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La Prière de Massillon sur le Psaume 30 « Seigneur, j'ai mis en Vous toute mon espérance » :

« En Toi, Seigneur, j'ai mon refuge ; garde-moi d'être humilié pour toujours. Dans ta Justice, libère-moi » (Psaume 30, Verset 2)
« In Te Domine speravi non confundar in aeternum in iustitia tua libera me » (Psaume 30, Verset 2)

« Dans la triste situation où je me trouve, grand Dieu, obligé de Vous déplaire, ou de m'attirer la haine et le mépris des hommes ; si je ne consultais que ma faiblesse, je sens que la vue du péril ébranlerait bientôt ma fidélité : mais, Seigneur, j'ai mis en Vous toute mon espérance : ce sont les Ordres secrets et éternels de Votre sagesse qui ont préparé de loin le péril qui me menace ; c'est à Vous, grand Dieu, à m'y soutenir : ce ne sont pas des pièges ; ce sont des épreuves que Vous ménagez à Vos serviteurs : et Vous me les permettez qu'afin qu'ils Vous y donnent de nouveaux témoignages de leur fidélité et de leur confiance. »


« Écoute, et viens me délivrer » (Psaume 30, Verset 3a)
« Inclina ad me aurem tuam adcelera ut eruas me » (Psaume 30, Verset 3a)

« Oui, grand Dieu, Vous ne m'abandonnerez pas, de peur que la lâcheté et l'opprobre de ma chute ne retombe sur la religion même : ce serait peu qu'elle me couvrît pour toujours de confusion ; il n'est pas dû autre chose à un pécheur tel que moi : mais je déshonorerais encore votre Loi sainte ; c'est pour l'intérêt de Votre gloire que je Vous sollicite. Ô mon Dieu, Vous êtes Juste ; Vous voyez que mon imprudence ou mon orgueil n'ont aucune part à l'orage qui s'est élevé contre moi : commandez donc aux vents et aux flots irrités de se taire, et délivrez-moi de l'abîme qui semble tout prêt à m'engloutir : mais hâtez-Vous, Seigneur ; le danger est pressant ; Vous m'avez assez fait sentir ma faiblesse ; ma perte, hélas, est certaine, si Vous ne venez promptement à mon secours. »


« Sois le rocher qui m'abrite, la maison fortifiée qui me sauve » (Psaume 30, Verset 3b)
« Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii ut salvum me facias » (Psaume 30, Verset 3b)

« Je vois d'un côté toutes les langues prêtes à me diffamer, à m'accuser d'orgueil, d'obstination, d'hypocrisie, et à répandre même les traits les plus noirs et les plus honteux sur ma conduite ; le monde entier presque soulevé, mes biens, ma fortune, mon repos en proie incessamment à la fureur et à la haine : mais que peuvent les hommes, ô mon Dieu, si Vous êtes pour moi ? Que je trouve donc en Vous un Dieu qui me protège : que Votre sein soit pour moi un Asile inaccessible à tous les traits de la malice et de la haine : le monde a beau vouloir me perdre, ô mon Dieu ! Tandis que Vous voudrez me défendre et me sauver. »


« Ma Forteresse et mon Roc, c'est Toi : pour l'honneur de ton Nom, Tu me guides et me conduis » (Psaume 30, Verset 4)
« Quoniam fortitudo mea et refugium meum es tu et propter nomen tuum deduces me et enutries me » (Psaume 30, Verset 4)

« Oui, grand Dieu, je suis le plus faible des hommes, et le plus aisé à me laisser ébranler par des vues humaines : mais c'est dans ma faiblesse que Vous ferez éclater votre Force et votre Puissance ; ce sont les instruments les plus faibles et les plus vils, que Vous avez toujours choisis pour opérer les plus grandes choses, afin que l'homme ne s'attribuât rien à lui-même, et que toute la gloire en fût rendue à votre Grâce. Ce n'est donc pas sur moi que je compte, et sur la ferme résolution où je suis de Vous être fidèle aux dépens de tout ; je ne compte que sur Vous, ô mon Dieu, Vous qui êtes ma Force, mon Soutien et mon Asile ; Vous qui tenez lieu de tout à ceux à qui tout paraît manquer ; Vous dont la main secourable se fait sentir avec plus d'éclat, lorsque tous les secours humains disparaissent. Ce sera une nouvelle gloire pour votre Nom, quand ma faiblesse triomphera du monde, de ses terreurs et de ses promesses : Vous ne permettrez pas que les impies, témoins de ma chute, insultent à la piété, et la traitent de superstition et d'hypocrisie. Vous me conduirez, grand Dieu, et Vous me soutiendrez au milieu des écueils qui m'environnent ; et si ma fidélité pour Vous m'attire la perte de mes biens ou de ma fortune, Vous qui nourrissez les oiseaux du ciel et les plus vils reptiles de la terre ; Vous qui êtes le Père des pupilles et des orphelins, Vous pourvoirez à ma nourriture : Vous promettez le centuple ici-bas même à ceux qui se dépouillent de tout pour l'amour de Vous ; votre Promesse est une Ressource plus sûre pour moi, que tous les biens et toutes les fortunes de la terre. »


« Tu m'arraches au filet qu'ils m'ont tendu ; oui, c'est Toi mon Abri » (Psaume 30, Verset 5)
« Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi quoniam tu es protector meus » (Psaume 30, Verset 5)

« Outre les malheurs certains dont je suis menacé, ô mon Dieu, si je persiste à Vous demeurer fidèle, on me prépare encore mille pièges secrets, plus funestes peut-être encore à mon innocence que les maux visibles que je crains. Mais, grand Dieu, Vous qui les voyez à découvert, ces pièges secrets ; Vous, aux yeux de qui les ténèbres où s'enveloppent la fraude et la malice, n'ont rien de caché, Vous éclairerez mon ignorance, Vous me découvrirez le secret fatal de ces embûches dressées pour me séduire et pour me perdre ; votre Lumière me précédera ; mes ennemis et les Vôtres seront pris eux-mêmes dans les pièges qu'ils me tendent, et ils éprouveront que Votre protection et Votre sagesse est plus sage et plus éclairée que tout l'artifice et toute la fausse sagesse des enfants du siècle. »


« En Tes mains je remets mon esprit ; Tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité » (Psaume 30, Verset 6)
« In manus tuas commendabo spiritum meum redemisti me Domine Deus veritatis » (Psaume 30, Verset 6)

« C'est de Vous, grand Dieu, que j'ai reçu cette âme capable de Vous connaitre et de Vous aimer, et destinée à Vous posséder éternellement : le monde et le démon mettent tout en œuvre pour Vous l'enlever ; mais, grand Dieu, où puis-je la mettre plus en sûreté que dans les mêmes Mains de qui je la tiens ? Souffrirez-Vous, grand Dieu, qu'on l'enlève jusque sous les ailes de Votre protection, et qu'elle devienne la proie du lion rugissant qui est autour de moi tout prêt à la dévorer ? Est-ce pour un monde qui va finir demain, que Vous avez créé à votre Image une âme immortelle ? Quel droit a-t-il sur un cœur et sur un esprit qui ne sont faits que pour Vous, et que Vous seul pouvez rendre heureux ! Les terreurs et les menaces qu'il emploie pour m'attirer à lui, montrent assez que je ne lui appartiens pas, et que la ruse et la violence seules peuvent le mettre en possession d'un bien qui Vous appartient par tant de titres. Oui, grand Dieu, c'est à Vous seul que je dois mon être, ma vie, ma volonté, mes désirs et mes pensées : j'étais sorti de Vos mains en la personne de mes premiers pères, pur et innocent ; j'ai depuis mille fois souillé la beauté de Votre ouvrage ; je me suis livré à l'ange des ténèbres Votre ennemi ; Vous avez rompu les fers qui me retenaient sous ce dur esclavage ; Vous m'en avez délivré ; Vous m'avez rendu la liberté et la vie de la Grâce que j'avais perdue ; que de droits, grand Dieu, n'avez-Vous pas sur moi ! Pourriez-Vous les céder à Votre ennemi, en permettant qu'il m'arrache d'entre Vos mains ; ou pourrai-je moi-même me rengager sous les lois et la servitude d'un tyran dont j'ai éprouvé la dureté et la perfidie, et d'où un Miracle seul de votre Grâce et de votre Puissance a pu me retirer ? »


« Je hais les adorateurs de faux dieux, et moi, je suis sûr du Seigneur. Ton Amour me fait danser de joie » (Psaume 30, Versets 7-8a)
« Odisti observantes vanitates supervacue ego autem in Domino speravi exultabo et laetabor in misericordia tua » (Psaume 30, Versets 7-8a)

« Des amis trop humains qui ne connaissent pas, ô mon Dieu : les Ressources admirables que votre Providence sait mettre en œuvre pour secourir Vos serviteurs fidèles dans leurs besoins, s'irritent contre moi de ce que je ne cherche de l'appui et de la consolation qu'en Vous seul : mais ne serait-ce pas, ô mon Dieu, me rendre indigne de Vos miséricordes et de Votre protection, et en tarir la Source, que d'implorer le secours d'un bras de chair contre mes oppresseurs ! Cette défiance que je montrais de Votre bonne Volonté pour moi ne peut que Vous déplaire ; elle outrage ce fonds inépuisable de tendresse que Vous avez pour tous ceux qui recourent à Vous, et qui n'a jamais trompé ceux dont Vous êtes l'unique Espérance. D'ailleurs, quel besoin avez-Vous des hommes, ô mon Dieu, pour me tirer du péril où je me trouve ? Mais les hommes sans Vous ne peuvent m'être d'aucun secours : ils me plaindront; mais sans Vous leur compassion sera toujours vaine et infructueuse. C'est donc en Vous seul que j'espère, ô mon Dieu, et je suis assuré que mon espérance ne sera pas confondue ; tôt ou tard Vous me ferez ressentir les effets de votre Miséricorde ; et quand même Vous permettriez que je succombe ici-bas sous les efforts de mes persécuteurs, je ne croirai pas pour cela que Vous m'ayez abandonné ; je me persuaderai que Vous avez jugé mon oppression plus utile pour mon salut éternel, que ma délivrance ; et je me réjouirai de ce que Vous m'aurez jugé digne de participer ici-bas aux opprobres et aux souffrances de votre Fils, dans la confiance qu'elles seront pour moi le gage et la semence d'une gloire et d'un bonheur éternels. »


« Tu vois ma misère et Tu sais ma détresse » (Psaume 30, Verset 8b)
« Quoniam respexisti humilitatem meam salvasti de necessitatibus animam meam » (Psaume 30, Verset 8b)

« Laissez-Vous toucher, ô mon Dieu, à l'état d'humiliation où je me trouve ; et que l'abandon universel où je suis réduit du côté des hommes, attire sur moi les regards de votre Miséricorde : mon âme n'est dans la détresse et dans l'angoisse, que parce qu'elle veut demeurer inviolablement attachée à Votre sainte Loi. Mes ennemis se réconcilieraient bientôt avec moi, et deviendraient mes amis et mes protecteurs, si je voulais renoncer à la fidélité que je Vous ai vouée : c'est le refus que je fais de Vous désobéir, qui fait tout mon crime à leurs yeux. Ma cause par là devient la Vôtre : il est de l'intérêt de votre Gloire, que Vous Vous déclariez en ma faveur, de peur que les impies ne prennent occasion de mes malheurs pour blasphémer Votre saint Nom ; comme si Vous n'aviez pas le pouvoir de délivrer ceux qui, renonçant à tout secours humain, ont mis toute leur espérance en Vous, ou que Vous n'eussiez que de l'indifférence pour eux. »

(La paraphrase de ce Psaume 30 finit ici dans le manuscrit des Œuvres de Massillon, soit que Mgr Jean-Baptiste Massillon ne l'ait pas poussée plus loin, soit que le reste ait été égaré)


Ainsi soit-il.


Mgr Jean-Baptiste Massillon (1663-1742) – « Œuvres de Massillon : paraphrase morale de plusieurs Psaumes en forme de prière », tome XII, Psaume 30, p. 451-458, chez Gauthier (1834).

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Voir également de Jean-Baptiste Massillon :
La Prière de Massillon sur le Psaume 1 « Le bonheur d'une âme qui après avoir été engagée dans les passions du monde s'en désabuse et revient à Dieu »
La Prière de Jean-Baptiste Massillon sur le Psaume 3 « Le Sentiment d'une âme pénétrée de l'énormité de ses crimes passés, et en même temps pleine de confiance en la Miséricorde du Seigneur »
La Prière de Mgr Massillon après la Confession « Seigneur, je sais que Vous êtes le meilleur de tous les Maîtres »
La Prière de Mgr J-B Massillon pour le Vendredi Saint « Ô mon Sauveur, plus Vous nous paraissez rassasié d'opprobres, plus notre foi s'augmente, plus notre espérance est ferme, plus notre amour s'enflamme »
La Prière de Mgr Jean-Baptiste Massillon à la Providence « Ô mon Dieu, c'est avec Vous seul que je veux oublier tous mes maux, toutes mes peines et toutes les créatures »
La Prière de Massillon sur le Psaume 30 « Seigneur, j'ai mis en Vous toute mon espérance »