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La Prière de Jean Le Cour Grandmaison « Seigneur, que Votre volonté se fasse » :

« Vous êtes la Lumière du monde : non pas lumière par moi-même, mais comme un miroir réfléchissant la lumière par excellence. Pour qu’un miroir fasse son office, il faut qu’il soit propre, poli, clair ; que je sois détaché du monde, net de ses souillures. Il faut aussi que le miroir soit orienté vers la source lumineuse, c’est-à-dire que je sois tourné vers Vous. Détachement du créé union à Vous, je retrouve les deux conditions de ma sanctification. Votre volonté pour moi, c’est que je sois « lumière du monde », source, par réflexion, de lumière et de chaleur ; que, tourné vers Vous, je rende au monde votre Image. Ces deux conditions résument tout ce qui me concerne. Comment utiliserez-Vous ce miroir ? L’accrocherez-Vous à poste fixe, ou bien, le conservant en main, Vous en servirez-Vous pour projeter votre Lumière sur tel ou tel point à Votre gré ? Cela m’importe peu. Je suis dans Votre main, je veux y être l’instrument souple et docile de Vos volontés ; et pour cela remplir les conditions que je connais, et qu’il Vous plaît de me rappeler ce matin. C’est donc en Vous laissant agir en moi et par moi que je remplirai ce rôle que Vous m’avez assigné, que je serai « sel de la terre, lumière du monde ». Devenir Votre instrument, une « humanité de surcroît », un autre Christ, un vêtement du Christ, voilà le terme, voilà le but auquel je dois tendre. Etre le voile à travers lequel c’est Vous, ô Jésus, qui agissez. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus qui vit en moi » (Gal II, 20). Se nourrir de la Volonté de Dieu, La chercher et La voir dans les créatures, par cette obéissance crucifiante dont le Christ nous a donné la formule et l’exemple : « Que votre Volonté soit faite ». Il me semble que Vous voulez me ramener à cet épisode culminant de votre Vie : votre Agonie. Quand Vous me dites : « Reste ici », c’est de Gethsémani et de cette heure d’angoisse qu’il s’agit. Et que faites-Vous dans cette veille que Vous m’invitez à partager ? Une seule chose, au fond : répéter le fiat – que votre Volonté soit faite, la Vôtre, et non la mienne. Votre Volonté, préférée en tout et absolument à la mienne, voilà, en définitive, ce que Vous demandez de moi. C’est la prière que, sous différentes formes, Vous ramenez chaque jour sur mes lèvres, qu’il Vous a plu de graver dans mon coeur. « Veille avec moi » ; et, dans cette veille, c’est toujours la même prière que j’entends sortir de Votre bouche et que je dois donc m’approprier : Il priait répétant la même prière : « Que Votre volonté se fasse ».

Ainsi soit-il.


Jean Le Cour Grandmaison (1883-1974)

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