La Prière du Père Jacques Loew « Cinquante ans de fidélité, mon Dieu… » :

« Cinquante ans de fidélité, mon Dieu… De ta Fidélité à Toi, bien sûr car de mon côté, sans rien noircir, cinquante ans de marche boiteuse, mais à ta Rencontre. Cinquante ans d’action de grâces. Alors, là, c’est à moi de parler, chanter, louer, proclamer, magnifier : « Dieu, qu’elles sont précieuses pour moi, Tes pensées ! Tes œuvres sont merveilleuses, mon âme le sait bien ! » Dans ce voyage d’un demi-siècle, Tu m’as sans fin émerveillé. Depuis ce premier flocon de neige où Tu m’as parlé jusqu’aux flamants roses de Camargue. Depuis l’humble feuille et l’herbe vertes, sources premières de toute vie, et la méticuleuse abeille avec son nécessaire de beauté, - Peigne, brosse et brillantine -, et la fermeture-éclair de son aile. Et toi, coquelicot, couleur de l’été, soleil et sang dans les blés si fragile, fané à peine cueilli, tu me parles de Dieu autant qu’une cathédrale quand je te vois si follement prodigue en ingéniosités ! Dis-moi donc ton secret, qui t’a programmé ? Aujourd’hui peut-être suis-je davantage sensible à la ramure des arbres en hiver quand elle se profile, noire, sur un ciel uniforme et gris révélant leur harmonie « chacun selon son espèce ». Mais aussi lorsque la sève encore secrète donne aux branches plus d’ampleur avant que les bourgeons de mars apparaissent. Et je vis que cela était bon. Bible inépuisée, neuve chaque matin comme « Tes entrailles de Miséricorde », Livre fait de main d’homme et de ton Souffle inspirateur. Et je fête aujourd’hui le jour anniversaire où Tu as ouvert mon esprit a l’hypothèse de l’invisible : « Ceci est mon Corps livré en mémorial » et depuis ce jour Tu fais de moi ton Corps quand Tu me donnes le Tien à manger, « à mâcher » dit l’Evangile. Dieu, mon Dieu, Père…, Fils…, Esprit Saint…, que pourrais-je de Toi recevoir davantage que ces trois mots ? Ton Mystère le plus intérieur m’est donné. Et pourtant, fidèle à l’Evangile du Royaume, Tu as ajouté le « surcroît » innombrable de la Communion des Saints. Aujourd’hui dans le Mystère de ta Présence une Parole se fait plus insistante : « Qui mange ma Chair, Moi je le ressusciterai au dernier jour ». A ce lendemain aussi invisible que ton Corps consacré, fais-moi la Grâce de répondre : « Sur ta Parole, Seigneur, je crois ». Au-delà de toute apparence, je crois que Tu me feras franchir la mort. L’exode d’Israël passant la mer Rouge, Ton exode à Toi, Jésus, le troisième jour « Te relevant d’entre les morts selon les Ecritures », sont la tête de pont de mon personnel exode. Et lorsque au sixième jour de la Création, né du limon de la terre et du souffle divin paraît l’Homme, j’ai entendu Dieu qui disait : « Ô le très grand bien ! » Mais il est une autre source cachée de gratitude éblouie pouvoir dire avec le Psaume : « Dieu, Tu es mon Dieu, mon Dieu dont je suis sûr ». Dieu, ta Création est signée de ta Présence, mais Tu es « mon Dieu » par la connaissance. Tu es le Dieu de toutes les religions, mais Tu es « mon Dieu » par l’Alliance que Tu fis avec Moïse et avec moi quand je sortis de la servitude d’Egypte. « Mon Dieu » depuis le Buisson ardent où m’as révélé ton Nom : « Celui qui Est et qui Était et qui Vient », et je rends grâce à la philosophie de l’Etre - Mais oui ! – qui m’a donné joyeuse assurance face aux broyeurs d’incertitudes. Dieu, ma Source permanente d’être, qu’il est bon d’être ainsi rattaché à Toi et, plus intimement que l’embryon dans sa mère, tout recevoir de Toi, la vie, le mouvement, l’être : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » Alors greffée sur cette Présence primordiale vient Ta Parole, Lumière de vie qui illumine tout Homme, Jésus de Nazareth « Né d’une femme » et ton Verbe éternel : « Et le Verbe s’est fait chair, Il a planté sa tente parmi nous ». Et j’ai lu, avant que mes jours ne soient, mon histoire, inscrite dans ton Livre. J’ai appris à épeler l’alphabet de ta Grâce, balbutié les mots de ta Tendresse, connu cette « Fidélité » dont Tu es prisonnier, car Tu ne peux Te renier Toi-même. Et tous les Dogmes et les Sacrements et la Bible et Marie, ces étoiles de ma vie, sont en orbite autour de ce Point central : Tu nous fais passer la mort. Tu viendras me chercher dans la tombe, Tu me ressusciteras. C’est pourquoi on Te nomme Sauveur. Dans ma nuit, je Te cherchais. Toi, Dieu inconnu, à la Valsainte, dans ton Silence, Tu venais à ma rencontre. Aujourd’hui les calendriers et les horloges inversent les rôles : à mon tour d’aller vers Toi, Dieu, mon Dieu, si proche. Aujourd’hui, à Cîteaux, tout commence. Au rocher trop haut pour moi conduis-moi, douce Lumière. Toi qui m’as cherché pour que je Te cherche, qui m’as trouvé pour que je Te trouve, et Te trouver c’est Te chercher encore, car chercher n’est pas une chose et trouver une autre quand chacune appelle l’autre. Je serai comblé de n’être jamais rassasié de Te désirer, et, « de commencement en commencement par des commencements qui n’ont jamais de fin », j’irai… Ainsi soit-il. » ''

Père Jacques Loew (1908-1999) - « Mon Dieu dont je suis sûr », Fayard-Mame, 1982, p.9-13 et 231

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Voir également du Père Jacques Loew :
La Prière du Père Jacques Loew « Sainte Marie, Mère de Dieu, j’aime Vous regarder »
La Prière du Père Jacques Loew « Cinquante ans de fidélité, mon Dieu… »