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« Celui qui aura mangé le Pain ou bu la Coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du Corps et du Sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce Pain et de boire à cette Coupe. Celui qui mange et qui boit, mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le Corps du Seigneur. C’est pour cela qu’il y a chez vous beaucoup de malades et d’infirmes et qu’un certain nombre sont endormis dans la mort. Si nous avions du discernement envers nous-mêmes, nous ne serions pas jugés » (1 Cor 11, 27-31)


Le commentaire de Bossuet « Communier indignement, c'est donner à Jésus-Christ avec Judas un baiser de traître » :

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« Ces Paroles de Saint Paul sont terribles, et doivent être écoutées avec tremblement de tous ceux qui s'approchent de la Sainte Table. Elles nous apprennent d'abord que ceux qui communient indignement sont coupables du Corps et du Sang de Jésus-Christ, c'est à-dire qu'ils sont coupables du crime de Judas qui L'a livré, et du crime des Juifs qui L'ont mis à mort et qui ont versé son Sang innocent : car communier indignement, c'est donner à Jésus-Christ avec Judas un baiser de traître ; c'est violer la Sainteté de son Corps et de son Sang, Les profaner, Les fouler aux pieds, Les outrager d'une manière plus indigne que les Juifs qui ne Le connaissaient pas dans leur fureur ; au lieu que le chrétien sacrilège L'outrage, en Le connaissant pour le Roi de Gloire, et L'appelant son Sauveur.

Ces Paroles nous font voir encore jusqu'où va le mépris que les chrétiens sacrilèges ont pour Jésus-Christ, en ce qu’ils ne discernent point le Corps du Seigneur, et Le mangent comme ils feraient avec un morceau de pain, sans songer auparavant à purifier leur conscience, ce qui est le mépris le plus outrageux qu'on puisse faire à un Dieu qui se donne à nous.

Saint Paul ajoute que celui qui mange indignement le corps de Jésus-Christ, mange et boit son jugement. Le chrétien téméraire mène son juge en lui-même, où il semble ne l'introduire qu'afin qu'il voie de plus près ses crimes, et qu'il soit comme forcé à en prendre une prompte et rigoureuse vengeance. Aussi Saint Paul nous fait remarquer que Dieu châtie souvent dès cette vie les communions indignes, en frappant ceux qui les font de maladies mortelles et de morts soudaines ; il nous apprend encore que les châtiments temporels, quelque terribles qu'ils soient, ne sont rien en comparaison de ceux réservés en l'autre Vie aux malheureux chrétiens sacrilèges.

Le Saint Apôtre conclut de tout cela que l'homme doit s'éprouver soi-même avant que d'approcher de la Communion. Cette épreuve consiste en deux choses :
1/ Premièrement à examiner sa conscience, et à se juger indigne de la communion quand on se sent coupable d'un péché mortel ;
2/ Secondement à éprouver ses forces durant quelque temps, pour voir si on aura le courage de surmonter ses mauvaises habitudes.

On ne doit point présumer de recevoir le Saint Sacrement, qu'il n'y ait une apparence bien fondée qu'on est en état d'en profiter ; car, sans doute, c'est profaner le Corps et le Sang de Jésus-Christ, que de Le recevoir sans qu’Il y paraisse à notre vie. Que le pécheur s'éprouve donc soi-même ; qu'il se juge sérieusement devant Dieu, avec l'avis d'un sage confesseur. Mais malheur à celui qui, n'étant pas jugé digne de communier, n'est pas percé de douleur, et ne regarde pas cette privation comme une image terrible du dernier Jugement, où Jésus-Christ séparera pour jamais de Sa compagnie ceux qui auront mérité la damnation !

Voyez le disciple bien-aimé à la Table du Sauveur, et y reposant sur Sa poitrine : voilà l'image de ceux qui communient dignement. Ils se reposent sur la Poitrine de Jésus; à l'exemple de Saint Jean, ils apprennent à cette Source les secrets célestes ; comme lui, ils sont honorés de la familiarité et des caresses de leur Maître ; et fidèles imitateurs de sa chasteté, de sa bonté, de sa douceur, qui sont les vrais caractères de Saint Jean, ils sont dignes d'être comme lui Ses disciples bien-aimés.

Voyez, de l'autre côté, un Judas à la communion ; la disposition où il est, celle où il entre. Ô Dieu, quelle opposition ! Quel effroyable contraste ! Qui ne tremblerait à cette vue ! Ô Seigneur, inspirez-nous un juste discernement des Choses saintes !

Après s'être lavé des grands péchés, il reste encore le soin de se purifier de ceux que l'on rencontre dans l'usage de la vie humaine, lesquels, bien que plus petits en comparaison des autres, mettraient l'âme dans un état funeste, affaiblissant insensiblement ses forces, en sorte qu'il ne lui resterait que très peu de résistance contre les grandes faiblesses et les grandes tentations dont cette vie est pleine. D'ailleurs, celui qui ne se soucie des péchés qu'à cause qu'ils damnent, montre que c'est la peine qu'il craint, mais qu'il n'aime pas Dieu comme il y est obligé ; car une âme qui aime Dieu ne trouve rien de léger dans ce qui L'offense. Le soin que prend Jésus-Christ de laver les pieds à ses Apôtres au moment qu’Il allait instituer l'Eucharistie et les y faire participer, nous apprend que nous devons nous appliquer à nous purifier des fautes vénielles, même des plus petites, quand nous nous préparons à la Communion, où il s'agit de s'unir parfaitement avec Jésus-Christ ; à quoi ces péchés apportent un si grand obstacle, que si on mourait avant de les avoir expiés, la vision bienheureuse en serait retardée, et peut-être durant plusieurs siècles.

Quelques jours avant que de Communier, il y faut préparer son cœur par des actes de foi, d'espérance et de charité, et travailler peu à peu à nous les rendre si familiers, qu'ils sortent naturellement de notre cœur, sans qu'il ait besoin d'y être excité par aucun effort.

Chacun, en faisant ces actes, doit s'éprouver soi-même sur ces trois vertus. Le chrétien doit examiner sérieusement si, en disant les paroles par lesquelles les actes sont exprimés, il en a le sentiment en lui-même ; c'est-à-dire qu'il doit sonder son cœur pour considérer s'il croit véritablement les saintes Vérités de Dieu, s'il met toute sa confiance en ses Promesses, s'il L'aime de tout son cœur, et s'il désire sa Gloire.

Après avoir fait cette épreuve, et avoir reçu l'absolution avec un cœur vraiment repentant, on peut s'approcher de la Communion, quelque indigne qu'on se sente encore de la recevoir ; car les pécheurs humbles et repentants sont ceux que Jésus-Christ est venu chercher. Il faut donc aller à Lui avec confiance, comme à l'unique Soutien de notre faiblesse, et, puisqu’Il nous a déjà donné le repentir de nos fautes, chercher encore en Lui-même la Force nécessaire pour persévérer ».

Ainsi soit-il.


Monseigneur Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704)

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Voir également de Monseigneur Jacques-Bénigne Bossuet :
La « Biographie » de Monseigneur Jacques-Bénigne Bossuet
La Prière Mariale de Monseigneur Jacques-Bénigne Bossuet « Nous vous saluons, ô Marie, Mère de Dieu, véritable Trésor de tout l'univers »
La Prière de Monseigneur Jacques-Bénigne Bossuet « Ô Jésus-Christ ! Vivez et régnez dans mon cœur »
La Prière de Mgr Bossuet « Ô Seigneur ! Vous êtes en moi plus que moi-même »
La Prière de Mgr Bossuet « Éternel, je me tais en Ta sainte Présence »
La Prière de Mgr Jacques-Bénigne Bossuet devant le Saint Sacrement « Si tu es seul, je serai Ta compagnie »
La Prière de Bossuet « Ô Mère de Miséricorde, donnez-nous de Vos mains le Fruit de Vos bénites entrailles »
La Prière de Bossuet « Ô Bienheureuse Marie, faites que nous aimions la Croix de Jésus »
La Prière de Bossuet « Ô Bienheureuse Marie, intercédez pour nous auprès du Maître miséricordieux »
La Prière de Bossuet « Ô Bienheureuse Marie, faites revivre Jésus-Christ en nous »
La Prière de Jacques-Bénigne Bossuet « Ô Vierge sainte, que nous soyons vraiment en Lui, par Lui et avec Lui »
La Prière de Mgr Jacques Bénigne Bossuet « Ô Vierge sainte, que nous devenions justes, miséricordieux, bons, charitables et saints comme Dieu »
La Prière de Mgr Bossuet « Ô Vierge sainte, donnez-moi la foi vraie qui fait les élus »
La Prière sur l’Espérance de Mgr Bossuet « Ô Vierge bénie, que l’Espérance soit toujours mon soutien dans toutes les peines de cette vie »
La Prière de Bossuet sur la Maternité de Marie « Ô Marie, revêtu d'une chair mortelle, pour Lui obéir »
La Prière sur la préparation à la mort de Bossuet « Bientôt dans un moment, ô mon Dieu, je serai en état de Vous embrasser »
La Prière de Mgr J-B Bossuet « Ô mon Seigneur, je cours à Vos pieds au jardin des oliviers »
La Prière de Bossuet « Ô Église de France, Tu triompheras du monde, de ses violences et de ses artifices par la Foi »
La Prière de Bossuet pour le Saint Jour de Pâques « Je Vous adore, ô Jésus ressuscité, Vous êtes ma Vie et ma Résurrection »
La Prière de Bossuet « Jésus, je m'unis à la sainte Prière du jardin, à Vos sueurs, à Votre agonie, …, à votre Croix »
La Prière de J-B Bossuet pour les Rameaux « Regardez notre divin Sauveur dans cette triomphante Journée où Il fait Son entrée à Jérusalem »
La Prière de Bossuet du Matin « Ô mon Dieu, Vous seul êtes la Source de ma lumière »
La Prière de Jacques-Bénigne Bossuet pour un défunt « Je ne puis oublier, ô mon Dieu, la manière dont Vous l'avez ôté de ce monde »
La Prière de Bossuet « Ô mon Dieu, donnez-moi dans la pénitence une si grande ferveur qu’elle me rende vraiment digne de votre Miséricorde »
La Prière de Bossuet « C'est dans la sainte Volonté de Dieu que se trouvent l'égalité et le repos »
Le commentaire de Bossuet sur la communion indigne « Communier indignement, c'est donner à Jésus-Christ avec Judas un baiser de traître »