La Prière « Être à vous pour l'éternité » de Dom Paul Delatte :

« Ô Tendresse, ô Beauté, ô Pureté, qui êtes Dieu, qui êtes mon Dieu, je sais bien que la vie surnaturelle c'est d'être à Vous; mais c'est d'être parfaitement à Vous que j'ai soif. Si vous le vouliez, mon Dieu, cette trame légère de la vie présente se déchirerait comme un mince tissu, d'un mouvement de vos doigts, dans un acte de charité envers vous. La vie inférieure s'écroulerait d'elle-même, et je serais avec Vous qui êtes la Vie, pour l'éternité. Amen. »

Dom Paul Delatte (1848-1937)


Extraits de la correspondance de Dom Paul Delatte :

« Ne faiblissez pas. La loi de votre vie est de vous tenir jointe à Dieu. Cela s’entend de l’attention et du regard, cela s’entend du vouloir, cela s’entend de l’agir surtout. Je m’explique. Maintenir avec Celui qui vit en nous le contact assidu, recueillir toute notre âme en ses mains, n’agir que portée, menée, déterminée, par Lui, sous son influence, sous son action profonde. S’il est des choses que Dieu nous a donné de comprendre et de saisir définitivement, il est donc constant que nous sommes le Seigneur, qu’il se survit en nous, que notre loi morale est moins d’agir que le laisser agir en nous. Cela, c’est obéissance, c’est adoration, c’est charité ; c’est tout à la fois, dans une seule et même disposition, l’accomplissement de toute perfection. »

« Je crois que la vie de Soeur Elisabeth de la Trinité est extraordinairement fidèle et forte, et souple à Dieu. Je crois aussi que tout ce qui s’est accompli en elle n’est que l’épanouissement achevé de la vie surnaturelle que le baptême a créée en nous. Au fond, je ne parviens jamais à regarder comme extraordinaires, mais seulement comme trop rares, les cas de développement complet des richesses surnaturelles de l’âme baptisée. Ce qui est extraordinaire, c’est la bonté de Dieu, c’est l’Incarnation, c’est la Rédemption, c’est l’Eucharistie, c’est l’Eglise : les manifestations de doctrine et de vertu au sein des âmes découlent naturellement, normalement de là. Et, alors que nous rencontrons l’achèvement surnaturel dans les âmes, nous devons nous garder de copier quoique ce soit. Il ne faut pas se grimer : non. Il ne faut qu’appartenir à notre grâce et laisser le Seigneur grandir en nous. »

« Eliminer toute personnalité humaine est un procédé négatif. Convenons de ceci, dans l’intérêt de votre éducation. Vous n’agirez jamais seule. Vous ne ferez rien seule. Vous communiez chaque matin à la vie du Seigneur. L’élimination du moi se fera, et ne se fera que par l’insertion de Lui. Pourquoi tout ce que vous êtes ne serait-il pas aussi souple dans sa docilité et dans sa tendresse, que l’instrument aux mains de l’ouvrier. Lorsque l’âme s’y exerce résolument, c’est le Seigneur qui devient graduellement notre moi : Je et moi changeant de signification : c’est Lui qui pense, qui veut, qui prie, qui aime, qui agit en toute chose. »

« Il faut, pour que la vie du Seigneur se greffe en nous, que notre vie naturelle soit un peu déchirée : les choses ne se passent pas autrement chez les arbres et chez nous. »

« Le seul examen de conscience que vous ayez à faire est celui-ci : Ai-je vécu devant Dieu ? Ai-je été attentive à Lui ? Est-ce que mon coeur et ma vie ont toujours reposé sur Lui ? »


Dom Paul Delatte (1848-1937)