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La Prière de Louis Ponce de Léon « Ô Christ, reçois ces larmes avec lesquelles je lave tes Plaies sacrées » :

« Ô Christ, mon Bien-Aimé, ô Christ, la Vie de mon âme, reçois le tribut de mes yeux, reçois ces larmes avec lesquelles je lave tes Plaies sacrées qui me dévoilent la grandeur de mes offenses envers ton Père. Reçois, ô mon Jésus, ces cris de douleur qui sont le fruit précieux de Ton immense Amour, et que je T’envoie noyés dans les pleurs que je verse. Ah ! Ne me présentes-Tu pas cette Poitrine sacrée et ce Côté ouvert pour y recueillir mes crimes et les y effacer avec le Sang divin que Tu répands ? Car, Tu le sais, il n’y a que ton Sang qui puisse me purifier de mes fautes et réparer la mort de mon âme. Si ton Amour pour l’homme T’a fait descendre du Ciel, s’il T’a fait monter sur la Croix, s’il T’y a laissé le Corps sans vie, le Visage défiguré, et tous les Membres plus froids que la glace même ; si enfin Tu as rendu l’Âme sur la Croix au bruit d’un grand soupir, comment hésiterais-je à Te demander la Grâce d’une vie qui T’a coûté si cher ? Car pour me rendre cette vie, pour guérir mes blessures, il T’a fallu sortir du combat de ta Passion le Corps tout épuisé de Sang, le Cœur défait, la Poitrine traversée d’un coup de lance, les Pieds brisés, les Mains percées de clous ! Et ce qui me remplit de confiance et de consolation, c’est que je n’ignore pas que Tu as reçu ces Blessures par Amour pour moi ! Ouvre, ouvre entièrement, ô aimable Jésus, la veine fermée de mes yeux, avec les dures épines qui percent Tes tempes divines ; il me semble qu’elle est si pleine, qu’il en jaillira deux ruisseaux abondants. Ah ! Si, percée de la sorte, elle laisse échapper goutte à goutte l’humide liqueur qu’elle contient, goutte à goutte aussi entreront dans mon âme la grâce et le bonheur. De même, en effet, qu’une goutte d’eau ne peut tomber sur la dure pierre sans y laisser sa marque et son impression, ainsi, j’en ai la douce espérance, mes larmes, en tombant sur mes péchés et en jaillissant sur mon infortune, produiront dans mon âme une impression salutaire. Quelles étoiles brillantes fixées à la sublime voûte du firmament, quels astres parmi ceux que la terre a contemplés errants dans les célestes limites, sont aussi agréables à ton Cœur, ô Jésus, que le plus petit rayon de lumière s’échappant d’un œil chargé de larmes ! Quelle perle éclatante, quel riche diamant est comparable pour Toi à ces pleurs délicieux qui s’impriment sur le visage pâle et flétri du chrétien brisé de douleur qui s’immole sur l’Autel où Tu résides, et qui, agenouillé devant Toi, ô Christ béni, laisse croître ses larmes et les multiplie à Tes pieds ! Ô Christ, tempère les rigueurs de ta Justice ; replie et recueille les voiles de mes péchés ; car, qui pourra jamais devant Tes yeux alléguer son innocence ? J’appréhende que le vent soulevé par ma malice n’entraine mon âme dans le profond abîme. Jette un regard sur ma petite nacelle ; vois, dans ses efforts pour atteindre la rive, elle s’engouffre là où les flots sont plus menaçants ; et la crainte, nautonier qui la dirige, lui crée des difficultés même dans la bonace. Mais, appuyé sur ma ferme espérance, je suis assuré de trouver le port après lequel je soupire, dans ce Côté sacré que déchire le fer de la lance ! »

Ainsi soit-il.


Frère Louis Ponce de Léon (1528-1591) – « Le Cœur de Jésus », Ascétisme et littérature d’après le R-P Eugène Desjardins, pages 525-529, aux éditions Julien-Lanier, 1855

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Voir également de Fr. Luis Ponce de Léon :
La Prière de Luis de Léon « Ô Vierge et Mère, daigne regarder un malheureux enfermé dans une dure prison de ténèbres et de tristesse »
La Prière de Luis Ponce de Léon « Ô Marie, ma triste vie ne respire que lorsque je me tourne vers Toi »
La Prière de Fr. Luis Ponce de Léon « Ô Vierge qui n'as point été flétrie par la commune souillure »
La Prière de Louis Ponce de Léon « Ô Christ, reçois ces larmes avec lesquelles je lave tes Plaies sacrées »