La Prière de l’Abbé Jean Gualbert « Ô Dieu fort, soyez le Gardien de tout mon corps et de tous mes sens » :

« Ô Dieu fort, dès le premier rayon du jour, dès que je m'éveille, venez à moi, demeurez avec moi, gouvernez mes pensées, mes paroles, mes actes. Soyez le Gardien de tout mon corps, de tous mes sens. Soyez le Gardien de mes mains : qu'elles soient pures, sans tâche et élevées vers Vous, ô mon Dieu ; qu'elles ne se déshonorent point par la colère. Soyez le Gardien de mes pieds : qu'ils ne vaguent pas inutilement dans l'oisiveté ; mais, quand je serai debout, Seigneur, que ce soit pour le travail et la prière. Soyez le Gardien de mes lèvres : qu'elles ne s'ouvrent ni pour des paroles inutiles, ni pour de coupables médisances, mais seulement pour la Louange de Dieu. Soyez le Gardien de mes oreilles : qu'elles n'entendent ni les calomnies, ni les mensonges, ni les inutilités ; mais qu'elles s'ouvrent volontiers pour écouter la Parole de Dieu, en sorte que je conforme enfin ma vie à Sa volonté. Soyez le Gardien de mes yeux : qu'ils ne voient pas les vanités mondaines. Donnez-moi Votre crainte, ô mon Dieu, la contrition, l'humilité et la pureté de la conscience, afin que je prise le Ciel et méprise la terre ; que j'ai mon regard en Haut, et non en bas ; que je haïsse le péché et me passionne éternellement pour la Justice. »

Ainsi soit-il.


Saint Jean Gualbert (999-1083)

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Saint Jean Gualbert, né à Florence, fut élevé avec soin dans les maximes de la piété et dans l'étude des lettres ; mais à peine était-il entré dans le monde, qu'il y prit un goût excessif. L'amour des plaisirs l'emporta tellement, que ce qui lui avait paru criminel ne lui offrit plus rien que de légitime et d'innocent. Il était perdu sans ressources, si Dieu n'eût ménagé des circonstances pour lui ouvrir les yeux et le tirer de l'état déplorable où il s'était réduit.

Un jour de Vendredi saint, il rencontre le meurtrier de son frère, et, plein d'idées de vengeance, il va le percer de son épée, lorsque le malheureux, se jetant à terre, les bras en croix, le conjure, par la Passion de Jésus-Christ, de ne pas lui ôter la vie. Gualbert ne peut résister à ce spectacle. L'exemple du Sauveur priant pour ses bourreaux amollit la dureté de son cœur ; il tend la main au gentilhomme et lui dit :
« Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom de Jésus-Christ. Je vous accorde non seulement la vie, mais mon amitié. Priez Dieu de me pardonner mon péché ».
S'étant ensuite embrassés, ils se séparèrent. Jean se dirige de là vers l'église d'une abbaye voisine ; il se jette lui-même aux pieds d'un crucifix, et y prie avec une ferveur extraordinaire. Dieu lui fait connaître par un prodige que sa prière est exaucée, et qu'il a obtenu le pardon de ses fautes ; car le crucifix devant lequel il priait baisse la tête et s'incline vers lui, comme pour le remercier du pardon qu'il a généreusement accordé par amour pour Dieu.
Changé en un homme nouveau, Jean prit l'habit de Saint-Benoît et devint un religieux si fervent, qu'à la mort de l'abbé tous les suffrages se réunirent sur lui ; mais il ne voulut jamais accepter la dignité qu'on lui offrait. Il se retira à Vallombreuse, qui devint le berceau d'un nouvel Ordre, où la règle de Saint-Benoît était suivie dans toute sa rigueur.

On trouve dans la vie de saint Gualbert toutes les austérités et toutes les vertus qu'on rencontre dans la vie des plus grands Saints. Par un temps de disette, il se fit conduire au grenier presque vide, et les provisions, à sa prière, se multiplièrent au point qu'il put distribuer du blé à tous ses couvents et à tous les pauvres qui se présentèrent. Ayant trouvé un monastère trop riche, il pria un ruisseau voisin de prendre la violence d'un torrent et de renverser l'édifice, ce qui s'accomplit aussitôt. Un de ses couvents fut dévasté, incendié, et les religieux fort maltraités : « Vous êtes maintenant de vrais religieux, leur dit le Saint ; oh ! Que j'envie votre sort ! »