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La Prière de Laurent le Magnifique « Ô céleste Pélican qui, pour donner la vie à Vos enfants, Vous donna la mort » :

« Depuis que j’ai goûté Votre douceur, ô Jésus, mon âme n’estime plus aucune autre jouissance du monde aveugle. Depuis que l’ardente flamme de votre Amour a embrasé mon cœur affligé, nulle autre chose ne me convient et ne me plaît ; tout autre bien est pour moi peine et douleur, toute autre paix me semble guerre et tribulation. Je suis si enflammé de votre Amour, que nul autre objet ne me contente et que rien ne repose mes désirs ; ma soif ne peut s’étancher nulle part, sinon à votre Fontaine bénie. Ce qui m’embrase d’un si ardent amour pour Vous, ô céleste Pélican, c’est votre Charité infinie, qui, pour donner la vie à Vos enfants, Vous donna la mort, et qui, pour me faire dieu, Vous fit homme. Vous avez pris la condition et les peines de l’esclave, afin que moi-même je ne sois plus esclave, et que je ne vive plus d’un simulacre de vie. Puisque votre Amour a été si démesuré dans son excès, je ne veux pas être ingrat ; aussi, je Vous aime tant, qu’auprès de Vous tout autre objet me paraît méprisable. Quand mon âme se recueille et se repose en Vous, j’oublie tous les autres biens ; ma vie, sans cesse traversée par la tribulation et la peine, ne trouve de consolation que dans le désir de Vous posséder ; je ne puis rien imaginer, rien dire, rien voir autre chose que Vous, ô mon Dieu. Une seule peine me reste et m’afflige profondément, c’est de voir combien de fois cette douce pensée de Dieu s’est enfuie de mon âme par sa propre faute. Que Votre douceur triomphe de toute mon amertume ; que Vos clartés brillent dans mes ténèbres ; que votre Amour, qui m'est si cher et si doux, ne cesse jamais d’occuper mon âme ! Puisque, par Amour pour moi, Vous n’avez pas été avare de Votre propre Sang, ne me refusez pas une dernière Grâce : que Vos douces flammes embrasent toujours mon cœur, et qu’elles le consument peu à peu, de telle sorte qu’enfin il ne reste plus rien dans mon cœur, que Vous-même. »

Ainsi soit-il.


Laurent de Médicis (1449-1492) – « Le Cœur de Jésus », Ascétisme et littérature d’après le R-P Eugène Desjardins, pages 491-495, aux éditions Julien-Lanier, 1855

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