La Prière de Frédéric Gottlieb Klopstock « Moi ! Chanter avec la Mère du Très-Haut des hymnes au Rédempteur ! » :

Marie-Madeleine : « Moi ! Chanter, avec la Mère du Très-Haut, des hymnes au Rédempteur, moi, qui n'ai point été purifiée par la Flamme de Dieu ! Moi, bégayer des Louanges au Fils éternel ! Chante, Mère de Jésus, et je Te suivrai de loin, car je L'aime. Dans l'étable modeste, Tu as entendu le chant triomphal des anges de Dieu, Tu as ouï, sur la harpe d'Eve, les chants de jubilation du trône, et Tu es la Mère du Seigneur, mais je L'aime aussi. Commence donc, ô Mère du Crucifié. Et Marie a saisi le psaltérion ; Elle a élevé Son regard vers les Cieux, et de la corde qui frémit doucement ruissellent des flots d'harmonie. »

Marie : « Lorsque les anges du trône chantaient autour de l'étable de Bethléem, Il pleurait, et l'alléluia des Esprits devint plus solennel quand il virent couler les larmes du divin Enfant. »

Marie-Madeleine : « Moi, pécheresse, je tombai à Ses pieds, dans un humble repentir ; Il prit pitié de moi, Celui qui, à Bethléem, versa des larmes de clémence, et reçut avec Grâce le chœur des immortels. »

Marie : « A Gethsémané coulèrent, non plus les larmes, mais la Sueur et le Sang du Rédempteur divin, appelant sur les mortels la Miséricorde céleste. »

Marie-Madeleine : « Quand Il vit Jérusalem, Il pleura sur sa misère. Il voulait rassembler Son peuple infortuné comme la poule rassemble sa couvée sous ses ailes maternelles, mais ils ne voulurent pas venir ; ils ne voulurent pas de son Amour, puis, à Golgotha, ils crièrent : « Que son sang tombe sur nous et sur nos enfants ». Pour eux aussi, coula ce divin Sang, au sublime autel de Golgotha. Alors le Jugement terrible ne prit-il pas la fuite, en détournant de Lui sa face épouvantée ? L'abîme alors ne fit-il pas entendre un cri d'alarmes, tremblant d'effroi sous le pied du vainqueur ? Alors s'accomplit le serment qu’Il avait fait à l'Eternel : « Je rachèterai les hommes ». Dieu ne t'a-t-Il pas couronné de grandeur et de gloire, depuis que, sur sa Croix, sa Tête auguste s'inclina sous la nuit de la mort ? Ah ! Mon œil animé contemple Sa gloire, mais souvent aussi il se détourne vers le sanglant Autel, et pleure Celui dont la tête s'inclina, dans les ombres du trépas, ceinte de l'affreuse couronne, sur le lieu d'ignominie. »

Marie : « Viens, nous T'attendons ; sur nous pèsent les inquiétudes et la joie de la douce espérance. Viens, Toi qui ne portes plus la couronne des outrages ; Toi que n'entoure plus, au sein de la tombe, une nuit plus épaisse que celle de Golgotha. »

Marie-Madeleine : « Viens, Toi qui ressuscites les morts ; Toi, le Tout-Puissant. Viens, Toi qui as ramené la vie, comblée des Bénédictions du Père. Viens, nous Te cherchons dans l'étroite vallée, sur la cime des montagnes, vers la voûte des cieux, nous Te cherchons du regard intérieur de la douce et pieuse attente. Viens à Tes premiers amis. Tel que brûlant d'amour et paré d'innocence, le Regard de la Vierge vole au-devant de l'Epoux, telle aussi Ta jeune Eglise vole, par l'impatience, au-devant de Toi, qui es ressuscité, afin de ressusciter Tes morts. Accourez, futures Eglises, accourez, d'un pas joyeux, à la tombe d'où surgit votre Mère ; toutes, vous serez ressuscitées par le Maître de la Vie. Accourez ici, les fleurs de la moisson dans les mains, et les lèvres remplies des Louanges du Seigneur. »

Ainsi soit-il.


Friedrich Gottlieb Klopstock (1724-1803) – « La Messiade », chant XIX, p. 408-456

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Voir également de Friedrich Gottlieb Klopstock :
La Prière de Friedrich Gottlieb Klopstock « Ô Seigneur, du haut de ta Croix, Tu as vu les larmes de ta Mère plongée dans le deuil »
La Prière de Frédéric Gottlieb Klopstock « Moi ! Chanter avec la Mère du Très-Haut des hymnes au Rédempteur ! »