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La Prière de Friedrich von Hardenberg « Celui qui Te vit une fois, ô Mère, ne s'éprendra jamais pour une créature périssable » :

« Celui qui Te vit une fois, ô Mère, ne s'éprendra jamais pour une créature périssable ; se séparer de Toi lui serait chose pénible ; il T'aimera toujours du plus profond de son âme, car le souvenir de Tes grâces dominera désormais sa pensée. Je le sens bien pour moi dans mon cœur, Tu vois ce qui me manque. Laisse-Toi fléchir, douce Mère, donne-moi une fois au moins un signe de Ta clémence. Tout mon être repose en Toi ; Tiens Toi près de moi, ne fût-ce qu'un moment. Souvent, dans mes rêves, je T'ai vue si belle, si compatissante, ayant sur Ton sein un Dieu enfant, qui semblait avoir pitié de moi, enfant comme Lui. Mais Toi, Tu détournais Ton auguste Regard, et Tu remontais dans les brillants nuages. Infortuné, que T'ai-je donc fait ? Mes vœux ardents ne T'appellent-ils pas ? Tes Chapelles saintes ne sont-elles pas mon lieu de repos ? Reine bénie, prends mon cœur, prends ma vie aussi. Tu sais, Reine Bien-Aimée, que je Te suis entièrement dévoué. N’ai-je pas, depuis longues années, ressenti en secret Tes douces Faveurs ? Lorsqu'à peine je me connaissais moi-même, je suçais déjà le lait de Tes saintes mamelles. Souvent Tu descendis près de moi, et je Te contemplais avec une joie enfantine ; Ton petit Enfant me donnait Sa main, pour me revoir ensuite ; Tu souriais, pleine de tendresse, et Tu m’embrassais. Temps heureux, bonheur céleste ! Ce temps heureux, il est aujourd'hui bien loin ; un sombre chagrin s'est emparé de mon cœur ; j’erre çà et là, dévoré par la mélancolie ; me suis-je donc si affreusement jeté hors de la voie ? Comme le jeune enfant, je m'attache à Ta robe ; fais-moi sortir de ce pénible songe. S'il n'y a qu'un enfant qui puisse contempler Ta face et oser paraître en Ta présence, ramène-moi à mes premières années et fais-moi Ton enfant ; la confiance, l'amour filial habiteront dans mon cœur dès ce moment fortuné. Je T'ai vue dans mille tableaux, divine Marie, retracée sous les traits les plus aimables ; néanmoins aucun de ces tableaux ne Te représente telle que mon âme Te contemple. Seulement je sais que dès-lors le bruit du monde passe autour de moi comme un rêve, et qu'un silence d'ineffables délices règne éternellement dans mon cœur ».

Ainsi soit-il.


Friedrich von Hardenberg (1772-1801)

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