La Prière de l'Abbé Félicité de Lamennais « Seigneur, nous crions vers Vous du fond de notre misère » :

« Seigneur, nous crions vers Vous du fond de notre misère. Comme les animaux qui manquent de pâture pour donner à leurs petits, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme la brebis à qui on enlève son agneau, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme la colombe que saisit le vautour, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme la gazelle sous la griffe du tigre, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme le taureau épuisé de fatigue et ensanglanté par l’aiguillon, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme l’oiseau blessé que le chien poursuit, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme l’hirondelle tombée de lassitude en traversant les mers, et se débattant sur la vague, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme des voyageurs égarés dans un désert brûlant et sans eau, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme des naufragés sur une côte stérile, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme celui qui, à l’heure où la nuit se fait, rencontre près du cimetière un spectre hideux, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme le père à qui on ravit le morceau de pain qu’il portait à ses enfants affamés, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme le prisonnier que le puissant injuste a jeté dans un cachot humide et ténébreux, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme l’esclave déchiré par le fouet du maître, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme l’innocent qu’on mène au supplice, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme le peuple d’Israël dans la terre de servitude, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme les descendants de Jacob, dont le roi d’Égypte faisait noyer dans le Nil les fils premiers-nés, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme les douze tribus dont les oppresseurs augmentaient tous les jours les travaux, en retranchant chaque jour quelque chose de leur nourriture, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme toutes les nations de la terre, avant qu’eût lui l’aurore de la délivrance, nous crions vers Vous, Seigneur. Comme le Christ sur la Croix, lorsqu’Il dit : Mon Père, mon Père, pourquoi m’avez-vous délaissé ? Nous crions vers Vous, Seigneur. Ô Père ! Vous n’avez point délaissé votre Fils, votre Christ, si ce n’est en apparence et pour un moment ; Vous ne délaisserez point non plus à jamais les frères du Christ. Son divin Sang, qui les a rachetés de l’esclavage du Prince de ce monde, les rachètera aussi de l’esclavage des ministres du Prince de ce monde. Voyez leurs pieds et leurs mains percés, leur côté ouvert, leur tête couverte de plaies sanglantes. Sous la terre que Vous leur aviez donnée pour héritage, on leur a creusé un vaste sépulcre, et on les y a jetés pêle-mêle, et on en a scellé la pierre d’un sceau sur lequel on a, par moquerie, gravé Votre saint Nom. Et ainsi, Seigneur, ils sont là gisants ; mais ils n’y seront pas éternellement. Encore trois jours, et le sceau sacrilège sera brisé, et la pierre sera brisée, et ceux qui dorment se réveilleront, et le règne du Christ, qui est justice et charité, et paix et joie dans l’Esprit Saint, commencera. Ainsi soit-il. »

Abbé Félicité Robert de La Mennais (1782-1854) - Paroles d’un Croyant, XXIII

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Voir également de Félicité de La Mennais :
La Prière du Prophète-Roi « Enseignez-moi, Seigneur, à faire votre Volonté parce que Vous êtes mon Dieu » selon l’Abbé Félicité Robert de La Mennais
La Prière de l'Abbé Félicité de Lamennais « Ô Père Protecteur, donnez-moi conseil et force pour combattre le méchant »
La Prière de Monsieur l'Abbé de Lamennais « Seigneur, nous crions vers Vous du fond de notre misère »
La Prière de l'Abbé Félicité de Lamennais « Que celui qui a des yeux les ouvre et regarde car les temps approchent »