La Prière de Mgr Godeau « Seigneur, j’ose Vous demander le pardon duquel je me confesse très indigne » :

« Seigneur, quand je considère votre Majesté que j'ai offensée, les Grâces dont je Vous suis redevable, la patience avec laquelle Vous avez supporté mon ingratitude ; je tremble, et je n’ose espérer Miséricorde. Car si Vous êtes infiniment Bon, Vous êtes infiniment Juste ; et Vous devez faire des exemples de justice, pour empêcher que l'on n'abuse, comme j'ai fait, de Votre douceur. D'un autre côté, l'orgueil dont je suis plein, la mauvaise honte, et le Diable, me ferment la bouche, et me remplissent de frayeur et de désespoir. Je ne me lasse pas toutefois de me jeter à Vos pieds ; et Vous adorant avec le plus profond respect dont je suis capable, de Vous demander le pardon duquel je me confesse très indigne. Je Vous rends grâces de ce qu'il Vous a plu d’établir en votre Église un Sacrement, où la Parole d'un homme nous déliant en terre, Vous nous déliez au Ciel ; et où nous prononçant notre absolution, nous sommes assurés de n'être plus criminels devant Vos yeux. Mais je ne trouve point en moi les dispositions nécessaires pour recevoir la Grâce de ce Sacrement. Je n'ai ni mémoire, ni douleur de mes offenses. Je ne sens en moi qu'une très faible résolution de m'amender. Eclairez-donc mon esprit de votre Lumière ; afin que connaissant mes fautes, je les découvre humblement et sincèrement à votre Ministre. Si vous ne m'en faites connaitre l'énormité, les plus grandes me seront légères, et je m'estimerai bien sain, étant tout couvert de plaies. Mais ouvrant ma bouche, percez mon âme du glaive d'une véritable douleur : que ce ne fut point l'horreur de l'Enfer qui la cause, mais l'excès de l’Amour que Vous m'avez porté, et Vos perfections infinies, dignes d'être infiniment aimées. A cette contrition joignez l'inviolable dessein de me corriger. Car c'est de Vous que j'attends toutes choses ; et je sais bien que sans votre Grâce, je ne suis capable que de faire mal. Il est vrai ; je suis un rebelle, mais Vous êtes un Roy plein de clémence. Je suis un enfant désobéissant mais Vous êtes le Père céleste. Vous avez des Trésors de Miséricorde qui ne peuvent s’épuiser. Ne me regardez pas ; regardez votre Fils Jésus-Christ, au Nom duquel je Vous demande Miséricorde, et pour l'amour de qui Vous nous avez promis de nous exaucer. Je Vous présente les mérites de Sa vie et de Sa mort, en satisfaction de mes crimes ; et avec cette rançon, je crois pouvoir payer plus que je ne Vous puis devoir. Pourvu qu'il Vous plaise de me fortifier de votre Esprit, je me promets de garder inviolablement la promesse que je Vous fais de mourir mille fois plutôt que d'avoir seulement la pensée de rien faire qui Vous soit désagréable. »

Ainsi soit-il. »


Mgr Antoine Godeau (1605-1672) – « Méditations sur le Très-Saint Sacrement de l’Autel pour servir à toutes les heures du jour et de la nuit, aux Adorateurs perpétuels de ce Mystère » , p. 178-181

Antoine-Godeau.jpg

Voir également de Mgr Antoine Godeau :
La Prière de Mgr Antoine Godeau « Seigneur, éclairez mon esprit dans mes entreprises »
La Prière d’Antoine Godeau « Seigneur, prête toujours l'oreille à ma juste prière »
Le Poème d’Antoine Godeau sur la Résurrection « Seigneur, Ton cercueil se change en un Berceau »
Le Poème d’Antoine Godeau sur la conversion de Saint Paul « D’un loup cruel, Tu en as fait un doux agneau »
La Prière d’Antoine Godeau lors de la Communion du Prêtre « Je ne suis pas digne, Seigneur, que Vous entrassiez dans mon cœur et que Vous me nourrissiez de Votre chair »
La Prière de Mgr Godeau avant de se confesser « Seigneur, j’ose Vous demander le pardon duquel je me confesse très indigne »