot de parfum contenant le secret de leur vie et destiné à répandre sur le monde « la bonne odeur du Christ ». À la suite de Georgette Blaquière (La Grâce d’être femme, Saint Paul Éditions, 1981), Séverine-Arnel Hibon estime « que nous n’avons pas encore mesuré l’ampleur et la solennité de cette onction » (Madame fait de la résistance, le Cerf, 2017). Le bienheureux Charles de Foucauld voyait quant à lui dans cette précipitation à « tout donner, grandement, généreusement, amoureusement », l’urgence de rompre avec une vie de plaisirs sans joie.

Les Larmes de Marie Madeleine :
Au même titre que le parfum précieux versé sur les pieds de Jésus, les larmes torrentielles de Marie Madeleine ont fait couler beaucoup d’encre. Elles sont mentionnées à plusieurs reprises : lors du repas chez Simon (Lc 7, 36-50), à la mort de Lazare (Jn 11, 32-35), et au matin de Pâques, auprès du tombeau vide (Jn 20, 11-18). S’il est un personnage gratifié du don des larmes, si cher à la spiritualité médiévale, c’est bien Marie Madeleine.
Larmes de tristesse, de repentir et de libération – à chaque fois suscitées par l’indicible présence du Christ… Certaines personnes n’arrivent plus à pleurer (notamment en prison), en raison d’une solitude trop forte, ou pire, d’une anesthésie de l’âme, rapportait Sœur Anne Lécu dans un essai remarqué (Des larmes, Cerf, 2013). Car on ne pleure pas lorsqu’on est désespérément seul et dans l’impossibilité de s’abandonner en face d’un ami (même sur le mode de l’absence). Les larmes nous déchirent et nous soulagent. Elles sont autant le miroir de la fragilité humaine que celui d’une transcendance affleurant à la surface des choses. Bienheureuse Marie Madeleine qui a beaucoup pleuré ! Et à qui fut donnée la plus grande joie.

Le Cœur et la Croix de Marie Madeleine :
Si la sensible, généreuse et intuitive Marie Madeleine est vénérée par les artistes pour avoir perçu et magnifié la beauté du Christ, elle l’est aussi des plus grands mystiques. Spirituellement, elle naît au pied de la Croix. C’est au Golgotha qu’elle reçoit les révélations ultimes de l’Amour infini du Sauveur. On peut donc en faire un point névralgique de cet immense courant de dévotion au Sacré-Cœur. « Apprendre à aimer Jésus, qui me pressait si fort de Lui rendre amour pour amour », aurait pu dire Marie Madeleine, dix-sept siècles avant sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690). Ou encore ceci : « Cœur Sacré de Jésus, je cours et je viens à vous parce que vous êtes mon unique refuge, ma seule mais certaine espérance » (sainte Madeleine-Sophie Barat, 1779-1865). N’est-elle pas aussi une figure de l’Église, l’épouse du Christ, née du cœur transpercé d’où ont jailli l’eau et le sang ? (FC du 25/01/2017 N°2037 par Diane Gautret)

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