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La Prière de Jean-Baptiste Massillon sur le Psaume 3 « Le Sentiment d'une âme pénétrée de l'énormité de ses crimes passés, et en même temps pleine de confiance en la Miséricorde du Seigneur » :

« Seigneur, que le nombre de ceux qui me persécutent est grand ! Que d'ennemis se sont élevés contre moi ! » (Psaume 3, Verset 1)
« Domine, quid multiplicati sunt qui tribulant me multi insurgunt adversum me » (Psaume 3, Verset 1)

« Quand je repasse devant vous, Seigneur, la multitude et l'énormité des crimes de ma vie passée, le trouble, le découragement, le désespoir, semblent s'emparer tour à tour de mon âme. Je ne rappelle pas un seul jour, un seul instant même de ma vie criminelle, où je ne découvre de nouveaux excès qui s'élèvent contre moi : leur nombre grossit tous les jours à mes yeux, à mesure que j'entre plus avant dans les abîmes de ma conscience. Et que sais-je, grand Dieu ! si ceux que le temps a effacés de mon souvenir, dans un cours d'iniquités si long et si peu interrompu, ne les égalent, ou ne les surpassent pas peut-être encore ? »


« Plusieurs disent de moi : il ne trouvera point de salut en Dieu » (Psaume 3, Verset 2)
« Multi dicunt animae meae : non est salus ipsi in Deo ejus » (Psaume 3, Verset 2)

« Je les avalais autrefois, mes iniquités, comme de l'eau. J'entassais crime sur crime, sans aucun retour sur moi-même. Je comptais toujours que mille devant vous ne sont pas plus qu'un seul ; et que le plus ou le moins n'offrait rien de différent à vos miséricordes infinies. Le dérèglement où j'avais vécu jusqu'alors, me calmait sur celui où je vivais encore. En me promettant toujours un changement à venir, je continuais plus tranquillement, ô mon Dieu ! à vous offenser ; et ne me sentant pas encore disposé à finir mes désordres, j’en attendais la fin, en y en ajoutant tous les jours de nouveaux avec une sécurité déplorable. Mais aujourd'hui, grand Dieu ! Que votre lumière a éclairé mes ténèbres ; aujourd'hui où tous mes crimes, sortis de ce nuage épais qui les enveloppait, et les cachait à mes yeux, paraissent à découvert, et m'accablent devant vous par leur énormité et par leur multitude ; toute espérance de salut semble s'éloigner de moi. Pourrez-vous, ô mon divin Sauveur ! Regarder avec un œil de pitié et de clémence, une vie dont je ne puis moi-même soutenir l'affreux spectacle ? Dieu saint ! Voudrez-vous jamais vous communiquer à une âme qui voudrait pouvoir s'éloigner d'elle-même, et qui ne peut porter devant vous que sa corruption et son opprobre ? Quand je ne fixe mes regards que sur moi-même, tout m'annonce la sévérité de vos jugements. Quelle vie, grand Dieu ! trouverai-je écrite dans le livre de vos justices éternelles ? Le soleil ne se levait jamais sur ma tête, que pour éclairer de nouvelles infractions de votre loi sainte ; et la nuit ne succédait, que pour voir prolonger mes œuvres de ténèbres. Je ne vivais, je ne respirais, je ne pensais que pour le crime ; et jusqu'aux désirs inutiles de pénitence que je mêlais à mes passions, tout semble m'interdire pour toujours l'accès au trône de vos miséricordes, par l'abus criminel que je faisais alors des sentiments mêmes de salut que vous réveilliez de temps en temps au fond de mon cœur. »


« Mais vous, Seigneur, vous êtes mon bouclier, vous êtes ma gloire, c'est vous qui élevez ma tête » (Psaume 3, Verset 3)
« Tu autem, Domine, susceptor meus es, gloria mea, et exaltans caput meum » (Psaume 3, Verset 3)

« Voilà les images noires et affreuses que l'ennemi de mon salut présente sans cesse à mon âme, pour la précipiter dans le découragement et dans la défiance. Autrefois il me rassurait dans mes désordres, en me représentant votre clémence toujours prête à recevoir le pécheur qui revient ; aujourd'hui que je veux sincèrement revenir à vous, ô mon Dieu ! Il vous peint en secret à mon cœur agité, comme un Dieu inexorable : il ne me découvre l'horreur de mes crimes que pour me cacher les trésors infinis de vos miséricordes, et pour me retenir sous son esclavage honteux. Il s'efforce de me persuader que vous ne voulez plus de moi, que mes excès ont fermé pour toujours vos entrailles aux cris de ma douleur, et aux larmes de votre créature. Mais, Seigneur, si j'ai autrefois outragé votre bonté, en complant trop sur elle, pour persévérer plus tranquillement dans le crime, je ne lui ferai pas le nouvel outrage d'en désespérer dans mon repentir. Je me sens, il est vrai, la plus faible et la plus fragile de toutes les âmes ; mais n'êtes-vous pas la force des faibles ? Qu'ai-je à craindre de moi-même, quand vous serez avec moi, susceptor meus, vous qui êtes mon bouclier et ma force ? Rien n'approche de l'opprobre et de l'avilissement où la honte de mes passions m'a fait tomber ; ce n'est rien que l'ignominie dont elles m'ont couvert devant les hommes : celle que je portais devant vous, grand Dieu ! était encore bien plus hideuse et plus humiliante. Mais, ô Dieu de majesté ! Un rayon de votre gloire changera en or cette âme de boue ; vous me rétablirez en honneur, dès que vous aurez ennobli mon âme des dons de la justice, et que vous m'aurez reçu au nombre de vos enfants et des cohéritiers d'un royaume éternel. Je rentrerai dans tous les augustes droits du chrétien : ma vie sainte et nouvelle me rendra, même devant les hommes, l'honneur et les égards que mes désordres m'avaient ravis ; et vous serez ma gloire, comme le dérèglement avait été ma confusion et mon opprobre. Gloria mea et exaltans caput meum »


« J'ai élevé ma voix, et j'ai crié au Seigneur, et il m'a exaucé de sa montagne Sainte » (Psaume 3, Verset 4)
« Voce meâ ad Dominum clamavi, et exaudivit me de monte sancto suo » (Psaume 3, Verset 4)

« Oui, Seigneur, mes prières et mes larmes ne monteront pas en vain au pied de votre trône. Vous n'êtes plus sur cette montagne terrible, environnée d'éclairs et de foudres, et dont nul mortel ne pouvait approcher. Nous vous adorons sur la montagne sainte, où vous vous offrez pour nous à votre Père, comme notre justice, notre sanctification et notre rédemption ; et vous avez sans cesse les mains étendues pour recevoir les pécheurs qui reviennent à vous. Ce n'est donc pas de vos miséricordes infinies, dont je dois me défier, c'est de la sincérité et de la persévérance de mon repentir ; c'est que la grandeur de ma pénitence ne réponde pas à l'énormité et à la multitude de mes crimes. »


« Je me suis couché, je me suis endormi, et je me suis éveillé, parce que le Seigneur m'a soutenu » (Psaume 3, Verset 5)
« Ego dormivi et soporatus sum , et exsurrexi quia Dominus suscepit me » (Psaume 3, Verset 5)

« Que ne dois-je pas, grand Dieu ! Me promettre de votre bonté, puisque malgré le sommeil de la mort où j'étais enseveli depuis si longtemps, malgré l'assoupissement funeste où mes dérèglements retenaient toutes les puissances de mon âme, votre voix puissante et miséricordieuse m'a réveillé. Elle a pénétré jusqu'au fond de l'abîme, où non-seulement j'étais sans vie, mais où la puanteur et l'infection n'offraient à vos yeux saints que l'objet le plus digne de votre abandon. Et cependant, ô Père des miséricordes, et Dieu de toute consolation ! Après m'avoir souvent sollicité de revenir à vous, vous avez enfin ranimé ce cadavre puant ; vous avez soufflé un esprit de vie sur cette boue hideuse ; vous avez rétabli en moi la beauté de votre image dont j'avais effacé jusqu'aux moindres traits, et arraché mon âme de la puissance de la mort et du démon, pour me mettre sous la protection de votre miséricorde. »


« Je ne craindrai point quand des millions d'hommes m'assiégeraient de toutes parts pour me perdre » (Psaume 3, Verset 6)
« Non timebo millia populi circumdantis me » (Psaume 3, Verset 6)

« Non, Seigneur, pénétré de cette confiance, je ne me découragerai point à la vue de mes crimes innombrables. Je les rappellerai dans l'amertume de mon cœur ; et ce souvenir réveillera plus ma reconnaissance, mon amour, ma componction, que ma crainte et mon désespoir. Je mépriserai les dérisions, les censures déplorables que ma nouvelle vie va m'attirer de la part de tous ceux qui m'environnent, et qui ont été autrefois, ou les témoins, ou les complices de mes désordres. Leurs joies insensées, dont j'ai tant de fois éprouvé le vide ; leurs voluptés, leur bonheur apparent, qui avaient toujours été pour moi un fonds intarissable de chagrins et de remords cruels, loin de me dégoûter de la tristesse de mes larmes et de mon repentir, me les rendront plus douces et plus aimables. Le malheur de leur état me fera sentir de plus en plus le prix du bienfait inestimable qui m'en a retiré. Cette préférence accordée à celui qui en était le plus indigne, confondra ma tiédeur, et ranimera ma fidélité ; et bien éloigné d'envier leur sort, je ne cesserai de vous demander, ô mon Dieu ! Qu’ils puissent enfin connaitre quel est le bonheur de ceux qui vous servent. »


« Levez-vous, Seigneur, sauvez-moi, mon Dieu. C'est vous qui avez frappé tous ceux qui se déclarent contre moi sans raison ; vous avez brisé les dents des pécheurs » (Psaume 3, Verset 7)
« Exsurge, Domine, salvum me fac, Deus meus : quoniam tu percussisti omnes adversantes mihi sine causâ ; dentes peccatorum contrivisti » (Psaume 3, Verset 7)

« Levez-vous donc, grand Dieu ! Achevez en moi l'ouvrage de mon salut, en ne permettant pas que ceux que j'ai entraînés moi-même dans le désordre, par mes sollicitations, ou par mes exemples, périssent. Je ne me croirai point rentré en grâce auprès de vous, tandis que je verrai subsister en eux les fruits amers, et les suites terribles de mes crimes. Puisque vous avez pu briser la dureté mon cœur, tout est possible à la force de votre grâce. Vous abattrez, quand il vous plaira, ces pécheurs qui paraissent si fiers ct si intrépides dans le crime, et qui me seront toujours chers, quoi que ma nouvelle vie les ait soulevés contre moi, et qu'ils s'efforcent en vain d'ébranler mes résolutions, de me rentraîner dans leurs voies égarées, par leurs discours mordants ou séducteurs. »
« Le salut vient du Seigneur ; et c'est vous, ô mon Dieu, qui bénissez votre peuple » (Psaume 3, Verset 8)
« Domini est salus, et super populum tuum benedictio tua » (Psaume 3, Verset 8)

« Vous seul, Dieu tout-puissant, pouvez sauver ceux en qui toute ressource de salut parait éteinte. Vous vous plaisez même à opérer ces prodiges dans les pécheurs les plus désespérés, afin que l'homme ne s'attribue rien à lui-même, et que toute la gloire en soit rendue à votre grâce. Tous les bienfaits que vous répandez sur votre peuple, ne prennent leur source que dans les trésors immenses de votre libéralité ; et les dons seuls de votre miséricorde infinie, forment toute la récompense de nos faibles mérites »


Ainsi soit-il.


Mgr Jean-Baptiste Massillon (1663-1742) – « Œuvres de Massillon : paraphrase morale de plusieurs psaumes en forme de prière », tome XII,Psaume 3, p. 11-18

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Voir également de Jean-Baptiste Massillon :
La Prière de Massillon sur le Psaume 1 « Le bonheur d'une âme qui après avoir été engagée dans les passions du monde s'en désabuse et revient à Dieu »
La Prière de Jean-Baptiste Massillon sur le Psaume 3 « Le Sentiment d'une âme pénétrée de l'énormité de ses crimes passés, et en même temps pleine de confiance en la Miséricorde du Seigneur »