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La Prière de Mathilde de Nédonchel « Mon Jésus, je dépose dans votre Sacré-Cœur toutes mes résolutions, tous mes doutes et toutes mes préoccupations » :

« Mon Jésus, Vous avez été bien Bon pour moi durant ces jours (les jours d'une Retraite prêchée au Sacré-Cœur par le R. P. Fessart), Vous m'avez montré la vraie Voie par où il m'est permis d'aller à Vous ; cette Voie est celle de la pénitence, cette vie que Vous m'avez promise est Celle de Votre divin Cœur. Je ne forme, hélas ! Aucune résolution cette fois-ci, j'en ai tant prises dans ma vie et je les ai si peu tenues ! Mais je veux me sanctifier vraiment. Votre Volonté s'est découverte à moi, et je ne veux point y résister ; je serai désormais votre Victime, mais la victime de Votre divin Cœur. Si je ne puis aller à Vous par la voie de la souffrance autant que je le désirerais, j'irai par la voie des humiliations, et c'est Vous-même, Seigneur Jésus, que je chargerai de nourrir mon âme de ce pain quotidien. Je veux mettre la vaine gloire de côté et agir en tout avec une intention pure ; je dépose dans votre Sacré-Cœur toutes mes résolutions, tous mes doutes et toutes mes préoccupations, et je Vous demande en échange la paix de l'âme, la paix et la joie d'une bonne conscience. Venons-en à la pratique. Je trouve en moi un fonds d'imperfections, de désirs sans effet, de fourberies, de turpitudes, peut-être même de péchés ; enfin je n'y vois pas clair, dans mon âme. Quel flambeau m'éclairera, si moi-même je ne puis me découvrir à mon Directeur ? Tout cela, je le dépose dans votre Cœur divin, remettant tout à Votre bon Plaisir ; si Vous ne voulez pas m'accorder la paix, je m'en remets à Vous ; si Vous voulez que je souffre, je le veux aussi, si Vous voulez m'humilier, je le veux pareillement ; la nature crie, n'importe, je veux la mettre sous mes pieds, mais je Vous en supplie, faites-moi connaître Votre sainte Volonté ! Cependant si Vous ne le voulez pas, je ne le veux pas non plus. Ah ! Volonté rebelle, imagination désordonnée, je veux vous enfermer dans la Plaie sacrée du Côté de mon Jésus ! Mon Dieu, je hais le mensonge et la turpitude, hélas ! J’en suis toute composée. Mon Dieu, je me hais moi-même, je ne suis qu'orgueil, vanité, impureté, mensonge, mais je remets tout entre Vos mains. Changez moi ; je ne puis être changée sans un miracle de Votre part, mais ayant mis tout cela dans votre Cœur, j'attends tout de Vous, malgré mon indignité. Mon bienaimé et divin Epoux, hélas ! Bien souvent mon courage faiblit quand il faut me vaincre dans telle ou telle circonstance que Vous connaissez bien ; quand Vous me demandez tel ou tel sacrifice ; parce que ma volonté n'est pas encore assez unie à la Vôtre, mon orgueil vient toujours usurper la place que Vous devriez seul occuper. Ô mon Dieu ! Que ma misère est grande ! Quand serai-je vraiment le disciple de Votre divin Cœur ? C'est dans ce but qu'aujourd'hui je me consacre à Vous, mon âme, mon esprit, mon corps, ma liberté, tout moi-même, je le consacre aujourd'hui à votre Cœur sacré ; je place tout ce qui m'appartient dans ce divin Cœur et cela, jusqu'à ma mort, renonçant désormais à tout mérite et à toute consolation sensible, à tout bonheur, à tout plaisir, ou du moins disposant de toutes ces choses pour Votre plus grande Gloire, sans me tourmenter de toutes les promesses que j'aurais pu faire jusqu'à présent. J'ai déjà donné toutes ces choses à Marie, ma bonne Mère, et j'en ai aussi disposé en faveur des âmes du Purgatoire, mais je crois ne rien reprendre en Vous donnant tout et je crois faire plaisir à Marie en La chargeant de Vous les remettre de ma part, afin qu'elles soient scellées et closes dans Votre divin Cœur, que j'ai, hélas ! si peu connu et aimé jusqu'à présent ! Vous savez aussi quel est mon plus ardent désir, mais c'est à Vous de le faire réussir, si c'est Votre sainte Volonté. Je ne Vous demanderai plus rien, ou du moins j'ai l'intention de ne plus rien Vous demander qui annulerait cette donation de mon cœur et de tout ce que je Vous ai donné et Vous donne aujourd'hui. Dirigez-moi, conduisez-moi, mon Dieu, c'est le seul moyen de sortir de l'état de tiédeur, d'ingratitude et d'indifférence où je suis aujourd'hui. Que cette Retraite porte coup dans ma vie et soit l'époque définitive de ma conversion entière, et si j'ai encore de longs jours à passer sur la terre, que ceci me serve de passeport pour passer ce temps d'exil sans Vous offenser. Hélas ! je ne l'ai déjà fait que trop ; mais je m'humilie ici devant Vous, n'oubliant pas les Promesses que Vous avez faites à Votre bienheureuse servante Marguerite Marie, pour ceux qui honoreraient Votre divin Cœur qui est maintenant ma demeure pour toujours dans le temps et dans le Ciel où j'espère entrer un jour, en cachant dans cette demeure les souillures de mon âme. Je l'ai signé de mon sang, le 1er avril 1865 ».

Ainsi soit-il.


Mathilde de Nédonchel (1842-1867) – « Vie de Mathilde de Nédonchel », Paris Leipzig, Casterman - Tournai, 1877.

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