La Prière de M. l’abbé Ph. Gerbet « Ô Marie, je Vous offre ces lignes que je viens d'écrire le Jour de votre Conception Immaculée » :

« Ô Marie, ces lignes que je viens d'écrire, le Jour de votre Conception Immaculée, je Vous les offre, et pourtant je Vous prie de me les pardonner ! Je sens que Votre culte renferme des Merveilles plus divines que celles que ma plume grossière a voulu retracer. Je n'ai contemplé que le côté inférieur, les effets terrestres de ce culte ; mais son côté suprême, celui qui touche aux secrets du Ciel, je l'ai laissé dans l'ombre de mon ignorance. Ô Mère des hommes, Vous êtes, suivant un langage antique et saint, la Fille aînée du Créateur, dont le front se cache au-dessus des âmes, tandis que les franges de sa robe sont traînantes sur la terre. A ceux dont le regard est plus pur que le mien, à eux d'interpréter les douze étoiles dont votre Tête est couronnée. Mais moi, narrateur bien faible de Vos humbles grandeurs, j'ai seulement essayé de dire comment les filles d'Eve, en touchant le bord de Votre vêtement mystérieux, ressentent une émanation de ces parfums dont parle l'Epouse, dans le Cantique des Cantiques. D'autres le diront bien mieux que moi, car la harpe de Sion leur sera rendue pour qu'ils le disent, et le moment approche où la poésie chrétienne, dans la ferveur de sa résurrection, racontera de Vous des choses que n'ont point racontées ni les vitraux de Vos vieilles cathédrales, ni les vierges de Raphaël, ni les accords du Pergolèse. Cette grande Fête poétique se prépare et les apprêts en sont visibles. Le paganisme, qui semblait être éternel dans les arts, en a été chassé par le génie. Le faux jardin des Hespérides, avec ses pommes d'or, ne nous cache plus le paradis terrestre. Nous savons quelle espérance immortelle était voilée sous le mythe de Pandore, et, dans les nuages, où s'enfonce enfui le fabuleux Olympe, on voit reparaître glorieusement les cîmes du Calvaire et du Thabor. Donc, ô Marie pleine de Grâce, Votre place est prête ; elle est haute et belle ! Comme l'impudique Vénus régna sur la poésie des sens, Vous monterez sur le trône de la poésie spiritualisée. Elle chante, cette poésie, les mystères de la vie et de la mort, l'antique douleur et les joies futures, et Vous avez le secret de ces choses et de leur harmonie intime, ô Mère de douleurs et de bénédiction ! L'encens est pur, et belles sont les fleurs que la main des vierges effeuille sur le pavé de Vos chapelles ; mais la voix de toute heure, mais la sainte poésie qui se sent à l'étroit sur cette terre, qui a le pressentiment d'un monde plus beau, qui veut respirer l'infini, qui renferme au fond de tous ses chants une prière cachée, monte plus haut que le parfum des fleurs et de l'encens. Elle arrive jusque-là où Vous êtes, là d'où Vous voyez sous Vos pieds les étoiles germer, comme des fleurs de lumière, dans les champs illimités de l'espace, et la création se balancer comme un encensoir éternel ».

Ainsi soit-il.


Mgr Philippe Gerbet (1876-1940)

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Voir également de Mgr Philippe-Olympe Gerbet :
La Prière de Mgr Gerbet « Je crois, ô mon Dieu, qu'en souffrant avec résignation, j'achève en moi la Passion du Christ »
La Prière de M. l’abbé Philippe Gerbet « Ô Marie, je Vous offre ces lignes que je viens d'écrire le Jour de votre Conception Immaculée »
La Prière de l’Abbé Gerbet « Ce que Vous nous dites, ô mon Dieu, pour nous sauver »