La Prière de Mère Françoise de Nérestang « Ô Cœur sacré, permettez-moi que j'entre dans ce généreux et pitoyable Cœur » :

« Comme je suis très assurée d'avoir accès dans votre Cœur, puisque la charité que vous avez pour nous y loge, permettez-moi d'y faire ma retraite et mon séjour. Permettez-moi que j'entre dans ce généreux et pitoyable Cœur, comme au lieu de mon refuge, pour fuir et me sauver de mes cruels ennemis qui sont en quête pour me surprendre et pour me perdre ; ce qu'infailliblement ils exécuteraient si vous me refusiez l'entrée. Mais mon doux Sauveur, vous avez voulu que votre sacré flanc fût ouvert afin de nous tenir une porte libre pour entrer chez vous. Vous avez fait que l'amour plus que la lance l'ait percé, afin que nous puissions y loger, et y être à couvert de tous les périls et persécutions du monde et de l'enfer. Je vais donc avec confiance et respect entrer dans ce favorable Cœur pour n'en sortir jamais, puisque hors de là il n'y a point de sûreté ni de plaisir en terre. C'est là que je veux considérer, examiner et pleurer mes péchés et en demander pardon à votre divine Majesté dans ce Cœur amoureux qui autrefois en a conçu un regret inexprimable, et en a été percé d'une extrême douleur. C'est dans ce Cœur sacré, infiniment saint et merveilleusement pur, et qui a en horreur les moindres imperfections, que je veux haïr toutes les miennes jusqu'aux plus légères ; que je veux combattre toutes mes passions déréglées, et résister courageusement aux assauts de tous mes ennemis, espérant d'en remporter une glorieuse victoire à la faveur de cette inexpugnable forteresse. Ce sera dans ce divin Cœur, qui a été affligé pour moi, que je vivrai contente dans mes mortifications et pénitences, et dans tous mes déplaisirs, afflictions, aridités, ennuis et contradictions. Ce sera là même que je souffrirai sans me plaindre les douleurs de la mort, en me ressouvenant que ce généreux Cœur fut, pour l'amour de moi, accablé d'ennuis, de contradictions et de tristesses, au temps de son amère Passion sans murmurer. C'est dans ce Cœur sacré que je renouvelle l'absolue donation que je vous ai faite de moi-même, mon cher Maître, de mon âme, de mon corps, et de toutes mes facultés et opérations ; et que je m'abandonne absolument à vous, mon adorable Rédempteur, dans une entière dépendance de tout ce que je suis et de tout ce que je puis : protestant de vouloir éternellement agir selon les inclinations de votre Cœur, suivre ses conseils, me conformer à ses désirs, entrer dans tous ses intérêts et me transformer en ses affections. Amen. »

__Mère Françoise de Nérestang (1591-1652)