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La Prière du R. P. Juan Eusebio Nieremberg « Ô Cœur Sacré de la Mère de Jésus tout brûlant d’Amour pour nous » :

« Quand, par impossible, la Bienheureuse Vierge n'aurait aucune affection pour nous, et que nous ne serions pas obligés comme nous sommes de répondre à l'ardeur et à la tendresse de son Cœur au regard de nous, il y a une infinité d'autres raisons qui nous engagent de L'aimer de toutes nos forces ; car sans parler de toutes les Grâces que nous avons reçues de Sa bonté, et du bien qu’Elle nous fait à tous moments, il suffirait de considérer que notre Sauveur Lui ayant transporté en quelque manière toutes nos dettes et qu’Il L'a comme établie en Sa place afin que les hommes Lui rendissent l'honneur, le respect et la reconnaissance que l'excès de Sa charité en leur endroit leur a dû inspirer, ce serait être d'un naturel tout à fait stupide, et avoir trop d'insensibilité de n'être point touché d'un motif si puissant. Se pourrait-il trouver quelqu'un qui eût assez de dureté pour refuser à cet aimable Rédempteur la satisfaction qu'il prétend que nous Lui donnions en aimant Sa très digne Mère ? Il est donc évident que nos cœurs appartiennent à la Mère de Jésus après son Fils, et qu'elle a droit sur toutes les affections dont ils sont capables. Nous devons L'aimer, mais L'aimer ardemment, quand même Elle ne nous aurait jamais fait aucun bien, et que nous n'attendrions rien de Sa bonté, parce que son Fils veut que nous L'aimions. Mais outre cette considération, il y en a une autre qui est très forte, c'est que son Cœur maternel a pour nous des tendresses qui ne se peuvent dire, et qu'elle cherche toutes sortes d'occasions de nous combler de Ses faveurs. Ce qui rend parmi nous un présent considérable, c'est, l'affection de Celui qui L'offre : or quelle est la cause de tout le bien que nous fait la Bienheureuse Vierge, sinon son Cœur maternel tout brûlant d'amour pour nous. Votre Bonté, ô Vierge très Sacrée ! Et l’Amour dont votre Cœur est rempli au regard de nous, va d'un pas égal avec Votre maternité ; et l'on peut dire que le plus grand avantage que Vous retirez d'être Mère de Dieu, est que Vous ne mettez point de borne à la charité que Vous avez pour les hommes, et que Vous n'employez le crédit que Vous avez auprès de votre Fils, et le pouvoir qu'il Vous a donné sur tous Ses trésors que pour nous enrichir. De cette vérité, l’on peut tirer une conséquence, qui est que, comme la Bienheureuse Vierge est presque infiniment élevée pardessus toutes les créatures, et qu'elle surpasse en sainteté tous les habitants du ciel, Elle aime aussi les pécheurs avec plus d’ardeur et de tendresse que tous les anges et tous les bienheureux ensemble n'en ont pour eux. Ô Grâce incompréhensible ! Ô Faveur que l'on ne saurait assez estimer ! Oh ! Qu’il est doux de penser que l'on est bien avant dans le Cœur Sacré de la Mère de Jésus ! Quelle joie et quelle consolation pour nous d'être assurés que la Reine du ciel, la Mère de Dieu et la Souveraine des anges et des hommes nous regarde comme Ses enfants ; que son Amour est sans borne et sans mesure, et que toutes les mères du monde n'ont jamais eu de tendresse pareille à Celle qui est dans son Cœur au regard de nous. Il est certain que la Mère de Dieu est naturellement Bienfaisante, et que son Très Saint Cœur est tout plein de douceur et de tendresse ; mais il faut ajouter que la Bonté de Dieu qu'il semble avoir voulu partager entre les créatures, afin d'en donner à chacune une juste portion, se trouve heureusement réunie dans le Cœur incomparable de cette divine Vierge, à raison de quoi, on ne doit pas s'étonner qu’Elle produise des effets si admirables. L'inclination merveilleuse qu’Elle a de répandre libéralement Ses trésors nous ferait trouver un accès fort facile auprès d’Elle, quand même nous ne le Lui serions pas ce que nous Lui sommes et que son Fils n'aurait point souffert la mort pour nous racheter. Mais lorsqu’Elle nous regarde comme Ses enfants, et qu’Elle se ressouvient de l'engagement qu’Elle a d'aimer tout ce que son Fils aime, elle ne peut pas prescrire de bornes à Son affection, son Cœur si plein de bonté étant comme forcé par une très douce violence de faire des effusions prodigieuses de son Amour. Car puisqu’Elle aime uniquement son Fils Jésus, et que tout ce qu’Il a aimé Lui est aussi extrêmement précieux, Elle ne peut pas s'empêcher de nous aimer ardemment lorsqu’Elle nous voit dans le Cœur de ce bien-aimé fils, et qu’Elle considère qu’Il a répandu son Sang pour laver nos crimes ; en un mot Elle nous aime autant qu’Elle estime le Sang et la Vie de son Jésus. Il y a encore une autre raison de cet Amour de la Bienheureuse Vierge envers les hommes, c'est qu’Elle considère que nous sommes l'occasion de Sa gloire et de Son élévation : car en effet notre disgrâce a été comme la source de Son bonheur. Une sainte religieuse nommée Elisabeth, ayant supplié notre Seigneur de lui faire connaître quelles étaient les plus ordinaires occupations de Sa divine Mère durant le temps de Son enfance, Il lui révéla que lorsqu’Elle était encore enfant, quoiqu’Elle n'eût pas connaissance du grand dessein qu’Il avait de La faire sa Mère, Elle ne laissait pas d'offrir continuellement Ses prières en faveur des hommes, Le suppliant de tout Son cœur d'avoir pitié du genre humain, et de venir bientôt en la terre pour y accomplir l'œuvre de notre rédemption. Cela étant ainsi, combien sommes-nous obligés à cette bonne Vierge d'avoir commencé de si bonne heure à nous faire du bien ? Mais puisqu’Elle s'est employée pour nous avec tant de zèle dans un temps auquel il semble que nos intérêts ne devaient pas la toucher beaucoup, que pensons-nous qu’Elle ait fait lorsqu’Elle s'est vue Mère de Dieu ? Avec quel redoublement de charité n'a-t-Elle point travaillé pour notre salut quand Elle a vu Son Fils bien-aimé endurer des tourments si horribles, et une mort si cruelle pour notre amour ? Certainement on ne peut pas douter que voyant que notre salut Lui était plus cher que Sa propre vie, Elle ne soit entrée dans les sentiments de Son amour au regard de nous. On ne saurait s'imaginer rien de plus extraordinaire que la Bonté prodigieuse du Père éternel au regard de nous, lorsqu’Il a sacrifié pour des criminels et pour Ses ennemis ce Fils bien-aimé, qui était toute Sa joie et Ses délices. Mais il faut confesser aussi que la charité de la Bienheureuse Vierge envers nous a éclaté d'une manière admirable, lorsqu’Elle a offert si courageusement ce même Fils à la mort, et à la mort de la Croix, afin de nous ouvrir le chemin du ciel. Quelle Bonté ! Quel excès de Charité, d'avoir tant aimé les pécheurs, qu’Elle a consenti à la mort de son propre Fils lorsqu’Elle a vu qu’il y allait de leur salut ! Oui, Marie nous a donné son Fils unique en Le mettant au monde ; Elle nous L'a donné en L'exposant à la rigueur de la circoncision ; Elle nous L'a donné en Le présentant à Dieu dans le temple, quarante jours après Sa naissance ; Elle nous L'a donné en Le délivrant des mains du cruel Hérode qui Le voulait massacrer ; Elle nous L'a donné quand Elle a consenti à la résolution qu’Il avait prise, de souffrir pour nous la plus cruelle de toutes les morts ; enfin Elle nous L'a donné lorsque Le voyant entre les mains de Ses ennemis, lié comme un scélérat, traîné honteusement par les rues de Jérusalem, accusé injustement, moqué, méprisé, bafoué, couvert d'ordures, meurtri de coups, fouetté avec une cruauté inouïe, couronné d'épines, chargé d'une pesante Croix et attaché à cette même Croix, Elle ne proféra pas une seule parole et ne fit pas la moindre plainte contre les bourreaux et contre les pécheurs. Oh ! Que votre Bonté est merveilleuse, Vierge très Sainte, puisque pour témoigner la tendresse et l'amour dont votre Cœur est rempli au regard de nous, Vous avez sacrifié Celui qui Vous était plus cher infiniment que Vos entrailles ! Certainement on ne comprendra jamais parfaitement l'excès de cet Amour, et avec quelle ardeur votre Cœur très bénin et très généreux travailla pour nous en cette occasion. Ô Bonté sans pareille ! Ô Amour incompréhensible ! Où trouvera-t-on sous le ciel et même dans le ciel une pure créature aussi remplie de zèle et de charité, qu'est la glorieuse Vierge ? Car c'est une vérité constante, ainsi que S. Anselme le témoigne, que la divine Marie avait un désir si ardent que les hommes fussent rachetés, que s'il n'y eût point eu de bourreaux Elle aurait Elle-même attaché Son propre fils à la Croix, afin de marquer au Père éternel qu’Elle avait une soumission entière pour toutes Ses volontés, et un Amour ineffable pour les pécheurs ; car l'on ne peut pas douter que Son obéissance à la divine Volonté ne fût beaucoup plus parfaite que celle d'Abraham, qui, ayant ordre de sacrifier son cher Isaac, se disposa aussi tôt à exécuter ce commandement, et leva le bras pour lui donner le coup de la mort. Si ce grand patriarche a été prêt d'égorger son fils pour obéir à Dieu, la Mère du Sauveur ayant immolé pour nous un Fils infiniment plus digne et plus précieux que celui d’Abraham, il est constant qu’Elle nous a témoigné un Amour beaucoup plus fort et plus ardent qu'Abraham n'en a fait paraître, même au Regard de Dieu ».

Ainsi soit-il.


R. P. Jean Eusèbe de Nieremberg (1595-1658) – « L’Aimable Mère de Jésus », chapitre 14

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