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La Prière de Jean-Baptiste Rousseau « Jusques à quand, Seigneur, souffrirez-Vous » :

« Paraissez, Roi des rois, venez, Juge suprême,
Faire éclater Votre courroux
Contre l'orgueil et le blasphème
De l'enfer armé contre Vous ;
Le Dieu de l'univers est le Dieu des vengeances ;
Le pouvoir et le droit de punir les offenses
N'appartient qu'à ce Dieu jaloux.
Jusques à quand, Seigneur, souffrirez-Vous l'ivresse
De ces superbes criminels,
Dont le cœur corrompu transgresse
Vos ordres les plus solennels,
Et dont l'impiété barbare et tyrannique
Au crime ajoute encor le mépris ironique
De Vos préceptes éternels ?

Ils ont sur Votre peuple exercé leur furie ;
Ils n'ont pensé qu'à l'affliger ;
Ils ont semé dans leur patrie
L'horreur, le trouble et le danger ;
Ils ont de l'orphelin envahi l'héritage,
Et leur main sanguinaire a déployé sa rage
Sur la veuve et sur l'étranger.

Ils ont dit : « Ne songeons, quelque prix qu'il en coûte,
Qu'à nous ménager d'heureux jours ;
Du haut de la céleste voûte,
Dieu n'entendra pas nos discours ;
Nos offenses par Lui ne seront point punies ;
Il ne les verra point ; et de nos tyrannies
Il n'arrêtera point le cours ».

Quel charme vous séduit ? Quel démon vous conseille,
Hommes malicieux et fous ?
Celui qui forma votre oreille
Sera sans oreilles pour vous ?
Celui qui fit vos yeux ne verra point vos crimes ;
Et Celui qui punit les rois les plus sublimes
Pour vous seul retiendra Ses coups ?

Il voit, n'en doutez point, Il entend toute chose ;
Il lit jusqu'au fond de vos cœurs.
L'artifice en vain se propose
D'éluder ses arrêts vengeurs ;
Rien n'échappe aux regards de ce Juge sévère :
Le repentir Lui seul peut calmer sa colère,
Et fléchir Ses justes rigueurs.

Ouvrez, ouvrez les yeux, et laissez-vous conduire
Aux divins rayons de sa Foi :
Heureux celui qu’Il daigne instruire
Dans la science de sa Loi !
C'est l'asile du juste ; et la simple innocence
Y trouve son repos, tandis que la licence
N'y trouve qu'un sujet d'effroi.

Qui me garantira des assauts de l'envie ?
Sa fureur n'a pu s'attendrir :
Si Vous n'aviez sauvé ma vie,
Grand Dieu, j'étais près de périr !
Je Vous ai dit : « Seigneur, ma mort est infaillible ;
Je succombe ». Aussitôt Votre bras invincible
S'est armé pour me secourir.

Toujours à vos Élus l'envieuse malice
Tendra ses filets captieux ;
Mais toujours votre Loi propice
Confondra les audacieux.
Vous anéantirez ceux qui Vous font la guerre ;
Et si l'impiété nous juge sur la terre,
Vous la jugerez dans les Cieux ! »

Ainsi soit-il.


Jean-Baptiste Rousseau (1669-1741) - « Recueil général de cantiques », pages 337-339, chez Sagnier et Bray, 1848

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