La Prière de Paul Claudel « Ô mon Dieu, je suis devant Vous passionné, hagard, misérable, … » :

« Ô mon Dieu, je suis devant Vous passionné, hagard, misérable, avec ma force et avec ma faiblesse, avec mon courage et avec ma lâcheté, avec mon ambition et avec mon abjection. Je suis devant Vous avec ma pourriture. Chaque jour je mène à bout ma besogne, chaque jour je m'acquitte minutieusement de ma fonction terrestre. Ce n'est aucune satisfaction que je cherche : nulle part je n'assois ma jouissance. Mais je me suis rendu sensible à l’Appel secret que Vous m'adressez au-delà du bonheur : une faible question a filtré jusqu'à moi. Je comprends comment il faut y répondre. Lourdement, péniblement, je soulève vers Vous le poids que je suis : hors de mes ténèbres, hors de la matière qui m'enserre et dont je suis fait, je tends vers votre Présence mes deux bras à tâtons. Déjà je sens votre Feu m'entreprendre, déjà Vous saisissez ce que j'ai en moi d'unique et d'essentiel, de plus profond, de plus caché, mon noyau intérieur. Je me révolte et je ne me défends plus ; dans un sursaut, dans un abandon délicieux, je Vous livre mon cœur ; je suis comme la bien-aimée qui abandonne ses mains ; Vous êtes en moi, je suis en Vous : communion indémêlée, fusion de l'être en l'Etre. A votre Attraction rien de moi n'est plus soustrait. Vous faites jaillir de moi mes actes comme de l'arbre les fruits. Je grandis, je mûris, j'adore. Sous Votre rayon ma vie se développe et s'épanouit. Et voici que ce bonheur, à quoi j'avais renoncé, je le sens qui soudain sourd, monte et m'envahit, non plus fragmentaire et fugitif et comme un sourire dans les larmes, mais fort, continu, inépuisable comme une source vive. Certes j'ai toujours pensé que c'était une bonne chose que la joie. Mais maintenant j'ai tout ! Je possède tout sous mes mains ! Et je suis comme quelqu'un qui, voyant un arbre chargé de fruits, étant monté sur l'échelle, sent plier sous son corps le profond branchage. Il faut que je parle sous l'arbre, comme la flûte qui n'est ni basse, ni aiguë ! Comme l'eau me soulève ! L'action de grâces descelle la pierre de mon cœur ! Que je vive ainsi ! Que je grandisse ainsi, mélangé à mon Dieu, comme la vigne et l'olivier ! »

Ainsi soit-il.


Paul Claudel (1601-1680)

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La conversion de Paul Claudel au Catholicisme le soir de Noël 1886 : « C’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. »

Voir également de Paul Claudel :
La Prière de Paul Claudel « Mon Dieu, il est dur de garder tout son cœur »
La Prière de Paul Claudel « Seigneur, Vous nous êtes entièrement désirable »
La Prière de Paul Claudel « Seigneur, je Vous remercie de m'avoir ainsi attaché ! »
La Prière Mariale de Paul Claudel « Parce que Vous êtes Marie, Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée ! »
La Prière de Paul Claudel sur la Nuit de Pâques « Entre le Samedi-Saint et Pâques, la nuit n’est pas faite pour dormir ! »
La Prière de Paul Claudel « Ô Dieu caché dans la femme ! »
La Prière de Paul Claudel « Joseph, obtenez-nous le silence ! »
La Prière de Paul Claudel « Ô Seigneur, éclaire-moi que je n'aille pas comme un dort-debout à ma perte ! »
La Prière de Paul Claudel « Ô mon Dieu, je suis devant Vous passionné, hagard, misérable »
La Prière de Paul Claudel « Dieu, mon Dieu, pourquoi T’es-Tu mis à m’abandonner ? »