Vierge-Marie-avec-Jesus.jpg

La Prière de Charles Nodier « Ô Vierge ingénue, pleine de Grâce et de Beauté » :

« Ainsi la myrrhe parfumée,
Qu'exhale un brasier dévorant,
S'élève à demi consumée,
Et vole en nuage odorant.
Des flots d'encens et de cinname
Roulent dans sa mobile flamme,
L'or, l'émeraude et le saphir ;
Et le feu pur qui la colore
Fait pâlir celui dont l'aurore
Emaille les cristaux d'Ophir.

Ainsi, cette Vierge ingénue
Pleine de Grâce et de Beauté,
S'élance et plonge dans la nue
Son Front rayonnant de clarté ;
Le chœur mystérieux des Anges
Mêle le bruit de Ses louanges
Aux concerts des mondes ravis ;
La terre frémit devant Elle,
Et sous les pas de l'immortelle,
Les deux abaissent leurs parvis.

Tu parais à la nef timide
Qui tente un rivage ignoré,
L'aspect du phare qui la guide
Promet un port moins assuré ;
Le palmier, vaste et solitaire,
Verse une ombre moins salutaire
Sur les sables de Gelboé ;
Moins d'éclat anime la rose,
Et moins suave elle repose
Près des sources de Siloé.

C'est à Toi que, la voix des sages,
Promit ces destins éclatants,
Que leur regard vainqueur des âges
Lisait dans les fastes du temps.
Tel le plongeur, penché sur Tonde,
D'une vague errante et profonde
Interroge le soin des mers.
Et, sous la vague blanchissante,
Marque la perle éblouissante,
Secret Trésor des flots amers

Le Seigneur des astres qui T’aime
T'a soumis le chœur gracieux
Tu brilles, dans Son diadème,
A l'égal du flambeau des Cieux.
Heureux qui vit sous Tes auspices
Que de fois Tes rayons propices
Ont Rassuré les mariniers
Que de fois Ta splendeur nocturne
A charmé l'ennui taciturne
Qui veille au lit des prisonniers

Hélas ! Ces héros éphémères,
Qu'élèvent de sanglants pavois,
Sont inexorables aux mères ;
Ils ne comprendraient pas Ta voix
Mais Dieu, dans son Amour immense,
Permet que Ton pouvoir commence
Où finit celui des humains ;
D'un seul regard Tu le désarmes,
Et l'on dit qu'une de Tes larmes
Éteint la foudre dans Ses mains.

Si jusqu'au Ciel, où tout s'expie,
Parviennent, mes tristes accents,
Tu sais sous quelle chaîne impie
Languissent mes jours innocents.
Tu peux, de l'ombre où je T'adore,
M'envoyer comme un météore,
Sur les ailes du Séraphin,
Aux lieux où ma sœur éplorée.
Devant ton Image sacrée,
Entretient la lampe sans fin ».

Ainsi soit-il.


Charles Nodier (1780-1844)

Charles-Nodier.jpg