La Prière de Joseph Borghi « Ô Mère, Fille et Épouse de l'éternel Amour » :

« Ô Mère, Fille et Épouse de l'éternel Amour, quand est-ce que la douloureuse vallée a retenti de chants joyeux, quand est-ce qu'une âme s'est épanouie, sans parler de Toi ? Au milieu des plus grandes images de la pensée créatrice, avant qu’Il posât sur ses gonds le double hémisphère, c'est Toi que le Roi eut près de Lui, et Ta beauté Lui plut. Eve réparatrice, Tu fermas aux sens Tes portes vierges, et, tremblante, Tu donnas à l'ange un pudique assentiment. La céleste Humanité se revêtit de Toi seule. C'est à Toi que le divin Enfant souriait sur le rocher solitaire ; c'est Ton noble Sein qui L'allaita ; c'est de Toi que, dans un âge tendre, Il apprit à parler et à essayer Ses premiers pas. C'est avec Toi qu’Il avait coutume de partager et la table journalière et la sueur du pauvre, et le sommeil et la prière, et les chagrins et les victoires de l'ardent Amour. Tu Le suivis aux triomphes publics de Sion. Immobile sur le Golgotha, au milieu des femmes en pleurs, Tu fournis, sans pleurer, la carrière de douleur. Mais depuis que Tu T'es réveillée, ô Vierge Pure, dans le sein de l'Eternel, aux Lieux où habitent les élus, qui donc, mieux que Toi, pourrait Lui parler en faveur des hommes ? De Toi s'embellissent les autels, les tombeaux, les cérémonies sacrées. Avec les peuples T'invoquent les rois, T'invoquent les lévites. Des temples racontent, des jours solennels redisent Tes vertus. Quelle statue embrasse-t-on, ô Vierge, si la terre tremble, si un terrible fléau se prépare, si la guerre civile éclate, si la mer gronde, si les champs altérés deviennent arides ? Dans leur dernière défaillance, à qui s'adressent les malheureux ? Pour qui le matelot naufragé, qui revient au port, se hâte-t-il d'appendre l'ex-voto ? A qui le malade rendit grâce de ses jours sauvés ? Pour Toi, Marie, les louanges universelles, pour Toi les honneurs unanimes. Tu es la Force des faibles, le Guide des bons, la Porte de l'Empyrée, l’Étoile du matin. Toi cependant les angoisses de cet exil Te prirent un jour, puis, au milieu des chœurs et des jubilations de la demeure céleste, Tu Te lèves, Mère Sainte, au gémissement du triste pèlerin. Écoute-le ; c'est pour Toi que l’angélique salut résonne, et quand l'aube se colore, et quand le soleil jette ses feux, et quand il semble que le rayon tremblant s'éteigne dans les mers. À Toi les premières supplications de l’enfant innocent ; à Toi le dernier regard, le dernier soupir du moribond ; les ossements dorment plus tranquilles, près de Ton saint Autel. Qu'il n'y ait point de palais, point de chaumière, point de sentier, point de demeure qui Te refuse un nom, une fleur, un flambeau ; les peuples ainsi T'auront pour Gardienne, douce Marie ; et, sans que les trônes soient ébranlés, que les glaives soient tirés, les jours de l'ancienne splendeur reviendront, d'un vol paisible, sur les régions italiques ».

Ainsi soit-il.


Giuseppe Borghi (1790-1847)

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