La Prière du R. P. Surin « Je possède enfin mon Dieu que j’ai si souvent et si ardemment désiré » :

« Je possède enfin mon Dieu que j’ai si souvent et si ardemment désiré. Victorieux de tous les maux, je suis à la Source de tous les biens. Je Vous salue, admirable Séjour de mon repos ; je Vous salue, Maison de mon Dieu. Ô ma chère, ma chère Patrie ! Je Vous salue ! Plus de tempête à craindre, me voici dans le Port. Plaisirs du monde, je vous ai vaincus ! La palme de la victoire est à moi. Quel bonheur ! Quelle gloire est mon partage ! Ô ravissant Palais de mon Dieu ! Pendant que j'étais dans cette vallée de misères, parcourant la triste carrière d'une vie si fragile, les peines, les maux, les tourments fondaient sur moi de toutes parts. Ô Bonté de mon Dieu ! Je ne verserai plus de larmes, la tristesse a fui loin de moi ; mon cœur n'est plus accessible qu'aux doux transports de la joie qui le pénètre. Horreur de la prison, rigueur de la faim et du froid, douleurs insupportables, cruelles insomnies, vous n'êtes plus ; je ne serai plus l'objet des insultes, des outrages qui me furent prodigués ; je ne sentirai plus les morsures de ces vils insectes si insupportables, dont j'étais la proie. Placé dans la société des voleurs et des assassins, j'étais traité comme eux ; on me méprisait, on me frappait comme si j'eusse été un malfaiteur. J'avais pour breuvage une eau bourbeuse ; j'avais pour nourriture du pain moisi ; de la paille pourrie, couverte de haillons, formait mon lit ; et je respirais, dans un noir cachot, un air infect. Mais, lorsqu'il me fallut aller au supplice, et mourir après avoir tant souffert, la rage employa, pour me faire endurer de plus cuisantes douleurs, le fer, les tenailles et les flammes ; ma faible nature ne put résister à de si grands maux ; je, succombai enfin, et cessai d'exister. Abattu par la mort, je n'en fus point vaincu ; mon âme immortelle ne cessa point d'aimer son Dieu ; elle vit encore, et Dieu est sa Vie ; intimement unie à Lui, elle vivra toujours, elle sera toujours heureuse de son bonheur. Le temps de souffrir est passé, le temps de jouir est arrivé. Gloire soit à Dieu ! C’est pendant des siècles qui ne finiront jamais, que je serai abîmé dans la joie du Seigneur, parce que j'ai été un serviteur fidèle. Ô qu'il m'est utile d'avoir aimé Dieu, et beaucoup souffert pour Jésus-Christ ! Pour quelques, légères tribulations qui n'ont, duré, qu'un moment, un poids immense de gloire qui sera éternel. Pour avoir semé dans les larmes, je moissonne dans la joie. Ô Dieu infiniment libéral ! Quoi ! À si vil prix, je suis comblé, pour l'éternité, de tous les biens dans l'heureux séjour du parfait repas ! C'est maintenant que je connais bien toute la sainteté de la Religion de Jésus-Christ ; maintenant que je suis en possession de la magnifique Récompense promise par mon Sauveur à ceux qui souffriront pour Lui ; maintenant que, le voile de la foi déchiré, je vois le Seigneur tel qu’Il est ; et que j'ai le bonheur d'en jouir. Mortel ! Ton œil ne se lasse point de contempler ce qu'il y a de frappant dans de vastes prairies ; tu admires la beauté de tant de différentes fleurs. Tu ne considères point, sans étonnement, le nombre et l'éclat des étoiles dont le firmament est orné, et ces monuments si somptueux, quoique faits de main d'homme, chefs-d’œuvre de l'art et du génie : mais rien de ce qui est visible, ne peut être assimilé à ce que présente le ravissant Spectacle de ce qu'on voit dans le Palais du Roi du Ciel. Quelle douce mélodie dans le chant de certains, oiseaux pendant un beau jour de printemps ou d'été ! Quelle admirable harmonie dans un concert formé par un grand nombre de belles voix réunies, qui sont toutes parfaitement d'accord ? Mais ici l'oreille est infiniment plus flattée par le chant sacré des cantiques d'amour, dont les Bienheureux font retentir la Cité sainte en l'honneur du Dieu trois fois Saint. Que l'homme est ingénieux à inventer des desseins qu'il croit propres à le satisfaire ! Avec quelle ardeur son cœur ne se porte-t-il pas vers ce qu'il s'imagine pouvoir le rendre heureux ! Cependant nul mortel ne concevra jamais de quel torrent de délices, Dieu qui est Tout-Puissant et la Bonté même, inonde l'âme des Saints qui ont le bonheur de jouir pleinement de Lui. Oh ! Si les mortels connaissaient bien quelle est la Béatitude de ceux qui sont en possession de la glorieuse Immortalité, qu'ils seraient différents de ce qu'ils sont ! Ils habiteraient toujours, par leurs pensées et leurs désirs, dans ce beau Ciel pour lequel ils ont été créés. Avec quelle force ils résisteraient aux assauts de l'ennemi de leur salut ! Quel zèle ils auraient pour faire tout ce qu'ils croiraient être le plus agréable à Dieu ! Quelle serait leur piété, leur patience, leur docilité à obéir à la Grâce ! Qu’ils seraient doux, charitables et prudents, chastes, réservés et humbles ; généreux envers les pauvres, sobres et tempérants ! Que leur foi serait pure, vive et agissante ! Ils seraient de vrais Chrétiens, de parfaits Catholiques par leurs sentiments, et ils se montreraient tels par leur modestie, par leurs discours et leurs œuvres. Les entendrait-on blasphémer le Saint Nom de Dieu et se parjurer ? Les verrait-on se livrer aux désirs de la haine, aux fureurs de la vengeance ? Les expressions scandaleuses du libertinage souilleraient-elles leurs lèvres ? Y en aurait-il qui, brûlants de la soif de l'or, chercheraient à s'enrichir par des injustices ? Emploieraient-ils si mal leur temps, ne craindraient-ils pas d'en perdre même une seule heure ? Que la Récompense qui nous est décernée pour avoir aimé et servi le Seigneur, est magnifique ! Oh que nous sommes heureux dans ce Palais du Roi des rois ! Que nous nous félicitons d'avoir connu le prix du temps, et d'en avoir fait un saint usage ! Couronnés d'une Gloire que nous avons méritée par de généreux efforts, nous triomphons, et nous triompherons éternellement, le cœur inondé des plus pures délices. Parmi elles, je distingue l'incomparable Marie, la Meilleure des Mères ; c'est par Son canal que j'ai reçu tant de Grâces avec le secours desquelles je me suis sanctifié lorsque j'étais, sur la terre, exposé continuellement à tant de périls. Qui pourrait compter les légions d'Esprits bienheureux qui sont comme des flammes ardentes, par la vivacité de leur amour ? Divisés en neuf chœurs ; leur occupation est d'être toujours devant la Face du Seigneur, de L'adorer continuellement, et de chanter, sans interruption, Ses louanges. Oh qu’il est glorieux et qu'il est doux d'être dans la Société sainte de l'auguste Marie, des Patriarches et des Prophètes, des Apôtres qui furent dévorés de zèle ; de tant de millions de Martyrs se réjouissant de leurs insignes victoires ; de tous les Confesseurs de la foi, dont la fidélité à Dieu fut si admirable, et de ces Vierges pures, qui, s’étant offertes au Seigneur comme des hosties vivantes, lui furent si agréables, et qui, actuellement couronnées de Ses dons, sont si chéries de l'Agneau de Dieu ! Tous ces dignes Habitants du glorieux Séjour unissent leur voix à celle des Esprits célestes, pour rendre gloire à Celui qu'on ne peut trop louer. Tous aiment nécessairement leur Dieu d'un Amour pur et parfait ; et ce Dieu, qui est tout Amour, se montre à eux à découvert, les remplit tous d'une joie qui les rend souverainement heureux. Leur Dieu sera aussi mon Dieu, Il le sera dans tous les siècles ».

Ainsi soit-il.


R. P. Jean-Joseph Surin (1600-1665) – « Le Guide Spirituelle pour la Perfection » ou « Petit Traité sur les degrés d'Oraison », pages 261-280

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Voir également du R. P. Jean-Joseph Surin :
La Prière du R. P. Jean-Joseph Surin « Ô doux Amour, en qui je me repose »
La Prière du R. P. Surin sur une âme martyre « Je possède enfin mon Dieu que j’ai si souvent et si ardemment désiré »